La crise qui secoue le secteur éducatif guinéen depuis deux mois préoccupe le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme. L’institution onusienne s’est prononcée sur le sujet à l’occasion d’une conférence co-animée ce mercredi, 05 décembre 2018 avec l’Union européenne à Conakry. Le représentant du HCDH a invité l’ensemble des parties concernées à œuvrer en faveur de la reprise effective des cours dans les écoles, a constaté un reporter de Guineematin.com qui était sur place.

Cette conférence, animée à la maison de la presse de Conakry, est organisée en prélude à la célébration du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, le 10 décembre prochain. Une occasion pour le chef de la délégation de l’Union européenne en Guinée, Josep Coll, d’annoncer les activités prévues dans ce cadre. « Nous avons des activités qui sont prévues le samedi prochain au centre culturel franco-guinéen. Et il y a un moment fort dans cette célébration, c’est la projection du film intitulé Tombouctou.

C’est un très bon film réalisé en Afrique, par des africains, sur un sujet particulièrement frappant qui est qu’est-ce qui se passe quand la liberté disparaît. C’est-à-dire un monde sans liberté. Je vous invite tous à être présent, et par votre intermédiaire également, tous ceux qui souhaiteraient regarder le film, de s’inscrire auprès de notre service pour pouvoir participer à cette projection », a indiqué le diplomate européen.

Josep Coll

Josep Coll en a profité aussi pour faire une sorte de bilan du chemin parcouru depuis l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme il y a 70 ans. Pour lui, à voir la situation qui prévaut actuellement dans le monde, on peut se dire que le verre est à moitié plein. Car il y a eu certes, des avancées mais aussi il y a toujours de grands défis à relever : « Il y a énormément de travail encore à abattre pour que tout ce qui est écrit dans cette déclaration, plus les autres sous-produits de cette déclaration. Parce qu’il ne faut pas oublier que ça a été écrit en 1948 et nous sommes au 21ème siècle, donc il y a une évolution.

Tout ce qui a été écrit là, n’est pas parfait dans nos sociétés modernes. Il suffit de regarder ce qui se passe dans certains pays où il y a des conflits terribles comme en Syrie, au Yémen et dans d’autres pays où les premières victimes ne sont pas les militaires, mais sont de la société civile, la population. Ce sont les hommes, les femmes, les enfants et les vieux qui sont les premières victimes de ces conflits. C’est pourquoi si on met l’accent dessus, la bouteille est très vide », a dit l’ambassadeur de l’UE en Guinée.

Pour le cas particulier de la Guinée, ce genre de conflits n’existent pas. Pour autant, le respect du contenu de la Déclaration universelle des droits de l’Homme est très loin encore d’être effectif. Le directeur national de la promotion des droits de l’Homme et de la citoyenneté, représentant le gouvernement à cette rencontre, l’a reconnu en personne.

N’Famara Diaby

N’Famara Diaby reconnaît que notre pays a du chemin à faire dans ce domaine « puisque le principal acteur des violations des droits de l’Homme, c’est l’Etat. Or, nous nous appartenons à cet Etat et nous devons résoudre ce problème. (…) Disons-le d’emblée, en matière du respect des droits de l’Homme en Guinée, nous avons des problèmes. Nous le savons tous, ça ne sert à rien de se cacher la face, il y a des problèmes. Aujourd’hui, un premier indicateur de satisfaction chez-nous, est que nous savons qu’il y a beaucoup de nos compatriotes qui savent qu’il y a certains de leurs concitoyens qui sont au ministère de l’unité nationale et de la citoyenneté qui ont pour mission de mettre de leurs mots, sur leurs maux à eux, pour que ceux-ci soient connus, pour qu’on trouve solution à ce problème. C’est déjà un pas. Mais, le chemin est long, il est très long », a-t-il déclaré.

Et, pour confirmer les dires de monsieur Diaby, il n’y a qu’à regarder la situation de l’école guinéenne, paralysée depuis la rentrée scolaire de cette année. A cause du refus des autorités de négocier avec les enseignants, en grève depuis deux mois pour réclamer des meilleurs salaires, les élèves guinéens sont privés d’éducation. Une situation qui ne laisse pas indifférent le Haut-Commissariat des droits de l’Homme.

Dr Patrice Vahard

Dr Patrice Vahard, représentant pays de l’institution onusienne en Guinée, n’a pas manqué d’évoquer cette question à l’occasion de cette rencontre avec la presse. Il a rappelé que l’éducation est l’un des droits de l’Homme les plus élémentaires avant d’inviter toutes les parties guinéennes concernées par la question, à faire en sorte que les enfants du pays puissent étudier. « Tous les articles de la Déclaration universelle des droits de l’Homme ne sauraient être si nous sommes pris dans le piège de l’ignorance. Quelqu’un disait que pour détruire une nation, on n’a pas forcément besoin d’une armée, il faut simplement détruire l’éducation. Parce qu’en ce moment, vous aurez des bouchers qui deviendront des médecins chirurgiens (…).

Je pense que les Nations Unies comme les autres partenaires, expriment leurs préoccupations non seulement aux autorités, mais à l’ensemble de la classe politique. Les enfants sont pris au piège. Ils (les élèves) ne sont pas partie à tout ce qui divise ou à tout ce qui peut unir. Donc, notre langage et notre message est toujours celui de la considération pour le droit à l’éducation. Je pense et je sais pouvoir compter sur la sagesse, la paternité et la maternité des uns et des autres pour que le droit à l’éducation ne soit pas sacrifié à l’autel des discussions politiques », a lancé le responsable onusien.

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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