Me Abdoul Kabélè Camara, ancien ministre et président du parti RGD

Le président du Rassemblement Guinéen pour le Développement (RGD), Me Abdoul Kabèlè Camara, a accordé un entretien à des médias dont Guineematin.com, dans la soirée d’hier, vendredi 11 janvier 2019. Dans cette interview, l’ancien ministre délégué à la défense nationale et ministre de la sécurité et de la protection civile est revenu sur le positionnement de son parti sur l’échiquier politique guinéen et son regard sur l’actualité sociopolitique du pays.

Décryptage !

Quel regard portez-vous sur la situation politique actuelle de la Guinée ?

Me Abdoul Kabèlè Camara : la situation politique du pays n’est pas reluisante. Malheureusement, nous sommes en face de crises répétées non résolues. Et, de plus en plus, les acteurs sont divisés. Je pense que des solutions existent pour éviter que ces crises ne conduisent à l’instabilité de notre pays, également n’entraînent le manque de croissance de notre économie.

Puisqu’on parle de crises, il y a une qui vient de trouver un dénouement. C’est celle liée à la grève des enseignants qui paralysait le secteur de l’éducation. Avez-vous un commentaire là-dessus ?

Me Abdoul Kabèlè Camara : vous savez, l’Etat doit assurer le respect des lois et règlements en vigueur dans notre pays. Et également, l’Etat doit tout faire pour que les institutions républicaines puissent fonctionner de façon convenable. Et ça, c’est une obligation qui pèse sur la tête de l’Etat. Le dialogue est fondamental. On ne peut pas tourner le dos au dialogue. Quand les problèmes sociaux sont posés et qui touchent les finances publiques, je crois qu’un arbitrage économique est nécessaire et qui permettra aux uns et aux autres d’arriver à une solution satisfaisante pour tout le monde.

Nous devons tenir compte du fait que dans ce pays, il y a des lois et des principes qui sont là pour régenter tout le monde. La loi, elle est égale pour tous. Donc les acteurs, que ça soit les gouvernants, que ça soit les gouvernés, devraient d’abord tenir compte de ces lois qui prévoient toutes les solutions à nos problèmes. C’est vrai, parce que nous avons des lois avant-gardistes. Dans le cadre du silence de la loi, ils pourraient se retrouver autour de la table, mais ne pas avoir de positions figées. Il faut toujours trouver des solutions qui se posent à un pays.

Depuis le mercredi, 17 octobre 2018, vous êtes à la tête d’une nouvelle formation politique dénommée Rassemblement Guinéen pour le Développement (RGD). Un parti qui s’illustre dans la dénonciation de la gouvernance actuelle. Mais, est-ce que vous n’êtes pas un peu comptable de cette situation, vu que vous avez été ministre pendant 7 ans sous ce régime ?

Me Abdoul Kabèlè Camara : je suis encore fraîchement en dehors du système gouvernemental. Mais, je reconnais avoir participé à l’action gouvernementale depuis le régime de Lansana Conté comme ministre des Affaires étrangères. Et ensuite avec le Professeur Alpha Condé comme ministre délégué à la défense et ministre de la sécurité et de la protection civile. Je ne fuirai pas mes responsabilités. Je suis dans l’obligation d’assumer cette responsabilité, de partager partiellement l’action gouvernementale. Mais, j’ajouterai qu’au niveau de chaque département que j’ai dirigé, des actions ont été posées de façon positive, et qui ont fait le bonheur des guinéens et même du gouvernement guinéen. Et les résultats, vous les connaissez.

Par rapport aux différents passages que vous dites assumer, votre successeur, l’actuel ministre de la sécurité qui est passé à l’Assemblée nationale, a décrit un tableau assez sombre de ce département. Et pour y remédier, il a rétabli la direction générale de la police, dirigée par le contrôleur général Ansoumane Camara. Vous êtes d’accord avec lui que ça a été une erreur de supprimer cette direction ?

Me Abdoul Kabèlè Camara : votre question me semble pertinente. Est-ce une erreur ? En tout état de cause, ministre d’Etat de la Sécurité et de la Protection Civile, j’ai soumis à monsieur le président de la République un décret portant organisation, fonctionnement du ministère de la Sécurité et de la Protection civile. Monsieur le président de la République, conformément à ses prérogatives, a signé le décret. Donc, a mis son accord sur cette nouvelle réorganisation que je ne me permettrais jamais de faire avant de consulter celui-là qui est président de la République. Et, c’était une circonstance qui était indispensable. Donc, il fallait éclater pour ramener tout le corps de la sécurité et de la protection civile dans le giron de la parfaite collaboration entre les cadres du ministère de la Sécurité.

Erreur ? Je ne crois pas. Tout ministre qui vient après un remaniement ministériel, propose un organigramme, une organisation, un fonctionnement du ministère. C’est courant. Et c’est comme ça que les choses doivent se passer. Si maintenant mon successeur a qualifié cela d’erreur monumentale, je n’ai pas eu l’occasion de l’entendre, et heureusement d’ailleurs. Je ne me lance pas dans cette polémique. Je suis un fonctionnaire de l’Etat, soumis aux règles de l’Etat. Ce que je décide en tant que ministre, je ne le décide pas ex nihilo, je ne le décide pas parce que j’ai un impérium. Je le décide avec l’accord de monsieur le président de la République.

Parlant justement de sécurité, le gouvernement guinéen a installé récemment des PA, composés notamment de l’armée le long de la route Le Prince, à Conakry. Officiellement, la décision vise à sécurité des citoyens et de leurs biens dans cette zone réputée chaude. Mais, beaucoup pensent que c’est une façon d’empêcher les manifestations de rue, dénonçant une restriction des libertés constitutionnelles. Quelle est votre avis sur la question ?

Me Abdoul Kabèlè Camara : c’est malheureux, c’est un recul selon moi. Parce que la réforme des services de sécurité nous a permis de nous éloigner de ce spectacle. Vous savez, avant le lancement de la réforme, les militaires étaient un peu partout dans Conakry et d’ailleurs sur le territoire national. Mais, la reforme a permis de les caserner. La réforme a permis la délocalisation des armes lourdes. La réforme a permis de faire disparaitre les tentes : tout ce que vous avez comme abris, comme PA à travers les quartiers. Et, je pense que l’armée peut être appelée à assurer la sécurité d’un pays dans des circonstances fixées par la constitution et par les lois. Si ce n’est pas le cas, je ne vois pas pourquoi est-ce qu’on mobiliserait l’armée à travers la capitale.

C’est un spectacle qui peut être de nature à effrayer. A mon avis, qu’est-ce qui est important ? C’est l’équipement des forces de défense et de sécurité. Défense dans sa partie gendarmerie et également sécurité dans sa partie police. Et, surtout dans sa partie maintien de l’ordre public et dans la lutte contre la grande criminalité, le terrorisme. Ces structures existent, je pense que le mieux, c’est de bien les équiper et surtout insister pour que chacun puisse se conformer à la loi sur le maintien de l’ordre public.

Certains vous soupçonnent de rouler pour la mouvance présidentielle, notamment à cause de l’étroitesse de vos relations avec Diallo Sadakaadji qui reste très bien introduit à Sékhoutoureya. Que répondez-vous à ceux-là ?

Me Abdoul Kabèlè Camara : je ne sais pas si Sadaakaadji, mon frère et ami est introduit à Sékoutoureya. Notre relation n’est pas également étroite. Il fut invité au lancement, ou du réveil du RGD, le 17 octobre. Il a répondu à l’appel. Je ne vois pas le lien avec toute autre considération au niveau de Sékoutoureya. Je pense que Sadaakadji n’est ni conseiller de l’Etat, ni fonctionnaire de l’Etat. C’est un opérateur économique. Donc, je ne sais pas pourquoi on ferait ce lien.

Si vous ne roulez pas pour la mouvance, quelle est votre position sur l’échiquier politique ?

Me Abdoul Kabèlè Camara : aujourd’hui le RGD ne roule ni pour la mouvance, ni pour qui que ça soit. Le RGD n’a qu’une aspiration, comment arriver à résoudre les problèmes qui se posent à notre société. Comment faire pour que le communautarisme disparaisse, comment faire pour que les lois et les règlements en vigueur dans notre pays soient respectés par tous. Le RGD a une seule préoccupation, c’est rassurer les citoyens, c’est rassurer le peuple de Guinée pour que chacun puisse se sentir dans un Etat de droit fort. Pour que chaque citoyen puisse comprendre qu’il a des droits et des obligations. Le RGD, sa préoccupation fondamentale, c’est arriver à améliorer la qualité de vie des citoyens. Les services sociaux de base. Et arriver à une véritable réforme de la santé et du système éducatif pour que nos enfants puissent étudier correctement et aller dans les instances supérieures sans difficulté à l’image des autres pays. Le RGD mettra tout en œuvre pour qu’il en soit ainsi.

Pour réaliser toutes ces ambitions, il faut accéder aux instances décisionnelles. Avant la présidentielle prévue en 2020, il doit y avoir d’abord, dans les conditions normales, les législatives. Est-ce que le RGD va présenter des candidats à ces élections législatives ?

Me Abdoul Kabèlè Camara : ça c’est stratégique. Le moment venu, nous aviserons. Mais considérez que pour nous, la présidence n’est pas un objectif. C’est un moyen pour satisfaire les besoins vitaux des guinéens, rassurer les guinéens. La présidence n’est pas un objectif, c’est un moyen. Un moyen qui va nous permettre en tant que premier chef du pays, de donner l’exemple. Et, un exemple qui rassure, un exemple qui peut être suivi par les Guinéens. Parce que gouvernants et gouvernés sont logés à la même enseigne. Chacun devra se plier aux lois et règlements.

Pensez-vous que l’alternance est possible avec le RGD en 2020 ?

Me Abdoul Kabèlè Camara : oui, l’alternance est possible. J’y crois. Et, j’invite les Guinéens à s’associer au RGD pour provoquer cette alternance. J’invite les forces politiques progressistes, les forces sociales progressistes, à s’associer à ce nouveau pacte social qui, nécessairement va nous conduire vers l’alternance. L’alternance est une excellente chose pour la stabilité du pays. L’alternance est excellente chose pour la croissance, pour l’émergence du pays. Et, il faut que désormais qu’on accepte ce principe-là sans lequel il n’y a pas de démocratie.

Donc, vous n’avez pas le même avis que l’ambassadeur de Russie en Guinée qui estime que l’alternance n’est pas forcément un moyen pour atteindre la prospérité ?

Me Abdoul Kabèlè Camara : Excellence monsieur l’ambassadeur de Russie, je le respecte bien. Et, s’agissant de la Guinée, j’affirmerai de façon péremptoire que l’alternance est une chose indispensable pour notre pays, pour notre jeune démocratie. Elle va assurer la stabilité, c’est très important. Maintenant, l’alternance peut se faire au sein du même parti. Un parti peut produire beaucoup de Chefs d’Etat. Si le peuple de Guinée croit à la vision de ce parti, si le peuple de Guinée croit au projet de société de ce parti, un même parti peut produire plusieurs Chefs d’Etat, tout comme les autres partis peuvent également gagner les élections présidentielles et avoir la majorité à l’Assemblée nationale. C’est ça. Peut-être, il a voulu exprimer exactement ce que je viens d’exprimer-là. Mais peut-être la langue française n’étant pas sa langue, et il a dû dire autre chose dont je n’assume pas la responsabilité.

Propos recueillis par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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