Lamine Guirassy, PDG du Groupe Hadafo Médias

L’humanité célèbre ce mercredi, 13 février 2019, la journée mondiale de la radio. Une occasion de célébrer le médium puissant qu’est la radio et son impact sur la vie des populations. Cette année, le thème choisi par l’UNESCO pour cet événement est « Dialogue, tolérance et paix ».

A cette occasion, Guineematin.com donne la parole à certaines personnalités guinéennes qui évoluent dans le secteur, pour parler des acquis, des défis et des perspectives de la radio dans notre pays. C’est le cas de Lamine Guirassy, PDG d’Hadafo Médias, le plus grand et plus puissant groupe médiatique du pays, comprenant entre autres la radio Espace Guinée.

Décryptage !

Guineematin.com : l’humanité célèbre aujourd’hui la 8ème édition de la journée mondiale de la radio. Pour nous en Guinée, cette journée constitue à peu près le 13ème anniversaire de la naissance des radios libres qui ont commencé à voir le jour en 2006. Selon vous, que peut-on retenir comme acquis de la radio dans notre pays ?

Lamine Guirassy : je retiens beaucoup de choses. C’est un médium très puissant. Malgré tout ce qu’on peut dire aujourd’hui concernant les réseaux sociaux, la radio, pour l’instant, reste l’outil le plus puissant en ce qui concerne l’information directe avec les populations à la base. Si on se réfère un tout petit peu à certains pays, et comparativement à la pénétration de l’internet, on se dit juste que c’est un médium qui reste très puissant malgré tout ce qu’on peut y croire. En Guinée par exemple, dans les régions comme Boké, Labé, N’Zérékoré, Kankan, pour l’instant, la force, si on peut se permettre de le dire ainsi, des réseaux sociaux, ce n’est pas encore ça. Peut-être que ça va venir, mais aujourd’hui, les populations ont accès directement aux informations grâce aux radios.

Et aujourd’hui, si on se permet de dire quels sont les acquis, les acquis c’est évidemment la dissuasion surtout. Parce que si je prends les gouvernants aujourd’hui, concernant l’impact des radios, c’est juste énorme. Parce qu’on se pose des questions presque 10 mille fois avant de poser certains actes qui peuvent peut-être se retourner contre nous. Donc, c’est peut-être un peu dans ce sens. Depuis 2006, année de la libéralisation des ondes en Guinée, jusqu’en 2019, on peut se dire que beaucoup de choses ont été faites. Est-ce qu’on peut se contenter de ce que nous avons aujourd’hui comme acquis démocratiques dans ce sens-là ? Je dirais non. Quand on sait que les politiques aussi, font tout pour faire disparaître les radios. Nous, nous avons vécu le cas l’année dernière avec la suspension de la radio Espace entre autres. Mais grosso-modo, c’est pour dire que la radio reste un outil très puissant.

Guineematin.com : face à la percée de la télévision, des sites internet et des réseaux sociaux, quels sont aujourd’hui les défis de la radio en Guinée ?

Lamine Guirassy : waouh ! Une très bonne question. Je le disais tantôt, ce qui aide surtout les radios, quand on prend un tout petit peu la pénétration des réseaux sociaux, en tout cas de l’internet, on se dit qu’on a encore quelques années devant nous. Quand je prends l’exemple du Sénégal aujourd’hui, on est passé complètement au numérique, c’est-à-dire la télévision numérique. Je crois que la radio aussi doit passer dans ce sens-là. Quels défis ? Je crois que c’est de se préparer pour que la Guinée puisse aussi passer dans ces normes-là. Quand on voit chez nous, il y a aucun signal dans ce sens-là pour dire demain on va passer à la TNT ou à la radio numérique terrestre, parce que ça va venir de toutes les façons.

Ce qu’il y a, c’est que les autres médias aussi nous aident beaucoup. Je parle des sites internet : je fais une interview avec Guineematin, je sais qu’on est suivi sur Facebook, l’audio peut être aussi diffusé sur le site, bon voilà je me dis qu’on n’est complémentaire. Quoique, la radio reste, pour l’instant, un outil très puissant. Vous allez le remarquer souvent, même s’il y a des informations, on dit voilà, on a entendu à la radio ; peut-être que c’est un réflexe de grand-mère. Pour l’instant, je crois qu’il faut tout faire pour conserver ces acquis-là et surtout ne pas tomber dans la facilité. Nous devons nous poser la question de savoir : quel avenir pour la radio dans 15 ans, dans 20 ans ? On verra bien. Beaucoup avaient prédit la mort des radios il y a beaucoup d’années. Je prends par exemple la France où on avait dit qu’en 2019, il n’y aura plus de radio, tel n’est pas le cas aujourd’hui.

Guineematin.com : en célébrant cette journée mondiale de la radio, selon vous, l’accent doit être mis sur quoi ?

Lamine Guirassy : l’accent doit être mis sur la formation, sur comment la population rurale, je parle évidemment des villageois, peuvent avoir accès directement à ces radios-là. Normalement, il y a des radios rurales en Guinée, mais est-ce qu’il y a une couverture nationale aujourd’hui ? C’est non. Et même s’il y a une couverture nationale, ils se disent bon, les paysans sont au village de 19 heures à 22 heures. Donc, la radio essaye d’émettre de 19 heures jusqu’à 22 heures. On n’est plus en 1985, nous sommes en 2019, donc c’est à se dire est-ce que les jeunes connaissent aujourd’hui la radio ? C’est l’autre question qu’il faille se poser.

Maintenant, à tort ou à raison, je pense qu’on doit plus donner des moyens à ces radios pour la couverture nationale. Nous, on n’a pas attendu 2019 pour s’implanter à l’intérieur du pays. La radio Espace, 2009 déjà, nous étions du côté de Labé et avec le temps, on arrive à être aujourd’hui dans les quatre (4) régions naturelles de la Guinée, même s’il faut encore se battre pour toucher vraiment cette population à la base, je crois que c’est très important.

Guineematin.com : nous sommes dans un balbutiement démocratique, les journalistes guinéens subissent à longueur de journée des exactions. Ce qui s’est passé récemment du côté de l’escadron mobile numéro 3 de Matam en est une illustration parfaite. Au-delà des dénonciations, qu’est-ce que les patrons de médias doivent faire pour parer à cette situation ?

Lamine Guirassy : bon, au-delà des associations, au-delà des dénonciations, c’est cette protection. On ne va pas quand-même garder chaque journaliste par un militaire, je pense ça sera même inimaginable. Mais aujourd’hui, ce qui est rassurant, c’est qu’il y a un semblant d’union quelque part, je dis bien un semblant d’union parce que la réalité, c’est autre chose. Je pense que si on s’unit, on peut faire bouger les lignes. Malheureusement, tel n’est pas le cas dans notre pays, parce qu’il y a trop de division. Ça, ce sont les politiques qui profitent de cette situation-là, quand on sait comment les médias fonctionnent en Guinée, surtout que la pub, ce n’est pas vraiment ça. Qu’est-ce que nous patrons de médias devons faire dans ce sens-là ? C’est évidemment protéger les journalistes.

Quand je dis protéger les journalistes, c’est individuellement quand il y a des problèmes peut-être, aller jusqu’au bout. Parce qu’on se réfère toujours aux associations pour essayer de faire bouger les lignes. Mais individuellement, si tout le monde s’y met, je pense que c’est la profession qui gagne en fin de compte. Après, l’autre question qu’il faille se poser, c’est dire que tout ceux qui possèdent des médias, quand je dis médias, je parle des radios, je parle des télévisions, je parle des sites internet, c’est vraiment des gens qui viennent du sérail ? C’est l’autre question que je me pose. Beaucoup se lancent dans la radio, beaucoup se lancent dans la télé, parce qu’on se dit que c’est un pouvoir. Malheureusement, quand on n’est pas du milieu, on ne peut pas connaître évidemment la valeur d’un journaliste.

Guineematin.com : aujourd’hui, Lamine Guirassy est un modèle en Guinée. Quels sont les hommes qui vous ont marqué en matière de radio au plan national et international ?

Lamine Guirassy : waouh ! ça c’est une colle, on ne m’avait jamais posé cette question. Sur le plan national, je dirais Hawa Camille Camara. J’appréciais vraiment la présentation que cette dame faisait à la radio nationale au journal de 19 heures 45′ ; il y a Ben Daouda Sylla qui a une grande voix à la radio ; il y a aussi Issa Condé. Sur le plan local, évidemment ce sont les personnes qui m’ont marqué. A l’internationale, des références, c’est Jean Jacques Bourdin sur RMC entre autres. Parce que la radio, c’est le ton, la radio, c’est la voix, la radio, c’est l’articulation, la radio c’est la compréhension de tous en fait. Moi quand je parle à la radio, je m’adresse à tout le monde pour que le jeune de 15 ans qui m’écoute puisse comprendre ce que je dis en même temps que l’intellectuel qui est au bureau. Parce que c’est un médium qui rassemble. Donc, quand on a un langage qui puisse fédérer dans ce sens-là, moi je pense qu’on a tout gagné à la radio à la fin du compte.

Entretien réalisé par Ibrahima Sory Diallo et Siba Guilavogui pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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