Dans quelques jours, la famille Conté et le PUP vont commémorer le 10ème anniversaire de la mort du Général Lansana Conté, deuxième président de la République de Guinée. Comme d’habitude, un Fidaou (cérémonie religieuse) sera organisé à Wawa, le village natal de l’ancien chef d’Etat guinéen, le 22 décembre 2018. Pour parler de cet événement, un reporter de Guineematin.com s’est entretenu avec Elhadj Fodé Bangoura, l’actuel président du PUP. Dans cet entretien, le leader de l’ex-parti au pouvoir est revenu sur la date du 22 décembre et sur ce qu’il retient du Général Conté.

Décryptage !

Guineematin.com : le 22 décembre prochain, vous allez commémorer le 10ème anniversaire de la disparition du feu Général Lansana Conté.  Cette date représente quoi pour vous ?

Fodé Bangoura : ce moment est pour moi un moment historique. Parce que Dieu a voulu qu’il soit deux fois 22 décembre. Son discours, l’adresse à la nation qui a  donné une direction à la deuxième République, c’était  le 22 décembre 1985. Et Dieu l’a rappelé le 22 décembre 2008. Pour moi, cette date dans la vie de Lansana Conté est inoubliable et c’est une date historique.

Guineematin.com : où en êtes-vous aujourd’hui avec les préparatifs du Fidaou que vous comptez organiser pour rendre hommage au feu Général Lansana Conté ?

Fodé Bangoura : on ne finira jamais de faire des prières pour le repos de l’âme de l’illustre disparu. Mais nous choisissons toujours l’anniversaire de sa mort pour le faire. Ça commence toujours le 21 décembre. Et dès après la prière du vendredi 21 décembre, on commence la lecture du Saint Coran, et jusque tard la nuit, la conférence islamique continue, car tout ce monde qui viendra ne trouvera pas de la place pour passer la nuit. Donc, il y aura une conférence islamique suivie de cantiques religieux jusqu’au matin.

Le matin, après le petit déjeuner, on reprend la lecture du Saint Coran jusqu’à 9 heures 10 heures avant l’arrivée des officiels. Et après, c’est la clôture. Maintenant nous sommes en train de faire le toilettage au lac, et puisqu’il y aura du monde, il y aura certaines activités à faire avant la date pour rendre la fête religieuse plus belle. La lecture qui sera faite c’est pour le repos de son âme, pour la paix dans notre cher pays la Guinée.

Guineematin.com : qui organise cet anniversaire ?

Fodé Bangoura : cet anniversaire est organisé d’abord par la grande famille Conté, supervisé par Elhadj Sékhouna Soumah, le Kountigui de la base Guinée et le Parti de l’Unité et du Progrès(PUP).

Guineematin.com : quelle sera la particularité de ce 10ème anniversaire?

Fodé Bangoura : Vous savez dix ans, même si un enfant a dix ans, il a déjà fréquenté l’école, il a commencé a apporté de l’eau à son père. Dix ans c’est peu, mais c’est encore beaucoup. Et comme c’est cette année 2018 le 10ème anniversaire, la particularité, on veut rappeler beaucoup de choses aux guinéens par les images. Vous avez regardez une photo là où il est Honoris Causa. Cette cérémonie s’est passée quelques jours après, on a bombardé le Palais des Nations. Donc on ne s’était pas trop étendu sur cet événement. Et son discours était essentiellement axé sur l’Etat de droit. Ensuite le 20 décembre, on va organiser une marche funèbre du KM 5 à la résidence du feu président Lansana Conté.  

Guineematin.com : l’année 2018 correspond également au 60ème anniversaire de l’indépendance de la Guinée. A l’occasion de la célébration de cet anniversaire, l’image de Lansana Conté n’était pas parmi les précurseurs de la décolonisation.  Comment vous avez ressenti cet aspect au niveau du PUP ?

Fodé Bangoura : bon ! Nous l’avions mal ressenti. Il faut se dire la vérité. Nous avons estimé d’abord que c’était un soldat qui était dans l’armée coloniale et qui a rejoint sa patrie dès après l’indépendance. Il était en Algérie. Pour la petite histoire, un jour il y a un journaliste Algérien  de « Jeuneafrique » qui est venu l’interviewer. C’était un ancien combattant. J’ai oublié son nom. Mais c’est au cours de l’interview que les deux se sont reconnus. L’un était dans l’armée coloniale, l’autre était dans l’armée de libération. Et ils sont devenus des amis.

Donc certains qui étaient dans l’armée coloniale n’étaient pas rentrés. Mais lui, il est rentré pour participer à la formation de la nouvelle armée guinéenne de l’Etat souverain de Guinée. Ensuite, il est resté dans cela, il est resté célèbre. Le 22 novembre 1970, il a participé. Il a participé à la libération de certains pays comme la Guinée-Bissau. Et, président de la République, il a combattu  la rébellion  autour de nous en Sierra Leone et au Libéria. Et en Guinée, on fête les 60 ans, on l’oublie. Nous avons dit que ce n’est pas normal.

Guineematin.com : de 1985 à 2008, qu’est-ce qui vous a marqué le plus dans les actions du feu Général Lansana  Conté ?

Fodé Bangoura : ouf ! Ça c’est fastidieux. Pour ceux qui ont lu le discours programme du 22 décembre 1985, tout ce qui se passe aujourd’hui se trouve dans ce discours. Et si vous lisez ce discours programme et vous lisez le programme de société des différents partis, vous vous direz qu’ils se sont inspirés de ce  discours programme. C’est dans ce discours programme qu’il y a le libéralisme. N’oubliez pas que jusqu’en 1984 c’était un seul parti. C’est à partir de ce discours programme qu’il a tracé un cap avec la liberté d’expression, la liberté  d’entreprise, le multipartisme etc. Ce discours regorge tout. Donc il serait très difficile en une minute de parler de l’homme. Son discours programme est une sorte de bréviaire pour tout le monde.

Guineematin.com : quels sont les moments particuliers ou les souvenirs que vous gardez de Lansana Conté ?

Fodé Bangoura : vous savez, sur une des photos, c’est écrit « Lansana Conté le sage ». Ce monsieur avait la faculté d’écouter. Et on a écrit sur une autre photo « Conté à l’écoute du peuple ». C’est un homme accessible. On va vers lui, il est accessible. Et il va vers les gens pour les écouter. Il avait  cette capacité d’écoute. Il peut ne pas être d’accord avec vous aujourd’hui, mais après il analyse et il vous donne raison. Il avait cet esprit de partage, de laisser les gens s’exprimer. Quand il y a un sujet brulant au conseil des ministres, il faisait le tour de table. Tout le monde s’exprimait et il sera le dernier à prendre une décision s’il y a une décision à prendre. Mais il écoute tout le monde.

Je vais vous raconter une histoire, quand il y avait la guerre en Irak, c’est la Guinée qui présidait le Conseil de Sécurité à l’époque. Le ministre des Affaires Etrangères était monsieur Louceny Fall, et le premier ministre c’était monsieur Lamine Sidimé. Nous avions été contactés par beaucoup de gouvernements, Ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre. Et l’avis guinéen était très intéressant. On s’est rendu au lac à Wawa. Le Premier ministre, le ministre des Affaires Etrangères et moi-même. Et nous avons trouvé je crois deux autres ministres celui des mines et celui de la santé. J’avoue qu’en partant, on avait une idée. D’abord la Guinée était amie au Koweït.

Et l’Irak avait envahi Koweït à un moment donné. Nous autres en partant nous avions une idée, on soutenait les Etats-Unis. Quand on a été, il nous a écouté nous les 5 ministres. On n’était pas d’accord avec lui. Quand il nous a tous écouté, je me rappelle cette phrase qu’il a prononcée. Il nous a dit c’est ce qu’on appelle en bon français, seul contre tous. Il a accepté notre proposition. Mais en le connaissant, j’ai demandé à tout le monde de considérer comme s’il n’y a rien. Et le lendemain à 4 heures du matin, mon téléphone sonne, il me demande le numéro du ministre des Affaires Etrangères, je le lui donne. Mais il n’arrivait pas à le joindre. Il m’a rappelé. Il me dit prend le ministre des Affaires Etrangères et vous venez.

On a quitté ici à 6 heures du matin, pas de chauffeur, pas de gardes du corps, chacun de nous au volant. C’est à la transversale numéro 6 (T6) qu’on a confié la voiture de Fall. Il est venu à côté de moi, on a continué sur le lac. On l’a trouvé, il nous attendait à 7 heures. Il dit bon, je suis militaire, mais je n’aime pas la guerre. Je suis contre, je sais ce que c’est que la guerre. Je suis contre. Nous avons repris nos véhicules. Fall, le même jour a quitté pour Abidjan, et de Abidjan pour New-York. Et moi, malheureusement, moi je suis resté au charbon pour recevoir des appels.

Je ne connais pas le nombre de chefs d’Etats qui m’ont appelé. Et lui, il n’est pas rentré à Conakry, il est resté dans son village. Et finalement on a attaqué, mais sans son avis. Ce n’était pas un monsieur qui aimait la guerre pour la guerre. S’il s’oppose à quelque chose, il avait ses raisons. Mais c’est un homme de paix. Donc je retiens de lui, un homme qui aime l’unité, qui aime la paix en un mot un sage.

Guineematin.com : votre dernier mot?

Fodé Bangoura :   j’appelle tous les Guinéens à profiter de ces dix ans de rappel à Dieu de cet homme, pour formuler des prières pour le repos de son âme. Et, prier pour que son idéal qui est un idéal de paix, de liberté, continue à habiter le cœur des guinéens. C’est le message que j’ai à véhiculer, je souhaite qu’il m’entende. Que les Guinéens s’écoutent, qu’ils se donnent la main, qu’ils fassent la promotion de la paix. Notre pays a besoin de vivre en paix, les Guinéens ont besoin de vivre en paix.

Interview réalisée par Saidou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tel : 654 416 922/664 413 227

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