Alhoussény Makanera Kaké, ancien ministre de la communication et président du parti FND

Pour commencer l’année 2019, la rédaction de Guineematin.com a reçu comme invité hier, mercredi 02 janvier, monsieur Alhoussény Makanera Kaké, ancien ministre de la communication et président du parti FND. Avec lui, nous avons évoqué quelques faits qui ont marqué l’année 2018, mais aussi plusieurs sujets d’actualité. Il est revenu notamment sur son départ de l’opposition républicaine pour retourner à la mouvance présidentielle, le débat autour d’un éventuel troisième mandat pour Alpha Condé et la grève des enseignants qui paralyse l’école guinéenne depuis trois mois.

Guineematin.com : l’année 2018 vient de s’achever et celle 2019 a commencé, que retenez-vous de l’année écoulée ?

Makenera Kaké : je vais commencer par formuler mes vœux les plus ardents de santé, de prospérité, de bonheur à tous le Guinéens et Guinéennes pourquoi pas à l’humanité toute entière. Je voudrais dire que l’année qui s’achève a été une année de crises. Nous avons connu la crise du secteur de l’éducation, nous avons connu la crise au niveau de la classe politique : d’abord une crise interne au sein de l’opposition républicaine, puis la crise entre la mouvance présidentielle et l’opposition. Qu’à cela ne tienne, nous avons eu la possibilité de faire bouger les lignes puisqu’au moins nous avons pu participer à l’organisation des élections communales qui était attendues depuis plus de 10 ans.

Aujourd’hui, les conseils communaux sont en train d’être installés un peu partout, bien sûr avec des difficultés. Je voudrais aussi dire que sur le plan économique, il y a peut-être une amélioration, mais les attentes sont beaucoup plus nombreuses. Il faut dire que depuis près de 30 ans, depuis l’adoption de la loi fondamentale en 1990 et le début du processus de démocratisation de notre pays, nous avons fait les mêmes choses et nous avons eu les mêmes résultats. Est-ce qu’aujourd’hui nous n’allons pas remettre en question ce que nous avons fait hier pour ne pas que notre pays continue à être éternellement un pays de contraste ? Un pays de contraste en ce sens que Dieu nous a donné tout ce qu’il faut : des ressources minières inestimables, des potentialités agricoles inestimables, des ressources humaines de qualité. Mais nous trainons encore derrière.

C’est pourquoi je voudrais dire que cette émission soit une émission qui va obliger chacun de nous : responsables, militants de partis politiques, commerçants, ouvriers, ministres, préfets, journalistes, président de la République, que chacun se remette en question pour dire que le meilleur des guinéens n’est pas le président de la République ou le ministre. Mais celui qui est meilleur à son poste est le meilleur guinéen. Cherchons à être alors le meilleur des guinéens. Voilà les vœux que je voudrais exprimer d’abord à l’intention de mes chers compatriotes, mais aussi à l’intention des militants et responsables de mon parti.

Guineematin.com : parmi ce qui n’a pas marché en 2018, vous avez cité la crise au sein de l’opposition républicaine, un groupe que vous avez quitté récemment. Qu’est-ce qui n’a vraiment pas marché à ce niveau ?

Makanera Kaké : d’abord, l’opposition républicaine, contrairement à ce que beaucoup pensent, ne se résume pas à l’UFDG. L’opposition républicaine est une plateforme de concertation qui regroupe plusieurs partis politiques avec plus ou moins des projets de sociétés différents. Donc ce sont des leaders qui se retrouvent, qui ont des valeurs partagées à défendre. Au sein de cette opposition républicaine, l’organisation et la gestion des élections communales ont prouvé un malaise profond par rapport aux valeurs partagées que nous avons décidé de défendre ensemble. Par rapport à la gestion des élections, nous avons toujours dit que nous nous opposons à la non transparence des élections, à la corruption des militants, responsables, des citoyens simples pour changer la réalité des élections.

Nous avons dit que le mal qui gangrène notre pays c’est l’ethnocentrisme et l’ethno stratégie. Voilà les maux dont souffrent notre pays, les maux que nous avons toujours stigmatisés et que nous sommes engagés de combattre. Mais dommage ! Quand on a organisé les élections locales, nous avons remarqué au sein même de l’opposition républicaine que tous les moyens ont été utilisés et des moyens peu catholiques. Par exemple, utiliser l’ethno stratégie pour donner plus de chance à l’autre, utiliser de l’argent pour corrompre les conseillers des autres, nous avons connu cela. Et particulièrement en ce qui me concerne, j’en ai été victime à Boké.

Et c’est ce qui m’a emmené pour la première fois à suspendre ma participation aux manifestations qui réclament l’installation des exécutifs jugés mal installés. Et dans un second temps à suspendre ma participation au sein de l’opposition républicaine et me mettre dans une situation de prière et de méditation pour demander à ce que Dieu me guide vers ce qui est bon pour moi et pour la Guinée. Et je crois aujourd’hui, pour être honnête avec vous, Dieu est en train de me guider progressivement vers la mouvance présidentielle.

Guineematin.com : vous retournez donc au sein de la mouvance que vous aviez quittée après votre départ du gouvernement. Vous avez un parti politique, le FND, est-ce qu’il faut s’attendre à une alliance entre ce parti et le RPG Arc-en-ciel ou alors vous comptez retournez pour être membre du parti présidentiel ?

Makanera Kaké : c’est vrai que je suis président d’un parti politique, donc la première réaction dans ma tête, c’est une alliance. Mais le meilleur pour moi, c’est de rejoindre le RPG Arc-en-ciel. Depuis que je suis arrivé au sein de l’opposition républicaine, j’ai toujours dit que je n’ai pas de problème avec le RPG Arc-en-ciel, mon seul problème c’était avec mon président le Professeur Alpha Condé. Le RPG Arc-en-ciel c’est mon innovation, c’est ma création. Tout homme est fier que ta progéniture le dépasse. Donc si ce RPG Arc-en-ciel produit plusieurs générations de présidents de la République en Guinée, je serai très heureux.

Guineematin.com : donc l’objectif c’est de rejoindre le RPG Arc-en-ciel, est-ce pour chercher à être candidat à la présidentielle de 2020 ?

Makanera Kaké : (Rires). Pas forcément. Mais, je l’ai dit, si le président Alpha Condé n’est pas candidat en 2020, moi je le serai. Mais s’il est candidat, je le soutiendrai.

Guineematin.com : dans les conditions normales, le président Alpha Condé ne peut pas être candidat en 2020 parce qu’il aura fait ses deux mandats constitutionnels.

Makanera Kaké : bon, c’est vous qui le dites.

Guineematin.com : ce n’est pas nous qui le disons, c’est plutôt la Constitution guinéenne qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels.

Makanera Kaké : moi, je dis : si le président Alpha Condé est candidat je le soutiens, s’il n’est pas candidat, je suis candidat.

Guineematin.com : ce qui veut dire que vous soutenez la modification constitutionnelle pour permettre à Alpha Condé de briguer un troisième mandat ?

Makanera Kaké : bon, il faut relativiser la modification. Est-ce que cette Constitution peut d’ailleurs être modifiée ? En tout cas nous nous ne parlons pas de troisième mandat. Il peut être candidat sans faire un troisième mandat parce qu’un troisième mandat c’est si c’est la même Constitution qui continue. Mais lorsque c’est une nouvelle Constitution, on ne parlera plus de troisième mandat parce que tout est remis à zéro.

Guineematin.com : vous avez dit que si Alpha Condé n’est pas candidat en 2020 vous vous le serez. Ça sera au compte du RPG Arc-en-ciel ?

Makanera Kaké : je le souhaite parce que c’est le parti qui gagne. Qui ne veut pas être candidat d’un parti qui va remporter l’élection ? Parce que je vais vous dire, il peut y avoir une alternance démocratique en Guinée, mais il ne peut y avoir une alternance politique. C’est-à-dire qu’il peut y avoir un changement de personne au sein du parti au pouvoir, mais c’est toujours la même mouvance qui va continuer à gouverner le pays.

Guineematin.com : vous croyez que le RPG Arc-en-ciel est imbattable à l’heure actuelle ?

Makanera Kaké : pratiquement pas. Parce que l’opposition commet beaucoup de fautes. Je suis allé à l’opposition républicaine, c’était pour gagner, mais j’ai vu qu’elle n’est pas capable de gagner.

Guineematin.com : vous êtes convaincu donc que Cellou Dalein Diallo, le chef de file de l’opposition guinéenne, ne peut pas être président en Guinée ?

Makanera Kaké : lorsque je croyais qu’il allait gagner, j’étais avec lui, je disais que personne n’allais gagner si ce n’est lui. Mais aujourd’hui, je suis convaincu qu’il ne pourra pas, il ne sera pas président en 2020. Je dis ce que je perçois et j’en suis convaincu.

Guineematin.com : quand vous dites que l’UFDG ne peut pas gagner les élections, il y a certainement une raison qui vous pousse à le dire. C’est quoi cette raison ?

Makanera Kaké : quand vous voulez gagner contre quelqu’un, vous devez faire autrement que ce que lui il fait. Mais vous ne pouvez pas dénoncer quelque chose et vous vous rendez coupable de la même chose pour que les gens vous croient. C’est la raison principale. La plus grande faute de l’opposition, c’est de vouloir gagner à tout prix et par tous les moyens, les communes. L’UFDG a fait une alliance et a voté même pour un candidat du RPG Arc-en-ciel à Boké, mais qui va les croire ? Vous dites que le RPG n’est pas bon, il utilise ceci, il utilise cela. Au même moment vous votez pour un candidat du RPG, vous laissez vos propres alliés, vous laissez votre propre porte-parole, le conseiller de votre chef de file, vous votez pour quelqu’un qui vous a juste promis qu’il va vous rejoindre, il ne vous a même pas rejoint encore.

Mais, des pratiques comme ça peuvent amener quelqu’un à gagner ? C’est justement ce qu’on appelle l’inconstance. Mais malheureusement, c’est un problème de niveau du débat chez nous parce que certains pensent que la constance c’est de rester derrière un parti politique et un homme. Je suis parti au sein de l’opposition républicaine pour lutter contre ce que j’ai vu à Boké, mais si je vois ça et je reste là-bas, c’est que je suis inconstant. La plus grande fidélité, c’est la fidélité en soi, ce n’est pas à un autre. Ma fidélité, c’est que partout où je vois ce que je ne partage pas, je ne reste pas là-bas, c’est ça la vérité.

Guineematin.com : depuis votre retour à la mouvance présidentielle et la démission de Sidya Touré au poste de Haut-Représentant du chef de l’Etat, certains pensent que vous pourrez être son remplaçant. Est-ce que vous vous voyez Haut-Représentant d’Alpha Condé ?

Makanera Kaké : je ne veux pas être Haut-Représentant du chef de l’Etat.

Guineematin.com : vous voulez plutôt être ministre ?

Makanera Kaké : bon, quand cela se posera on verra. Mais, je ne veux pas quand même être représentant, ce poste-là ne correspond pas à mon profil. Je veux être un homme au front, je n’aime pas l’hypocrisie, je n’aime les demi-mesures. C’est soit je suis avec vous totalement ou je ne suis pas du tout avec vous ; ou je défends une conviction totalement, ou je combats la conviction totalement.

Guineematin.com : après votre départ de l’opposition républicaine, des rumeurs annoncent également un éventuel départ de Papa Koly Kourouma. C’est un proche ami à vous, est-ce que vous cherchez à le ramener aussi au sein de la mouvance ?

Makanera Kaké : j’ai dit et je l’ai répété, je me battrai pour que Papa Koly rejoigne la mouvance présidentielle. Et pour cela, je mettrai tous les moyens qu’il faut. Lui aussi il a dit qu’il se bat et qu’il mettra tous les moyens possibles pour que je rejoigne l’opposition. Mais, pendant cette période, nous donnons quand même une leçon à la classe politique en général et particulièrement aux deux mouvances : la mouvance présidentielle et l’opposition, qu’on peut bel et bien ne pas partager les mêmes positions et avoir des liens profonds.

Guineematin.com : vous avez dit que vous avez fait un pari : chacun a dit qu’il fera tout pour ramener l’autre dans son camp. Qui est en train de gagner ce pari aujourd’hui ?

Makanera Kaké : vous savez, moi je n’ai jamais perdu dans un combat. Donc je crois que je vais gagner.

Guineematin.com : ce qui veut dire que Papa Koly sera bientôt de la mouvance présidentielle ?

Makanera Kaké : en tout cas c’est ce que moi je crois. Et j’en suis même convaincu.

Guineematin.com : sur le plan politique, l’année 2018 a été marquée aussi par la nomination de Kassory Fofana à la Primature. Comment appréciez-vous aujourd’hui sa gouvernance ?

Makanera Kaké : pour parler de la gouvernance de Kassory Fofana, il faut dire que je suis un peu mitigé aujourd’hui. Sur le plan économique, il y a quand même un petit progrès. Il y a aussi la fermeté. Pour la première fois, la Guinée a un Premier ministre, parce que tant que tout le monde parle du bien de celui qui gère, c’est qu’il ne fait rien. Avant, quand il y avait un problème, on disait que c’est le président Alpha Condé, mais aujourd’hui, on dit que c’est le Premier ministre qui est en train de faire ça. Comparativement aux autres, il est le meilleur.

Par contre, là où je ne suis pas d’accord avec lui, c’est au niveau de la gestion des crises, surtout la crise au niveau de l’éducation. Je voudrais qu’il négocie avec les enseignants pour trouver une solution à cette crise, je ne voudrais pas qu’on détruise les syndicats en Guinée. Je veux qu’on augmente un peu le salaire des enseignants même si ce n’est pas ce qu’ils ont demandé. Ce n’est pas une faiblesse si le gouvernement accepte de négocier et permettre aux enseignants de reprendre. Même s’ils veulent reprendre aujourd’hui, est-ce qu’on a commencé les conditions de reprise ? Si vous les effrayez en disant : on va vous licencier si vous ne reprenez pas, il n’y aura plus de syndicat, parce que le licenciement sera une épée de Damoclès au-dessus de la tête des syndicalistes et des travailleurs en général.

Mais il faut négocier pour permettre la reprise. Et c’est l’idée-là qui a prévalu à la création des syndicats. Pour que quand ils estiment que leurs conditions de vie ne sont pas favorables, que les syndiqués puissent réclamer, que l’Etat soit à leur écoute et que l’Etat prouve sa bonne foi, et on recommence le travail. Moi c’est ce que je souhaite. Moi si j’étais à la place du Premier ministre, avec la chute du cours du pétrole sur le marché mondial, j’aurais tout simplement pris la différence là pour ajouter sur le salaire des enseignants plutôt que de diminuer 500 francs sur le prix du litre de carburant. Parce que seulement les gros consommateurs de carburant peuvent ressentir cette baisse de 500 francs, mais la majeure partie des citoyens ne vont pas le ressentir. Alors que cet argent-là pouvait résoudre la crise dans le secteur de l’éducation.

Parce que s’il met à exécution sa menace de licencier tous les enseignants, même s’il parvient à le faire, il ne peut pas former des enseignants aujourd’hui qui puissent être à la hauteur pour former les enfants. Et s’il ne parvient pas et qu’il y ait un mouvement social, que Dieu nous en garde. A sa place, j’aurais négocié maintenant. Il les appelle et leur dit voici ce que j’ai pu faire pour vous, même si c’est 50.000 GNF et les convaincre à reprendre les cours. Mon grand frère Kassory a été un grand Premier ministre. Depuis l’indépendance de la Guinée, à l’exception de Lansana Kouyaté, je n’ai pas vu un autre Premier ministre qui a eu sa carrure. Mais, s’il pouvait m’écouter et m’entendre pour résoudre la crise de l’éducation, il aurait réglé un problème fondamental.

Guineematin.com : depuis la militarisation de l’axe, on assiste à l’interdiction systématique des manifestations à Conakry. Est-ce que vous ne pensez pas qu’il y a une certaine restriction des libertés constitutionnelles en Guinée ?

Makanera Kaké : moi je ne crois pas jusqu’à ce qu’on me prouve le contraire, qu’il y a militarisation de l’axe. Parce que la militarisation c’est lorsqu’on donne un pouvoir important aux militaires au détriment des civils, mais je crois que jusqu’à présent en Guinée, lorsqu’il y a une mission même civile et militaire, le pouvoir c’est toujours avec un civil. Maintenant pour ce cas précis, si c’est pour empêcher les manifestations qu’on a mis en place les PA, je suis contre. Mais je ne le crois pas. Je pense que les militaires c’est pour maintenir la sécurité. Et la plupart des guinéens que j’ai écoutés ont dit que la présence de ces PA est un ouf de soulagement parce que maintenant on peut circuler librement sans craindre des violences.

Guineematin.com : la semaine dernière, l’Assemblée nationale a voté le code civil révisé qui consacre désormais le mariage avec option, contrairement à l’ancien texte qui optait pour la monogamie. Le sujet fait beaucoup de bruit à Conakry, quelle est votre position là-dessus ?

Makanera Kaké : vous savez pourquoi nous changeons beaucoup nos lois, c’est parce que simplement nous faisons du copier-coller. Alors que le monde juridique doit être le reflet du monde physique. Il ne devait pas y avoir de débat en Guinée par rapport à la polygamie. Je suis polygame et la plupart des guinéens le sont. Mais ce que les gens ne comprennent pas, c’est que ce que nous faisons ici, ce n’est pas différent de ce qui se passe en France. Mais, on n’a pas la même culture et on n’a pas la même religion. Là-bas, avoir une union libre et des maîtresses, c’est toléré. Ce qui n’est pas le cas chez nous ici.

Dans ma famille par exemple, si j’ai un enfant hors mariage, c’est un grand problème. Si je pouvais faire comme les Français, je n’aurais pas besoin de me marier. Quand j’ai besoin d’une maîtresse je prends un scooter, je vais la chercher. Quand j’ai besoin de faire un enfant je le fais. Mais si les gens veulent qu’on se ressemble à des gens avec lesquels on n’a pas les mêmes cultures et les mêmes mœurs, mais c’est un faux débat. Moi je suis un défenseur des femmes parce que je suis issu d’une mère, j’ai des femmes et j’ai des filles, mais je suis pour la polygamie. Parce que je ne veux pas voir ma fille faire des enfants sans se marier et je veux que mes filles fassent des enfants.

Donc quand je vois certaines femmes chanter pour dire : nous sommes contre la polygamie, j’ai pitié d’elles. Mais la deuxième épouse qui vient c’est un garçon ou bien c’est une femme ? La polygamie là, quand on l’autorise, on a aidé l’homme ou on a aidé la femme ? Parce que si on l’empêche, l’homme lui, il a sa femme, la femme qui est là-bas et qui n’a pas de mari, si l’homme a besoin d’elle il l’aura encore, mais pas légalement. Donc c’est la femme qui souffre. Même si elle a un enfant, si elle l’a eu hors mariage, elle aura la tête baissée, compte tenu du poids de notre culture. Mais si on permet la polygamie, c’est qu’on a affranchi une femme qui, de toutes les façons, allait avoir des relations avec un homme, mais seulement on a légalisé et respecté cette relation.

Donc moi je suis étonné qu’on n’ait pas eu un grand nombre de femmes qui se lève pour défendre la polygamie. Parce que la première c’est une femme, celle qui vient en deuxième position c’est une femme, la troisième et la quatrième c’est pareil. Donc si on dit qu’un homme ne doit épouser qu’une seule femme, c’est qu’on a pris une femme et on a laissé trois autres. Donc, défendre la polygamie, c’est défendre les femmes et non défendre les hommes.

Guineematin.com : aujourd’hui, il y en a qui pensent que le président Alpha Condé pourrait refuser de promulguer cette loi, vous qui le connaissez pour l’avoir côtoyé pensez-vous qu’il pourrait ne pas promulguer ce code civil ?

Makanera Kaké : moi je ne crois pas qu’il va refuser de promulguer cette loi. A partir du moment où les députés ont voté, je pense qu’il va la promulguer. Parce que s’il refuse de la promulguer, elle revient en seconde lecture et que les députés votent encore la même loi, ça peut conduire à des conséquences que je ne voudrais même pas évoquer ici.

Guineematin.com : l’autre question qui a marqué l’actualité de cette fin d’année, c’est la grâce présidentielle accordée à 222 détenus dont 3 personnes emprisonnées dans le cadre de la tentative d’assassinat contre le président Alpha Condé le 19 juillet 2011. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

Makanera Kaké : vraiment, j’ai souhaité que lorsqu’on a accordé la grâce à Bah Oury, que tous les autres puissent en bénéficier. Cela ne veut pas dire que le coup d’Etat est faux, ça veut dire que le président va vers un apaisement, il veut réconcilier les Guinéens, il veut prouver sa magnanimité, son pardon. Je demande donc au président d’élargir cette grâce à ceux qui restent encore en prison y compris le commandant AOB.

Interview réalisée par la rédaction de Guineematin.com

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