Ibrahima Aminata Diallo, président de la PJDD

Il y a quelques jours, la plateforme nationale du mouvement citoyen Ma Cause a suscité le débat sur ce qu’elle appelle « les faiblesses et insuffisances » de l’actuelle Constitution guinéenne. La démarche vise à jeter un regard critique sur ladite Constitution, à un moment où la question du 3ème mandat pour Alpha Condé fait rage en Guinée.

Cette attitude de la plateforme nationale du mouvement citoyen Ma Cause n’est pas du goût de la Plateforme des Jeunes Leaders de l’Axe Hamdallaye-Kagbélen pour la Démocratie et le Développement (PJDD). Dans un entretien accordé à un reporter de Guineematin.com, ce mardi 5 février 2019, Ibrahima Aminata Diallo, président de la PJDD, dénonce ce comportement et met en garde les promoteurs du 3ème mandat.

Guineematin.com : aujourd’hui, la question de la modification de la Constitution guinéenne revient au devant de la scène, même au niveau de certaines structures de la société civile. Comment percevez-vous ce débat ?

Ibrahima Aminata Diallo : depuis la sortie médiatique de l’ambassadeur de la Russie en Guinée, parlant de la modification de la Constitution, en disant qu’elle n’est pas le Coran ni la Bible, on s’est indigné. Nous avons compris qu’il y a des manœuvres derrière cette idée. Dans notre position, nous restons fermes. Nous sommes une structure qui veut l’alternance en 2020. On n’est contre qui que ce soit, mais nous sommes pour qu’il y ait l’alternance afin que la Guinée décolle, que notre pays devienne une nation démocratique à l’image de certains pays voisins. C’est ce que nous voulons pour la Guinée… Les jeunes qui s’agitent actuellement dans ce cadre là, qu’ils essayent de comprendre que l’histoire va les rattraper tôt ou tard. Je m’adresse ici à ces jeunes qui ont organisé un atelier à Sheraton, c’est eux qui savent d’où vient l’argent pour ça, pour dire qu’ils vont enlever les débats sur la Constitution dans les cafés pour les envoyer sur la place publique pour demander l’avis des citoyens. Ça ne relève de leur compétence.

Guineematin.com : qui est derrière cette annonce ?

Ibrahima Aminata Diallo : c’est Ma Cause. C’est une nouvelle structure qui a son siège à Taouyah, dirigée par Cheikh et Alhassane Camara. C’est des gens avec qui nous étions dans les Forces Sociales. Aujourd’hui, la vérité est entrain de triompher pour nous dire qu’ils font partie des gens qui ont étouffé les Forces Sociales. Ils avaient des agendas cachés, ils travaillaient dans l’ombre et ont fait échouer cette dynamique des Forces Sociales que nous avons créées en 2018 autour de la réduction du prix du carburant à 8 mille francs guinéens à la pompe. Donc, ça ne relève pas de leur domaine pour parler d’un débat autour de la Constitution pendant qu’il y a une assemblée nationale même si elle est caduque. Ce que les députés n’ont pas fait durant leur mandat, ce n’est pas une structure qui vint de naître, si ce n’est pas une manipulation, qui peut se lever… C’est parce que Cheikh est un conseiller spécial de Damaro (chef de la majorité présidentielle au parlement, ndlr). Et nous, on n’est pas politique.

Guineematin.com : vous soupçonnez donc le parti au pouvoir d’être derrière ce mouvement ?

Ibrahima Aminata Diallo : ils sont derrière ce mouvement, parce que ces jeunes n’ont pas cet argent là. Je le dis haut et fort. Cheik et Alhassane n’ont pas l’argent pour louer Sheraton. On leur a donné de l’argent. Mais, qu’ils comprennent qu’ils ne peuvent pas manipuler les patriotes. Tous les jeunes guinéens patriotes, personne n’est contre le président Alpha Condé. Personnellement, j’ai beaucoup d’estime pour lui, mais c’est tant qu’il est légaliste, tant qu’il respecte la loi. Les deux mandats qu’il a, chapeau pour ce qu’il est entrain de faire pour la Guinée. Mais pour l’instant, nous demandons humblement l’alternance en 2020, peu importe celui qui va venir au pouvoir.

Guineematin.com : par rapport à la Constitution guinéenne, on sait qu’elle a été adoptée par le CNT (Conseil National de la Transition) en 2010. Est-ce que ceux qui veulent lancer un débat sur cette constitution n’ont pas raison de le dire ?

Ibrahima Aminata Diallo

Ibrahima Aminata Diallo : mais c’est circonstancielle. Vous savez, à l’époque, on était face à une situation de danger. Il fallait sauver d’abord le pays. Si un tel scénario arrive, moi j’aurais souhaité qu’on l’adopte par référendum dès le début, dès l’élection du président de la République en 2010 et ne pas attendre à la dernière minute, au moment où le président de la République tient des discours pour dire dans cinq ans la Guinée sera le pays le plus électrifié d’Afrique. Ce qu’on n’a pas fait en 10 ans… Tout cela montre qu’il y a une intention derrière de tels propos. Il ne l’a pas dit ouvertement. Mais, nous sommes aussi réfléchis. Moi, je demande à ces jeunes du mouvement Ma Cause, qui sont entrain de passer dans les communes pour prendre l’opinion des gens autour de la Constitution que ce n’est pas leur domaine. Ils ne sont pas spécialistes en la matière. Et, la rédaction d’une Constitution ne demande pas qu’une simple organisation de la société civile vienne brandir ça pour dire ce que nous avons trouvé d’anormal. Il n’appartient pas à un groupe d’individus manipulés de chercher à modifier la Constitution. Je pense que nous voulons la stabilité. Nous qui œuvrons pour la démocratie sans violence, notre position, nous défendons des valeurs, nous voulons qu’il y’ait l’alternance en 2020.

Guineematin.com : au regard de tout ce qui est entrepris par Alpha Condé aujourd’hui en termes d’infrastructures routières, de barrages hydroélectriques ou d’hôtels, n’y a-t-il pas nécessité de lui laisser le temps de finir ça avant de passer la main ?

Ibrahima Aminata Diallo : au Sénégal, le président Abdoulaye Wade avait commencé l’aéroport Blaise Diagne, c’est Macky Sall qui l’a achevé. Le pouvoir, c’est la continuité, il ne se résume pas à un individu. Si ton œuvre est bien réfléchie, ton successeur va l’achever. On ne va pas remettre en cause tout ce que le professeur Alpha condé a fait. Tous les acquis seront conservés et là où ça n’a pas marché, on va essayer d’améliorer. Ce n’est pas Alpha Condé qui va finir ça, c’est la volonté du prochain gouvernement qui continuera son œuvre. D’ailleurs, il peut prétendre faire ça, mais Dieu seul sait. On nous parle de Souapiti ou autre. Mais, on a vu Kaléta avec l’obscurité qui est notre quotidien aujourd’hui. Déjà, c’est un échec pour le cas de Kaléta. On nous a dit que la solution de Kaléta c’est Souapiti. Peut-être qu’on nous dira que la solution de Souapiti aussi, ce sera Foumi ou Amaria. On ira jusqu’à quand ? Moi, je voudrais que le président Alpha Condé devienne le premier président à organiser des élections transparentes, à passer la main, pour qu’il rentre définitivement dans l’histoire de la Guinée. Il y a plein d’exemples : le Sénégal, la Benin, le Ghana, l’Afrique du Sud, et tant d’autres pays. Pourquoi notre pays veut toujours faire exception à la règle ? Dans la sous-région, il y a la stabilité par ce que la culture de l’alternance est acceptée.

Guineematin.com : si malgré tout, le président Alpha Condé tentait de faire un 3ème mandat en modifiant la Constitution, à quoi pourrait-on s’attendre au niveau de la PJDD ?

Ibrahima Aminata Diallo : à la PJDD, nous allons montrer notre volonté. Nous userons de toutes les voies légales pour montrer au président Alpha Condé que nous ne sommes pas d’accord pour la modification, surtout de l’article 157 de la Constitution qui est intangible. C’est cadenassé et c’est clair là-dessus. Qu’il y ait référendum ou ordonnance, peu importe la méthode. Il s’est battu pendant 40 ans, c’est pour qu’il y ait alternance.

Guineematin.com : un message à l’endroit des regroupements qui appellent à revoir la Constitution de 2010 ?

Ibrahima Aminata Diallo : tous ceux qui s’agitent là, ils n’ont qu’à continuer. Je pense que Ma Cause, ils sont entrain de passer à côté. Mais, à la PJDD, nous restons légalistes. Nous ne sommes pas contre un régime ni contre un individu. Mais, nous n’accepterons pas une modification de la Constitution pour un 3ème mandat. Nous demandons humblement au président de la République, à tous ceux qui sont épris de paix, de justice d’essayer de faire comprendre au président que ce n’est pas la solution. Si non, on sera dans l’instabilité et rien ne marchera. Je profite pour dire que l’installation des PA et tant d’autres, ce n’est pas la solution. On doit conjuguer les mêmes efforts, parce que la paix ce n’est pas le silence forcé ; la paix, ce n’est pas un décret. La paix, c’est le respect des lois, c’est la justice, la lutte contre la corruption et contre l’impunité…

Propos recueillis par Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 628 17 99 17

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