Un nouveau livre consacré au régime Sékou Touré vient de paraître dans le paysage littéraire guinéen. Intitulée « Mémoires d’une Rescapée de la Dictature de Sékou Touré », l’œuvre est de madame Maréga Maïmouna Bâ. L’auteure a présenté ce livre le samedi dernier, 02 février 2019, à Conakry, rapporte un journaliste que Guineematin.com avait dépêché sur place.

L’ouvrage comporte 205 pages, reparties en 15 chapitres. Il a été écrit par madame Maréga Maïmouna Bâ, l’une des premières pharmaciennes d’Afrique noire francophone, dont le mari a été arrêté et exécuté sous le régime de Sékou Touré.

Dans cette œuvre, l’auteure fait un témoignage sur ce qu’a été le régime de Sékou Touré, premier président de la Guinée indépendante. « C’est un témoignage qui vient démentir les fausses accusations. Ce livre est un témoignage qui va permettre aux guinéens de savoir ce qui s’était passé.

Parce que moi, j’étais partout. J’étais une amie d’André, madame Touré. Je partais à la présidence ; quand j’accouchais, elle venait me voir. Nous étions amies à l’école. Donc, je voulais qu’on sache exactement pour les histoires de complot. Les gens n’ont pas voulu. Ils ont toujours dit que les Guinéens sont des bandits, il faut quelqu’un comme Sékou Touré pour les tenir. Tout le monde était d’accord pour travailler, se mettre ensemble, travailler et réussir », a déclaré madame Maréga Maïmouna Bâ.

Mais, bien qu’elle soit amie à l’épouse du président Sékou Touré, l’auteure dit qu’elle n’a pas été épargnée par la dictature du régime. « Je suis rescapée parce que j’ai fui par la Sierra-Leone, le Libéria et ensuite la Côte d’Ivoire. En plus, tout mon entourage a été tué, sauf moi. Tout le monde sait que le régime de Sékou Touré, c’était de la dictature. Je devais produire ce livre depuis près de 20 ans, mais je n’ai pas eu le temps. J’ai voulu, à travers ce livre, montrer que même étant une seule fille, on peut s’en sortir comme un homme », a-t-elle dit.

Ce livre a été édité par Harmattan Guinée. Selon Sansy Kaba Diakité, directeur de cette maison d’édition, il a accepté d’éditer l’oeuvre « parce que c’est un livre d’actualité. La Guinée a 60 ans d’existence, les Guinéens doivent écrire pour permettre à ce pays de se réconcilier avec lui-même. Ce que nous faisons aujourd’hui, c’est la diffusion. Je voudrais vous rassurer que ce livre sera disponible dans toutes les librairies de Guinée, pour que les Guinéens puissent savoir ce qui s’est passé dans notre pays. C’est extrêmement important.

Bamako a aujourd’hui la photo, parce que les Maliens l’ont voulu. Abidjan a pris le rire, ils ont aussi la musique. Ouagadougou a le cinéma, Dakar a l’art. Brazzaville a autre chose, Niamey va avoir la mode. Conakry veut le livre. On aura le livre si tous les Guinéens acceptent de se donner la main et d’aller vraiment vers cet objectif. En 1958, la Guinée a dit non, parce que tous les Guinéens étaient unanimes. Je pense que pour le livre, vous allez vous associer à tous les professionnels du livre de Guinée, pour que cet objectif soit atteint », a-t-il dit.

Le professeur Djibril Tamsir Niane, qui a préfacé le livre, a estimé que cette œuvre occupera une place de choix dans l’espace littéraire guinéen. « Dans la littérature de douleur produite par les Guinéens en vue de dénoncer et fustiger les crimes et atrocités perpétrés sous le régime de Sékou Touré, l’ouvrage de madame Maïmouna Bâ Maréga, Mémoires d’une Rescapée de la Dictature de Sékou Touré occupera d’emblée une place de choix.

C’est d’abord l’œuvre d’une femme, elle appartient à la première génération de jeunes filles qui ont fréquenté l’école, fréquenté le collège. Elle a été la première bachelière guinéenne. Elle suit un enseignement supérieur et elle obtient le diplôme de pharmacie. C’est donc l’œuvre d’une intellectuelle qui a été frappée au cœur et on s’attendait à une réaction tôt ou tard de celle-ci », a fait remarquer le célèbre écrivain.

Le ministre de la Justice a pris part à la dédicace de ce livre, même s’il dit être venu à titre privé à cause de ses liens amicaux avec certains fils de l’auteure. Me Cheick Sako a salué le travail de Maïmouna Bâ qu’il qualifie d’un devoir de mémoire. « Je voudrais préciser que l’œuvre de madame Maréga, est un devoir de mémoire et cela manque beaucoup dans notre pays. Il est important que dans ce pays, les écrits restent. C’est un devoir de mémoire, compte tenu de l’histoire douloureuse de notre pays de 1958 jusqu’à maintenant. Et je pense que madame Maréga, vous avez donné de la voie.

J’espère pour ma part, que d’autres vont suivre cette voie, pour que la réalité de l’histoire de ce pays soit quelque chose de réel, soit quelque chose de palpable et qui soit connue également par tous les Guinéens. Au-delà de ce que le professeur Djibril Tamsir Niane vient de dire, le devoir de mémoire pour tous les Guinéens sans exception, est une nécessité absolue pour que ce pays puisse se réconcilier avec lui-même », a dit le garde des Sceaux.

A noter que ce livre qui est déjà disponible dans toutes les librairies du pays, est vendu à 150 mille francs guinéens.

Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

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