Le 03 janvier 2019, un violent mouvement de colère a éclaté à Kawessy, dans la sous-préfecture de Daramagnaki (Préfecture de Télimélé). Des citoyens sont allés manifester dans les locaux de la société chinoise CDM Chine qui évolue dans la zone, blessant 7 agents de sécurité de la société minière. Selon la version officielle, cette manifestation était consécutive au non-respect des engagements de la société relatifs à la construction d’un certain nombre d’infrastructures de développement dans la localité.

Mais, Abdoulaye Thiam Baldé, ex-président de la délégation spéciale de Daramagnaki et tête de liste du RPG Arc-en-ciel dans cette commune rurale lors des élections locales du 04 février 2018, dément catégoriquement cette version. Pour lui, c’est le préfet de Télimélé et « ses complices » qui ont provoqué cet incident pour une raison purement financière. Il l’a dit au cours d’une interview qu’il accordée à Guineematin.com, hier mercredi 09 janvier 2019.

Guineematin.com : le jeudi 03 janvier dernier, une violente manifestation est survenue à Kawessi dans la sous-préfecture de Daramagnaki. Des citoyens sont allés protester dans les locaux de la société minière CDM Chine, blessant 7 travailleurs. Qu’est-ce qui est à l’origine de ce mouvement de colère ?

Abdoulaye Thiam Baldé : je vous avoue que c’est un problème qui a été préparé, je peux dire par le préfet de Télimélé, Amara Lamine Soumah, qui a l’habitude de pêcher dans l’eau trouble. Il faut dire que cette affaire a commencé depuis lors de l’installation du conseil communal de Daramagnaki. Le préfet qui ne voulait pas me sentir à la tête de la mairie, a mené des démarches en cachette pour que le candidat de l’UFDG remporte l’élection du maire. Et c’est ce qui fut fait. Mais nous de la mouvance, nous avons dit que nous ne reconnaissons pas du tout le soi-disant maire qu’ils ont installé.

Guineematin.com : vous dites que le préfet Amara Lamine Soumah a soutenu le candidat de l’UFDG, le principal parti d’opposition du pays, contre vous qui êtes le candidat du parti au pouvoir. C’est quand même étrange quand on sait que les cadres de l’administration roulent généralement pour le parti au pouvoir.

Abdoulaye Thiam Baldé : il faut savoir que derrière cette affaire d’exécutif communal, se cache une question d’argent. Avant l’installation du conseil communal, il y avait déjà un chèque de 450 millions de francs qui était prêt à être donné à la commune rurale par la société minière CDM Chine. C’est pourquoi, au lendemain de l’installation du conseil communal, on a invités d’aller pour faire la passation de service et programmer la remise du chèque. Alors qu’il y avait des violences consécutives à l’élection du maire qui avaient fait une maison saccagée et 10 cases et leurs contenus brûlés.

Au lieu de parler de cela, monsieur le préfet de Télimélé programme une cérémonie de passation de service. Nous lui avons dit qu’on ne pouvait pas aller assister à une cérémonie de passation de service dans ce contexte. Et d’ailleurs, nous ne reconnaissons pas le soi-disant maire qu’ils veulent installer. Nous avons dit qu’il faut s’occuper de cette question des violences ayant fait d’importants dégâts matériels avant de parler de passation de service et de remise du chèque. Puisque nous avons dit que nous de la mouvance nous ne participerons pas à cette passation de service, le préfet a délocalisé la rencontre et il a réuni trois personnes plus lui pour faire la passation de service.

Il est allé procéder au changement des signataires dans les trois banques où sont domiciliés les comptes de la mairie de Dara. Tout cela, c’était pour que le chèque leur soit remis. Mais, la société a dit qu’elle ne va pas remettre le chèque s’il n’y a pas d’entente au sein du conseil communal. C’est ainsi qu’ils ont décidé d’incidenter. Le préfet a mobilisé quelques ressortissants pour aller créer un incident dans les locaux de la société CDM Chine à Kawessy pour réclamer le chèque. Il y a eu 7 agents de sécurité de la société qui ont été blessés.

Ceux qui sont les intermédiaires entre la société et la communauté : Boubacar Diallo et Saliou Sylla sont allés sur les lieux, ils ont trouvé cette situation qui prévalait sur place. Immédiatement, ils ont appelé monsieur le préfet de Télimélé et le sous-préfet de Daramagnaki pour les informer. Le préfet a dit que le sous-préfet et le maire se rendront sur les lieux pour régler cette affaire. Ils ont répondu qu’ils peuvent accepter la venue du sous-préfet, du préfet lui-même ou du secrétaire général chargé des collectivités, mais pas le maire que nous ne reconnaissons pas. Mais le préfet a répliqué en disant qu’il impose le maire.

Nous aussi, on a mobilisé les gens pour rester en attente. Et quand le préfet a compris que les gens sont en colère et qu’ils ne veulent pas voir le maire là-bas, il a quitté Télimélé, il est passé par Boké pour ramasser 7 pick-up de gendarmes pour débarquer dans la zone. A son arrivée, il a pris de nombreux partisans de l’UFDG venus de Dara, de Boké et de Sangarédi plus les conseillers du RPG Arc-en-ciel qui étaient sur le terrain pour les mettre dans une salle.

Le préfet s’est acharné contre les deux élus du RPG en les insultant, en les humiliant. Après, il a pris la décision de les enlever pour nommer d’autres personnes comme intermédiaires entre la société et la communauté. Il ne s’est même pas préoccupé à ce qu’il y ait des enquêtes pour rechercher les auteurs de ces violences ayant fait 7 blessés. C’est là qu’on a compris que c’est lui qui est à l’origine de ce problème.

Il n’a pas aimé que la mouvance passe à Daramagnaki parce que je suis tête de liste, pas autre chose. Et, il a été l’objet de l’échec du RPG à Daramagnaki et à Missira. Parce qu’à Daramagnaki, il y a 23 conseillers : le RPG a récolté 10 sièges, l’UFDG a récolté 11 sièges et l’UPR en a eu 2. De façon officielle, il y a entre le RPG et l’UPR, on a collaboré avec les conseillers de l’UPR jusqu’à la dernière seconde, ils ont été détournés par l’administration de Télimélé dont le préfet. On connait tout ce qui s’est passé entre lui et mon jeune frère qui était à la tête de liste de l’UPR à Daramagnaki.

Les conseillers de l’UPR, ça je peux le dire haut et fort, j’ai des preuves. Pas seulement le préfet, il y a certaines personnes cachées. Nous, il n’y a pas la guerre entre nous et l’UFDG, la guerre c’est au sein du RPG. Depuis que le problème de tête de liste s’est posé à Dara, on s’est tiraillé, j’ai remporté la bataille et cela n’a pas plu à certains. C’est le problème qui se poursuit aujourd’hui. En plus, le sous-préfet a créé le problème peulhs-captifs à Daramagnaki qui a divisé les gens à Dara.

Guineematin.com : vous pensez donc que le préfet, Amara Lamine Soumah, a des intérêts avec les responsables locaux de l’UFDG qui le poussent à les soutenir ?

Abdoulaye Thiam Baldé : bien sûr ! Parce que personnellement je sais ce qui s’est passé entre nous lorsque quand j’étais aux affaires. Je sais combien de fois il aime l’argent.

Guineematin.com : qu’est-ce qui s’est passé réellement passé entre vous ?

Abdoulaye Thiam Baldé : quand moi j’étais président de la délégation spéciale, j’ai compris qu’il faisait des prélèvements sur les fonds alloués aux collectivités par l’Etat. Pour 2015 par exemple, il avait 195 millions GNF qui ont été prélevés sur les fonds alloués aux 13 collectivités de Télimélé. En 2016, il y a eu 105 millions prélevés. Cela avait même fait objet de réclamation et le préfet a été obligé de rembourser la moitié de cet argent. Et c’est toujours le même Amara Lamine Soumah qui dirige la préfecture de Télimélé, je ne sais ce que qu’on a fait à Dieu pour que nous subissions tout cela.

Guineematin.com : vous voulez son départ de la préfecture ?

Abdoulaye Thiam Baldé : bien-sûr! Nous voulons le départ du préfet de Télimélé et du sous-préfet de Daramagnaki parce qu’ils ne favorisent la préservation de la paix dans la localité. Ces deux personnes nous ont rendu la vie impossible à Daramagnaki.

Guineematin.com : revenons au problème survenu dans les locaux de CDM Chine le 03 janvier dernier. Vous, vous accusez le préfet d’en être l’instigateur, mais nous, certains citoyens nous avaient fait comprendre que c’est le non-respect des engagements de la société relatifs à la réalisation d’infrastructures de développement qui est l’origine de ce mouvement de colère.

Abdoulaye Thiam Baldé : c’est bien lui (le préfet de Télimélé) qui en est l’instigateur à cause d’un chèque de 500 millions de francs. Sinon, il n’y a une aucune convention entre la société CDM Chine et la commune de Daramagnaki pour réaliser des infrastructures. Je le dis haut et fort en tant qu’ancien dirigeant de la mairie, ça n’a jamais été le cas. C’est une nouvelle compagnie qui respecte le code minier, parce que c’est elle qui nous appelle chaque fois pour nous dire : venez récupérer les taxes que nous vous devons. Mais, il n’y a une aucune convention entre CDM Chine et la localité de Daramagnaki pour réaliser des infrastructures, c’est à partir de 2020 peut-être que la société va commencer à payer les chiffres d’affaires aussi qui pourront nous permettre de réaliser des infrastructures.

Guineematin.com : il y a eu donc la rencontre présidée par le préfet autour de cette question. Quelle est la décision qui en est sortie ?

Abdoulaye Thiam Baldé : pour le moment aucune décision n’a été prise. Sauf que le préfet a décidé de prendre les personnes qui ont blessé les agents pour les nommer comme intermédiaires entre la société chinoise et la communauté.

Guineematin.com : parlant de la mairie de Daramagnaki, vous ne reconnaissez pas le nouveau maire qui est issu de l’UFDG. Pourtant, ce dernier a remporté l’élection devant vous.

Abdoulaye Thiam Baldé : pourquoi nous le contestons ? C’est parce qu’il y avait une convention qu’on a signée de façon officielle avec l’UPR. Mais, dans la salle, le jour du vote, celui qui était tête de liste de l’UPR s’est levé pour déclarer qu’il n’est plus d’accord avec cette convention et qu’il se désiste publiquement. Et tout de suite, nous avons dit que si le vote se déroule, nous n’allons pas reconnaître le résultat. Il aurait pu se taire puisque le vote est secret et voter celui qu’il veut, mais puisqu’il s’est levé pour faire une telle déclaration devant tout le monde, on a dit qu’on n’est pas d’accord.

Et ce n’est même pas lui qui a signé cette convention, c’est la sous-section de l’UPR qui a signé la convention avec la sous-section du RPG. Donc, les deux conseillers de l’UPR ont oublié que ce sont les militants qui ont voté pour eux pour qu’ils soient conseillers, et ce sont ces militants-là qui ont accepté l’alliance entre et eux nous. Maintenant, quand on est sorti de la salle, les militants de l’UPR ont senti que leurs conseillers ont fait défection, ils sont allés démolir chez les conseillers de l’UPR, parce qu’ils ont trahi le parti.

Guineematin.com : nous, on avait appris que ce sont les militants du RPG Arc-en-ciel qui se sont sentis trahis qui ont causé ces dégâts.

Abdoulaye Thiam Baldé : c’est ce qu’ils ont dit, mais sur le terrain ce n’est pas ce qui s’est passé parce que l’accrochage a commencé entre un militant de l’UPR et le conseiller qui a fait défection. Maintenant la foule, sous tension, est allée démolir la maison du conseiller qui était tête de liste de l’UPR. Parce qu’il est sorti dire qu’il a bien fait.

Guineematin.com : mais, le non-respect de cette convention qui vous liait à l’UPR n’entache pas l’élection du maire parce qu’il a remporté quand même l’élection. Pourquoi vous ne le reconnaissez pas alors ?

Abdoulaye Thiam Baldé : nous demandons la reprise de l’élection et nous maintenons l’alliance signée entre l’UPR et le RPG. Ça ce n’est pas les conseillers, mais les sous-sections du RPG et de l’UPR qui l’ont décidé. Les militants de l’UPR qui ont voté pour les deux conseillers pour qu’ils soient conseillers, avec lesquels nous avons signé, maintiennent l’alliance.

Guineematin.com : sauf que les conseillers sont libres de voter pour qui ils veulent.

Abdoulaye Thiam Baldé : ils ne sont pas libres, ce n’est pas un mouvement indépendant, c’est des conseillers sous la coupe d’un parti politique avant tout. Et, il faut savoir qu’il n’a pas quitté de lui-même, on l’a fait quitter parce qu’on ne voulait pas que je sois à la tête de la mairie de Dara.

Guineematin.com : quand vous dites : on l’a fait quitter vous parlez de qui exactement ?

Abdoulaye Thiam Baldé : à commencer par le préfet et sa suite : le sous-préfet et tant d’autres. Je ne voudrais pas les nommer tous ici, je souhaite qu’ils réagissent pour que je revienne les dénoncer de la base au sommet. Pour l’instant, tout ce que je demande, c’est la reprise de l’élection du maire de Daramagnaki.

Interview réalisée par Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com

Tel. 628124362

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