Le ministre du Commerce a accordé un entretien à des médias dont Guineematin.com dans la soirée du vendredi, 30 novembre 2018. Au cours de cet entretien, Boubacar Barry est revenu sur sa gestion à la tête de ce département, le retard de l’élection du président de la chambre du commerce et les rapports entre son département et le secrétariat général chargé des services spéciaux de la lutte contre la drogue et le crime organisé, entre autres.

Décryptage !

Depuis 6 mois, vous êtes à la tête du ministère du commerce. Dites-nous comment se porte aujourd’hui ce département ?

Boubacar Barry : le ministère du Commerce se porte très bien. Je pense que vous êtes arrivés dans nos locaux, nous avons fait des efforts considérables pour que les locaux puissent répondre plus ou moins à un environnement serein de travail. L’environnement commercial sur le terrain également se porte bien, il est dynamique même s’il y a énormément de disparités, énormément de difficultés. Mais, c’est ça aussi notre rôle : trouver des problèmes, trouver des solutions et faire de manière à ce que le secteur commercial puisse effectivement jouer son rôle. Il y a des problèmes, il ne faut pas le nier, mais il y a aussi des projections qui peuvent nous permettre de sortir de ces problèmes.

Un problème oppose actuellement le secrétariat général à la présidence chargé des services spéciaux, de la lutte contre la drogue et le crime organisé et certains opérateurs économiques au sujet d’une farine périmée. L’affaire a été transportée devant la justice et le procès devrait bientôt s’ouvrir. Qu’est-ce que vous en savez ?

Boubacar Barry : il est vrai qu’il y a des difficultés peut-être liées à l’incompréhension des uns et des autres. Mais aussi, le service joue aussi son rôle de veiller à ce que les transactions qui se font sur le marché soient des transactions licites et non illicites. Et chaque fois que les services spéciaux sont saisis de ce type d’anomalies, ils font des enquêtes qu’il faut. Et bien entendu, ce n’est pas à eux de juger de l’objectivité ou la non objectivité de ce qu’ils ont trouvé sur le terrain. Ils doivent faire des enquêtes sur ce qu’ils ont trouvé sur le terrain et transmettre aux structures concernées, qui sont des structures indépendantes pour pouvoir trancher.

Il reste bien entendu que Tiegboro n’intervient pas comme ça de façon anarchique sur le terrain. Chaque fois qu’il est saisi directement ou indirectement d’une situation, il fait mention au ministère du Commerce qui lui donne la réquisition pour qu’il puisse intervenir sur le terrain. Ça a été comme ça pour le cas des riz pourris qui étaient plus ou moins avariés qui se sont retrouvés sur le marché.

C’est la même question au problème des farines que vous avez évoqué. Mais, je crois qu’il est important de rétablir la vérité et expliquer la méthodologie par laquelle ces structures travaillent. Donc, à ce que je sache, il n n’y a pas de guerre. Nous travaillons en adéquation bien entendu avec ces structures ; que ça soit les structures de Tiegboro ou une autre structure de sécurité. Et, c’est ça aussi le rôle de l’Etat de veiller, de protéger la population pour ne pas qu’elle soit empoisonnée.

Quels sont les problèmes que vous avez trouvés lorsque vous êtes arrivé à la tête de ce département et qu’est-ce que vous préconisez pour les résoudre ?

Boubacar Barry : moi je suis arrivé au ministère du Commerce, totalement profane du ministère du Commerce. Il est vrai que je viens du ministère de l’Industrie, j’avais une idée. Mais, de façon très directe, profane. Et, en tant que citoyen, je suis conscient des problèmes que je rencontre tous les jours sur le marché. Je vais dans les marchés comme tout le monde, je vais dans les superettes comme tout le monde, j’achète les produits importés ou fabriqués localement comme tout le monde. Je vois les problèmes dans ce secteur comme tout le monde. Donc, la question que je me suis posée, c’est pourquoi on a un ministère du Commerce, et il se trouve qu’on a toutes ces anomalies et tous ces problèmes sur le terrain ?

Est-ce que c’est lié à un vide juridique, institutionnel ou réglementaire ? Est-ce que c’est lié à la non application des textes qui régissent l’activité commerciale ? Pour le comprendre, j’ai demandé en collaboration avec toutes mes équipes, d’essayer de compiler l’ensemble des textes réglementaires qui régissent l’activité du commerce dans notre pays. Il s’est trouvé que de bons textes existent, et donc on s’est rendu à l’évidence que c’est la non application des textes qui pose les problèmes que nous avons aujourd’hui sur le marché. Il est vrai que les textes sont aujourd’hui vieux, puisque la loi 040 CTRN de 1993 est celle en vigueur jusqu’à maintenant.

Les réalités de 1994 par rapport à l’environnement économique et commercial de notre pays et les réalités de 2018 ne sont plus les mêmes. Il ne faut pas se dire qu’on ne doit pas regarder ces textes dans le temps, on peut les amender. Peut-être les confirmer dans leurs dispositions actuelles ou les amender ou les améliorer en fonction des contextes nouveaux qui s’appliquent au pays ou des contraintes que nous avons, par rapport aux engagements que nous avons au niveau sous-régional dans la CEDEAO et bientôt au niveau du libre-échange continental. Et au-delà, du respect de l’engagement de certaines réglementations et normes vis-à-vis des échanges commerciaux que nous avons avec le reste du monde.

Nous avons compilé l’ensemble de ces documents et le constat qui est sortie dans ça, c’est que c’est la non application des textes qui pose des problèmes. Aujourd’hui, la loi 040 impose un certain nombre de dispositions. Quand on parle dans le contexte étymologique de loyauté commerciale, ça codifie un certain nombre de paramètres. Il est dit dans la loi que tout produit qui doit être mis sur le marché, doit être marqué, il doit y avoir un marquage là-dessus. Il est dit dans la loi que tout produit qui doit être mis sur le marché doit être étiqueté. Tout produit qui doit être mis au marché dont le prix est identifié, le prix doit être affiché. Est-ce que dans la pratique courante, cela existe ?

Même la codification au niveau de la fixation des prix, la loi définit les paramètres qu’on doit prendre en compte pour fixer le prix. Ne serait-ce que les produits de première nécessité qui sont indispensables à la vie de nos populations. Cette loi est mise de côté, allez-y, faites un tour à travers le pays, où est-ce que cette disposition est respectée ? On a dit qu’il faut mettre de l’ordre. Pour mettre de l’ordre, il faut respecter la loi.

La loi, elle est équitable pour tout le monde. Personne n’est au-dessus de la loi. Elle est faite pour qu’on ait un environnement plus sain, un environnement de concurrence plus loyale, un environnement de sécurité pour les consommateurs, afin que tous les produits qui rentrent dans notre pays ou qui sont vendus sur le territoire national puissent répondre à certain nombre de règles.

Aujourd’hui dans le marché guinéen, vous avez des produits qui rentrent sur le territoire national sans étiquetage, on ne sait pas d’où ils viennent ; sans codification technique. Alors qu’il est imposé par la loi, que tout produit sur le marché, puisse avoir, sur le marquage, les caractéristiques de la composition du produit dans les proportions qui sont déterminées. Est-ce que vous ne voyez pas sur les marchés, des emballages sur lesquels vous n’avez aucune inscription ?

Vous ne savez même pas c’est fait à base de quoi, alors qu’on doit le savoir, c’est obligatoire. Ça, c’est le respect de la réglementation même pas nationale, mais internationale. Donc ça, c’est un véritable problème. Et, le travail de réflexion que nous avons fait, va concourir avec les reformes à corriger pour l’ensemble de ce dispositif.

Ça, c’est un premier constat. Le deuxième constat, il est administratif, c’est aussi les défaillances liées à la fiabilité des documents officiels que nous mettons à la disposition des opérateurs pour certifier de la bonne qualité ou de la mauvaise qualité de leurs produits. Ça, c’est à travers l’office national du contrôle de qualité qui doit donner un certificat de qualité. Donc, qui certifie que tel produit est propre à la consommation avant que la direction nationale du commerce intérieur puisse délivrer ce qu’on appelle un certificat de mise à la consommation.

C’est-à-dire, si vous avez le certificat de qualité qui certifie que le produit est bon, on vous donne un certificat de mise à la consommation qui vous permet de mettre le produit commercialement sur le marché. Ces procédures ne sont pas respectées. Il est vrai aussi que l’office lui-même ne peut pas respecter ces dispositions parce que l’office lui-même a énormément de problèmes.

Problèmes institutionnels, problèmes de fonctionnement, problèmes de ressources humaines, problèmes d’équipements. Nous n’avons pas de laboratoire. Pour certains produits, on est obligé d’envoyer les échantillons au Sénégal pour les certifier, ça pause énormément de problèmes. Il est vrai qu’aujourd’hui avec l’accompagnement de nos partenaires financiers. Nous avons un projet de renforcement des capacités opérationnelles qui est lancé, avec l’appui du CIR, pour environ trois (3) millions de dollars ; en fourniture d’équipements modernes. C’est pour que nous puissions mettre en place un laboratoire de référence qui puisse répondre aux exigences pour lesquelles nous nous sommes engagés dans les conventions.

Vous savez, au niveau de la CEDEAO, au fur et à mesure ils sont en train de codifier les normes pour favoriser un peu ce libre-échange entre les différents pays, il faudra qu’on soit au même niveau pour ce qui concerne les produits pour que la concurrence soit loyale. Donc ça aussi, c’est un projet qui est en cours. Nous avons passé déjà les commandes pour les équipements.

Il est vrai qu’il y a un projet de formation et de renforcement de capacités qui accompagne ce volet fourniture d’équipements au niveau de l’office national de contrôle de qualité. Mais, il y a une autre réalité, c’est que le personnel que nous avons à l’office est vieillissant. 70% du personnel va à la retraite l’année prochaine. Donc, il y a un renouvellement naturel du besoin en ressources humaines qu’il faut engager parallèlement.

Ce, pour que ceux qui doivent bénéficier de la formation requise pour l’utilisation de ces équipements modernes qui arrivent, puissent le pérenniser. Donc, nous sommes dans une mesure exceptionnelle avec le ministère de la fonction publique. C’est pour pouvoir recruter 40 jeunes garçons et jeunes filles guinéens qui ont le profil bien sûr dans la formation : chimistes, biologistes, ainsi de suite pour qu’ils puissent être intégrés dans la fonction publique et recrutés au sein du service de contrôle de qualité.

Il y a aussi l’élection d’un nouveau bureau de la chambre national de commerce qui tarde à avoir lieu. Qu’est-ce qui empêche cela ?

Boubacar Barry : là, c’est une grosse épine que nous avons, c’est un gros problème. Vous savez qu’il y a un processus qui a amené la mise en place des chambres préfectorales et au-delà des chambres préfectorales, il y a les chambres régionales. Aujourd’hui, il reste à mettre la structure nationale qui doit être la chambre nationale de commerce, d’industrie et d’artisanat de Guinée. L’architecture telle qu’elle est prévue actuellement, n’a pas été adaptée au concept actuel. Ce qui fait que nous avons énormément de problèmes. Quels sont les critères qu’il faut définir pour prétendre être le président de la chambre de commerce ? Aujourd’hui, aucun critère n’est défini.

Donc, nous allons travailler pour remettre les critères en place, changer la structuration de la chambre pour que chacune des entités socioprofessionnelles puisse se retrouver à un niveau de responsabilité équivalent dans la chambre, et qu’il puisse pouvoir avoir cette plateforme équipe pour pouvoir parler à l’ensemble du secteur commercial. Parce que la chambre de commerce comme on l’a dit, ce n’est pas uniquement le commerce, il y a l’artisanat, il y a l’industrie. L’industrie est organisée avec l’association des industriels de Guinée. L’artisanat est organisé avec les associations socioprofessionnelles.

Les commerçants sont aussi organisés en associations : il y a l’association des commerçants formels, il y a l’association des commerçants informels qui tourne autour du GOHA. Il y a d’autres associations. Donc, il faut mettre de l’ordre dans tout ça pour qu’il y ait une cohérence avant de mettre en place une chambre nationale de commerce. Le problème est que tout le monde veut être le président de la chambre de commerce. Et, il y a aucun critère qui dit qui peut être le président de la chambre de commerce.

Vous avez évoqué jusque-là le constat que vous avez fait et les actions envisagées pour résoudre les problèmes qui se posent. Parlez-nous maintenant de ce que vous avez fait depuis votre nomination à la tête de ce département.

Boubacar Barry : disons, le premier aspect qu’il faut saluer, c’est le consensus auquel nous sommes parvenus avec les opérateurs. Dès que j’ai pris fonction, j’ai rencontré toutes les associations socioprofessionnelles, toutes les organisations dans le secteur, j’ai rencontré les chambres préfectorales, les chambres régionales, pour expliquer la nouvelle donne, la nouvelle vision et la nouvelle démarche.

Et vous avez vu que les opérateurs ont accompagné. Parce que malgré certaines variations de certains coûts des produits qui rentrent directement et qui influencent directement leur activité, les opérateurs ont accepté un sacrifice énorme, celui de maintenir plus ou moins de façon stable le prix des denrées de première nécessité pour que notre population puisse accéder à ces produits.

Je crois que c’est le climat de confiance et d’échange qui a favorisé cela. Ça, c’est le premier aspect. Le deuxième aspect, c’était d’améliorer le cadre de travail. Je pense que vous qui veniez avant au ministère du commerce, vous êtes venus au ministère du commerce maintenant, vous voyez la différence. Nous avons fait énormément d’efforts pour faire de manière à ce que nous puissions être dans un cadre normal de travail.

Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’on était dans un bâtiment où vous ne pouviez pas utiliser les toilettes puisqu’il n’y avait pas d’eau. Donc, il a fallu qu’on fasse un forage très rapidement pour que nous puissions disposer de l’eau et que nous puissions rester dans un environnement sain, où c’est propre, où les gens peuvent travailler.

Ensuite, on s’est battu pour renouveler les équipements, on s’est battu pour avoir des équipements informatiques pour que les gens travaillent. Parce qu’il n’y en avait pas. Avec le soutien du président de la République, nous avons pu obtenir des moyens logistiques. Nous avons quand même pu obtenir six (6) véhicules pour le ministère, à la différence qu’il y avait zéro véhicule pour le ministère.

Quand je demandais à mes services d’intervenir sur le terrain, c’est si on les loue un taxi ou on les déplace à mototaxi, ce qui est extrêmement ridicule. Parce que je ne vois pas comment nous pouvons être crédibles vis-à-vis de ceux dont nous sommes appelés à surveiller l’activité en venant les rendre visite en moto.

Donc aujourd’hui, nous disposons de cinq (5) pick-up et d’une Prado. Nous avons la BID avec laquelle nous avons aujourd’hui le projet développement des chaines agricoles. A ce niveau, il y a des accompagnements en termes de renforcement de capacités du département. C’est pour que le département ait des moyens pour suivre sur le terrain l’exécution de ces programmes. Donc, en termes d’équipement, je suis extrêmement optimiste par rapport à ce qu’on a fait et ce qui va venir. En termes de moyens, c’est pareil. Et donc, je suis très satisfait du travail qui a été fait jusqu’à maintenant.

Propos recueillis par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com
Tél. : (00224) 621 09 08 18

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