Cellou Dalein a reçu les 120 maires de l’UFDG : « Mr le président, Alpha Condé a voulu vous tuer »

17 février 2019 à 22 10 33 02332

Dans la journée de ce dimanche, 17 février 2019, le chef de file de l’opposition guinéenne a conféré avec tous les maires élus sous la bannière de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG). Cellou Dalein Diallo avait à ses côtés plusieurs députés et responsables de son parti, a constaté le reporter que Guineematin.com a dépêché au siège dudit parti.

Hon. Aliou Condé

C’est l’honorable Aliou Condé qui a été le premier à prendre la parole pour introduire cet échange. Le secrétaire général de l’UFDG a brièvement parlé de ce qui fait actuellement l’actualité : la deuxième attaque du cortège du chef de file de l’opposition guinéenne hier, samedi 16 février 2019, à l’occasion de son retour de l’étranger.

Au nom des 120 maires de l’UFDG, Elhadj Abdoulaye Fiily Diallo, le patron de la commune urbaine de Mali, a vivement salué le président Cellou Dalein Diallo ainsi que la direction nationale du parti. Il a ensuite expliqué la raison de leur présence à Conakry pour répondre à l’appel des autorités ; mais, surtout de leur rencontre avec le Président Alpha Condé, au Palais Sékoutouréya.

Elhadj Abdoulaye Fiily Diallo

Justement, concernant cette rencontre qui a polarisé les attentions, Elhadj Abdoulaye Fiily Diallo a révélé qu’il ne s’agissait nullement d’aller manger ; mais, voir, écouter et entendre. « Nous pouvions ne pas aller à Sékoutouréya hier puisque notre président a été victime d’une agression sauvage et barbare. Mais, nous nous sommes dit quoi ? Quelques soient les circonstances, les vicissitudes de la vie, il faut toujours se donner le temps de réfléchir et de bien réfléchir. Pourquoi il fallait partir à Sékourtouréya ? Parce que c’est ce lieu que nous sommes en train de convoiter. C’est là où nous voulons venir et c’est là-bas où nous devons être en 2020. Il ne fallait pas fuir Sékoutouréya. Nous sommes allés, on s’est assis, on a eu le temps d’observer et d’écouter et on a eu le temps aussi de bénir pour que Dieu envoie sur ce lieu Elhadj Cellou Dalein Diallo. Nous ne pouvions pas formuler cette prière si nous n’étions pas à l’intérieur de ce temple. Voilà pourquoi nous avons été », a rassuré le doyen sous les applaudissements nourris de ses pairs.

Parlant du déroulement de la rencontre, le maire de Mali a expliqué sa perception de l’état d’âme du chef de l’Etat. « Lorsqu’Alpha est entré dans la salle, je suis enseignant de carrière, je l’ai observé. J’ai trouvé un homme avec une figure taciturne, complètement désaxée. Certainement, sa conscience le foudroyait. Puisque quand l’homme prend sur lui la décision de détruire, de faire du mal à un innocent, à son semblable, il y a un retour de conscience. J’ai dit aux autres maires, cet homme n’est pas dans les conditions normales. Monsieur le Président (Cellou Dalein : ndlr), je vous apprends qu’Alpha a voulu vous tuer ; mais, Alpha est aujourd’hui en train de se battre avec sa conscience », a dit le doyen.

Pour ce qui est des échanges avec le président Alpha Condé, Elhadj Abdoulaye Fiily Diallo a fait des révélations : « il nous a dit au Palais : ‘’mes brigades anticriminelles sont armées désormais. Ils ont un armement sophistiqué. Elles sont dotées même en gilets pare-balles. Ils vont attaquer et tirer sur les bandits et même si les bandits qui ont les armes ne tirent pas sur eux, si les bandits les menacent, eux, ils tireront sur les bandits’’. Qui sont ces bandits ? C’est nous les bandits. Les bandits d’Alpha Condé, ce sont les responsables et militants de l’UFDG, pas un autre. Il a armé ses brigades et leur a inculqué de tuer, d’intimider. Il nous a dit : si vous tirez sur eux, les autres auront peur, ils vont s’en fuir. Voilà ce qu’il nous a déclaré au palais de la République sans gêne », a révélé l’élu de Mali qui trouve ce message du chef de l’Etat « extraordinaire », juge le maire.

D’ailleurs, le doyen ne doute pas un seul instant que la rencontre de Conakry ne vise que l’hypothétique 3ème mandat. « Nous ne sommes pas à Conakry parce qu’Alpha veut développer nos localités. Nous sommes à Conakry parce qu’Alpha veut profiter de cette occasion pour pouvoir rassembler ses troupes, préparer ses hommes pour son 3ème mandat ».

A ses collègues et tous ceux qui sont de l’UFDG, Elhadj Abdoulaye Fiily Diallo prévient qu’ils sont sur le point de non-retour. C’est pourquoi, il leur demande de resserrer les rangs derrière le parti, d’être des maires modèles et de faire attention pour ne pas mordre l’hameçon avec les montants annoncés par les autorités en faveur des collectivités.

Elhadj Cellou Dalein Diallo

Dans son discours-réponse, le président de l’UFDG a vivement salué et remercié l’ensemble des élus pour leur constance, leur engagement et leur détermination à faire changer la Guinée de façon positive. Il les a tous rappelés les différentes difficultés rencontrées par l’UFDG depuis 2010, notamment les centaines de jeunes assassinés par les forces de l’ordre, les arrestations et emprisonnements, etc.

Cellou Dalein Diallo souhaite que les maires élus de l’UFDG soient exemplaires surtout que le parti n’a que l’Etat comme adversaire.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél. : 622 68 00 41

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Cour d’Appel de Conakry : une dame jugée pour l’assassinat de sa coépouse

17 février 2019 à 20 08 05 02052

Madame Hadiatou Diallo a comparu le vendredi passé, 15 février 2019, devant la Cour d’Appel de Conakry. Cette dame est accusée d’avoir ôté la vie de sa coépouse, à l’aide d’un couteau. Les faits se sont produits le samedi 13 avril 2017 à Mamou, a appris Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Aussitôt après les faits, l’accusée a été mise aux arrêts et jugée par le tribunal criminel de Mamou où elle a été condamnée, le 26 avril 2017, à 13 ans de réclusion criminelle. Mais, cette décision du tribunal de première instance de Mamou a été aussitôt contestée par toutes les parties au procès : la partie civile, le ministère public, ainsi que la défense. Chacune de ces parties a trouvé la décision anormale et a interjeté appel au niveau de la Cour d’Appel de Conakry.

A l’ouverture des débats, ce vendredi 15 février 2019, devant cette juridiction, chaque partie a expliqué les motifs de son appel. Le conseil de la partie civile, maître Amadou Sow, reproche entre autres au TPI de Mamou d’avoir accordé des circonstances atténuantes à l’accusée. « Le tribunal de Mamou a accordé des circonstances atténuantes à l’accusée en disant que c’est un délinquant primaire. Ensuite, le juge a requalifié les faits d’assassinat à un cas de cas meurtre. Pourtant, il s’agit d’un assassinat, l’acte a été prémédité. C’est à 1 heure du matin que ce crime a été commis.

Et, l’accusée Hadiatou Diallo, a condamné toutes les portes et les fenêtres avant de commettre l’acte. Après, elle a caché le corps dans la maison. Les gendarmes qui sont venus sur les lieux étaient obligés de défoncer les issues pour pouvoir entrer dans la maison. Les personnes qui ont lavé le corps ont retrouvé une dizaine de coups de couteau sur la victime. Donc, au contraire, le juge devrait évoquer des circonstances aggravantes. Voilà pourquoi nous avons interjeté cette décision en appel », a expliqué l’avocat.

Abondant dans le même sens, le ministère public a estimé aussi que la peine de 13 ans de réclusion criminelle, prononcée par le tribunal de Mamou, est minime par rapport à l’infraction commise par l’accusée.

Faux, rétorque l’avocat de Hadiatou Diallo. Maître Mohamed Abou Camara souligne que sa cliente a agi en légitime défense et qu’elle ne mérite pas la peine qui lui a été infligée. « Elle ne mérite pas 13 ans de condamnation. Elle a agi en légitime défense. L’imputabilité reste à désirer, car elle n’avait pas l’intention de donner la mort à sa coépouse. C’est pourquoi nous interjetons appel de cette décision du tribunal de Mamou », a dit maître Abou Camara.

Après ces différentes motivations des parties au procès, la parole est revenue à l’accusée. Hadiatou Diallo a reconnu être l’auteure de la mort de sa coépouse, mais elle assure avoir agi en légitime défense. « Ce jour-là, j’étais dans ma chambre en train de coudre des habits. J’ai pris la bouilloire pour aller aux toilettes. Je l’ai trouvée (la victime) au couloir où elle m’attendait avec un couteau. Dès que je suis sortie, elle m’a dit : aujourd’hui c’est la fin de ta vie. Elle s’est jetée sur moi. Au cours de la bagarre, j’ai retiré le couteau. Elle m’a étranglée par derrière. C’est ainsi que, pour me défendre, je lui ai donné un coup de couteau par derrière et elle est tombée. J’étais paniquée lorsque je l’ai vue couchée, saignant énormément. Je ne savais plus quoi faire. C’est ainsi que les gendarmes sont venus me prendre. Et c’est à la gendarmerie que j’ai appris qu’elle est morte. Je ne sais pas où est-ce que son corps a été exactement retrouvé. Tout ce que je sais, on s’est bagarré dans la maison de mon mari », a expliqué l’accusée.

La Cour a finalement renvoyé le dossier au vendredi, 22 février 2019 pour les plaidoiries des avocats et les réquisitions du procureur.

Saidou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 620 589 527 /664 413 227

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Amadou Diallo (BBC) sur son brillant parcours (Suite)

17 février 2019 à 13 01 32 02322

Comme annoncé précédemment, Amadou Diallo, ancien correspondant de la BBC en Guinée, a accordé récemment une interview à un journaliste de Guineematin.com qui était en séjour à Dakar, au Sénégal. Pour sa première interview depuis son départ de la Guinée, le célèbre journaliste est revenu sur son parcours scolaire et professionnel. Après la première partie qui portait sur ses études et son parcours à la RTG, nous vous proposons aujourd’hui la deuxième partie de cette interview, portant sur son expérience avec la BBC, en tant que correspondant de ce médium en Guinée. https://guineematin.com/2019/01/20/amadou-diallo-bbc-lenfant-de-diari-revient-sur-son-brillant-parcours-interview/

Amadou Diallo, ancien correspondant de la BBC en Guinée

Décryptage !

Guineematin.com : vous étiez à la RTG lorsque vous avez eu l’occasion de rejoindre la BBC pour être son correspondant en Guinée. Mais, on vous a demandé de faire un choix entre rester à la RTG et quitter pour rejoindre la BBC. Qu’avez-vous fait ?

Amadou Diallo : je suis quelqu’un qui assume. Je n’ai pas peur. Parce que ceux qui vous demandent de choisir, ils sont parfois frileux. Ils se disent qu’est-ce qu’il va faire, s’il choisit la BBC, qu’est-ce que la BBC va dire. Donc, quand on m’a demandé de choisir, je n’ai pas choisi. J’ai continué à travailler à la RTG comme si je ne travaillais pas à la BBC. Mais, j’ai refusé de faire certaines choses à la RTG. Je faisais la présentation et je me suis retiré des reportages parce que c’est souvent des séminaires, des cérémonies officielles.

Les cérémonies officielles, franchement, ça n’allait plus avec ce que je faisais à la BBC. Quel que soit le professionnalisme que j’allais mettre dans la couverture des cérémonies du genre inaugurations des mosquées, déplacements des ministres, dons de ceci et de cela, etc. quel que soit le professionnalisme que vous allez mettre, vous avez du mal à vous en sortir. Mais, vous n’êtes pas obligés de flatter Paul ou Pierre puisque je vous ai dit que je ne l’ai jamais fait à la RTG. 

Guineematin.com : vous avez rejoint donc la BBC comme correspondant en Guinée. Et, c’est là que vous vous êtes fait connaître véritablement.

Amadou Diallo : évidemment, c’est au niveau de la BBC que beaucoup de personnes ont connu Amadou Diallo. Mais, déjà, avant la BBC, j’avais travaillé pour l’agence sonore internationale de RFI, l’agence de coopération de la RFI. On envoyait des éléments à l’agence et ces éléments sonores étaient envoyés aux différentes radios nationales d’expression française. Par exemple, si je signe un papier, je dis simplement : « Conakry Amadou Diallo ». Donc, j’ai travaillé de 1995 à 1998 pour cette agence sonore internationale de RFI ; et, certains de mes éléments étaient diffusés par RFI parce que c’est la même maison. C’est après ça que la BBC est arrivée.

Guineematin.com : c’était en quelle année ?

Amadou Diallo : c’était en 1997.

Guineematin.com : comment c’est arrivé avec la BBC ?

Amadou Diallo : on peut dire le hasard même si certains n’acceptent pas le hasard. Il y avait une conférence sur la Sierra Léone ; comme vous le savez, dans les années 1990, la Sierra Léone et le Libéria étaient en guerre avec certains groupes rebelles. Certaines réunions pour ramener la paix et la sérénité dans ces pays, se tenaient à Conakry, notamment au palais du peuple. Et, comme vous le savez, la Guinée avait envoyé des troupes à l’ECOMOG. La Guinée, le Nigéria et le Ghana ont constitué les premières troupes de de l’ECOMOG aussi bien en Sierra Léone qu’au Libéria. La Guinée était vraiment impliquée dans la résolution des crises dans ces deux pays.  Certaines des réunions se tenaient au palais du peuple, à Conakry.

De là, je connaissais une journaliste de la BBC qui s’appelait Liz Blunt qui était basée à Abidjan, c’était une correspondante régionale. Et, elle est venue donc couvrir ces réunions, je l’avais connue auparavant. Lorsqu’on s’est vu, elle m’a dit : « écoutes Amadou, la BBC n’a pas de correspondant ici. Est-ce que tu peux essayer ? » J’ai dit : « pourquoi pas ? » Elle m’a dit : « on va voir ça ». Et, le lendemain, elle est allée me trouver à la RTG. C’est là pratiquement qu’on a peaufiné la chose et elle m’a dit qu’il ne s’agit pas de faire des papiers tous les jours ; mais, c’est quand c’est important tu fais un papier. Mais, en attendant, elle me dit : « laisses-moi aller en parler avec le rédacteur en chef du service français de la BBC ». Ce rédacteur en chef, c’était un béninois qui s’appelle Sylvain Semilinko, et que Sylvain allait m’appeler. Je n’avais pas de contact à l’époque, je lui ai communiqué donc les contacts de la RTG et elle est partie avec ça.

Et puis, un jour, une ou deux semaines après son départ, Sylvain m’a appelé pour me dire : « c’est Liz Brand qui m’a passé ton contact ». Je vais ouvrir une petite parenthèse pour dise que Liz Brand est une excellente journaliste de la BBC, grand-reporter de la BBC qui couvrait l’Afrique de l’Ouest à partir d’Abdjan. C’est la seule journaliste qui a assisté à la capture de Samuel Do au Libéria. Elle était dans l’enceinte de l’ECOMOG quand Samuel Do a été capturé par les hommes de Prince Johnson. Et, c’est pour cette raison que BBC Afrique a été la première chaîne radio à annoncer la capture de Samuel Do, parce que Liz Blunt était là. Et, donc, Sylvain m’a appelé pour me dire : « est-ce que tu es prêt ? » ; après, il me dit : « tu m’envoies un papier sur n’importe quel sujet, je vais voir ». Parce qu’il fallait aussi tester.

Mais, avant que je m’y engage réellement, j’avais consulté des aînés à moi puisqu’à l’époque (1997), c’était extrêmement difficile d’être correspondant d’une chaîne de radio internationale en Guinée. Il n’y avait pas de radios privées, la seule radio qui existait, c’était la RTG. Il y avait quelques journaux qui existaient : le Lynx, la Lance je crois, mais même les journaux, il n’y en avait pas assez. La presse audiovisuelle, il n’y en avait pas du tout, à l’exception de la RTG. Donc, c’était très difficile d’être correspondant d’une chaîne internationale comme la BBC. Puisqu’il y avait des risques énormes d’accepter le poste, j’avais consulté deux aînés. L’un est vivant et l’autre est décédé. J’ai consulté un aîné qui s’appelle Boubacar Bah « Mao » qui a été longtemps membre du CNC et qui est actuellement à la retraite. Il m’a dit : « il faut y aller, je sais que tu as les aptitudes pour le faire, tu peux aller ». L’autre, paix à son âme, c’est Mamadou Dia. C’est un monsieur que j’ai trouvé à la RTG et qui m’a aidé.

Je pense qu’il avait vu un talent en moi et il m’a aidé. Ce qui fait que de tous ceux avec lesquels je suis venu à la RTG, j’ai été le premier à passer à l’antenne. Donc, j’ai consulté ces deux aînés parce qu’au départ, honnêtement, j’avais des craintes. Pas pour savoir si je pouvais, mais parce que l’environnement politique, le climat médiatique, étaient hostiles. Et, c’est comme ça que c’est parti. J’ai envoyé un papier, deux papiers, trois papiers. Il (le rédacteur en chef de la BBC) a vu mes papiers et m’a dit : « on peut y aller ». S’il y a un évènement important, tu peux m’envoyer un papier.  Je vous dis déjà, le fait d’avoir travaillé avec l’agence sonore internationale de RFI de 1995 à 1998, ça m’avait aidé à voir les perspectives internationales. Qu’est-ce que les radios internationales recherchent, la façon de fonctionner, la façon de traiter l’information qui était différente de la RTG, parce que cette mutation ne pouvait pas être facile. C’est comme ça que j’ai commencé avec la BBC.

Guineematin.com : après vos débuts avec la BBC, vous n’avez pas eu de difficultés avec la RTG, votre employeur ?

Amadou Diallo : au niveau de l’employeur, tout de suite, ça ne m’a pas posé de problème parce que moi, je suis toujours quelqu’un d’indépendant d’esprit. Donc, à partir du moment où je me suis engagé, je prends les risques et les conséquences. A la RTG, au départ, il n’y avait pas eu d’hostilités. Mais après, évidemment, certains journalistes et des techniciens de la RTG qui se disaient proches du régime, ne voyaient pas d’un bon œil le travail que je faisais à la BBC. Et parfois, j’avoue que si je faisais un papier pour la BBC à 18 heures et qu’il passe, le lendemain, quand je viens à la RTG, il y a des  gens qui ne me saluaient pas ou qui me saluaient de façon très moche. Mais, c’est des gens qui se disaient proches du régime du général Lansana Conté et qui n’appréciaient pas du tout.

Guineematin.com : ils n’appréciaient pas l’indépendance que vous aviez ?

 Amadou Diallo : oui. L’indépendance que j’avais vis-à-vis de la RTG par rapport à la BBC. Donc au départ, il n’y a pas eu de problème. Mais après, il y a eu des hostilités au point qu’un jour, un ministre de l’information m’a dit : « il faut que tu choisisses entre la RTG et la BBC. Tu ne peux pas être à la BBC et à la RTG ». Comme si c’était deux entités diamétralement opposées. Malheureusement, on percevait la BBC et la RTG comme deux entités totalement différentes. Or, la BBC est un médium et la RTG est un médium. Normalement, entre les deux, les choses ne doivent pas être trop différentes. Il peut évidemment y avoir des différences, mais pas au point qu’on amène quelqu’un à choisir entre les deux. Mais, ceux qui géraient la RTG, les médias d’Etat, se disaient eux-mêmes que c’était tellement différent que quelqu’un ne peut pas être à la BBC et à la RTG. Evidemment, j’ai assumé mon choix parce que ce que je faisais à la RTG, je l’assumais parce que je n’ai jamais fait la flagornerie. Tout le temps que j’ai fait à la RTG, je n’ai jamais accepté de faire la flagornerie.

Guineematin.com : vous avez quitté donc définitivement la RTG pour rester avec la BBC. Et, vous êtes resté correspondant de la BBC en Guinée jusqu’en 2009.

Amadou Diallo : effectivement. De 1996-1997 en octobre 2009, je suis correspondant de la BBC en Guinée.

Guineematin.com : pendant toutes ces années, vous avez fait une multitude de reportages. Est-ce que de tous ces reportages, vous avez un seul qui vous séduit particulièrement, que vous pourrez qualifier de meilleur ?

Amadou Diallo : là, vous me posez une question qu’il est difficile de répondre. Parce que, imaginez, j’ai été pendant 12 à 13 ans, correspondant de la BBC, et la Guinée c’est un pays où l’actualité se bouscule, parfois avec des actualités politiques difficiles, parfois dangereuses : assez de violences et de répressions. Honnêtement, quand vous êtes au cœur de cette actualité, on vous demande quel est votre meilleur reportage, c’est compliqué. Mais, il y a des reportages d’actualité mais aussi des reportages magazines. J’ai fait beaucoup de reportages magazines, j’ai touché tous les aspects de la société. Des reportages sur les aspects économiques, sur la culture, l’éducation, la pauvreté, etc.

Certains m’ont beaucoup marqué et marqué beaucoup de personnes aussi. Sur l’actualité, honnêtement, tout ce qui touchait pratiquement la politique, je dis qu’il y avait des bonnes choses, des grands reportages : que ça soit sur les élections, sur les manifestations qui ont été réprimées parce que souvent à l’époque, les manifestations étaient interdites et l’opposition cherchait à braver l’interdiction. Donc, c’était un peu comme aujourd’hui, mais peut-être même avec beaucoup plus de violence. Je pense qu’à l’époque, il y avait beaucoup plus de violence. Aujourd’hui encore il y a beaucoup de violence parce qu’évidemment, il y a beaucoup de morts lors des manifestations de l’opposition. Est-ce qu’on peut dire qu’entre 1997 et 2018 la Guinée a progressé ou a régressé, du point de vu des acquis démocratiques ? Je n’en sais rien.

Il se pourrait qu’entre 1997 et 2018, il y ait eu des progrès dans les libertés publiques. Ce n’est pas à moi de juger, mais je constate qu’il y a beaucoup de répression  quand l’opposition manifeste. Il y a la répression même quand la société civile manifeste. Je constate les mêmes choses que l’opposition dénonçait hier sous le régime du général Lansana Conté, c’est-à-dire que l’opposition est toujours confrontée aux mêmes réalités : l’accès difficile aux médias d’Etat, l’impossibilité de manifester, etc. C’est des choses que l’opposition d’hier, qui était incarnée par Alpha Condé qui est le Président actuel, par Jean Marie Doré, par Bâ Mamadou, Siradio Diallo, c’est des choses qu’ils revendiquaient hier. L’opposition guinéenne fait face aux mêmes problèmes aujourd’hui. Maintenant, est-ce que ça a évolué ou bien ça n’a pas évolué, ce n’est pas à moi d’en juger.

Pour revenir à la question que vous m’avez posée, je dis qu’il y avait beaucoup de reportages que je faisais et qui étaient, semble-t-il, intéressants. Et vous savez que l’œil ne peut pas se regarder voir. Je ne puis être à la fenêtre et me regarder passer dans la rue. C’est aux autres d’apprécier ce que je fais et que j’ai pu faire. En termes de reportages politiques, il y a beaucoup de personnes qui m’ont dit que c’était important, qu’ils étaient intéressés par ce que je faisais à l’époque. Certains m’ont envoyé même les enregistrements de certains de mes reportages qu’ils ont enregistrés à travers leurs téléphones portables. Et, c’est important tout ça. Mais moi, honnêtement, j’étais beaucoup plus touché par les reportages qui touchaient la pauvreté. Je me rappelle, j’ai fait un magazine à Hamdallaye sur la pauvreté, j’ai fait le reportage dans une famille qui avait du mal à joindre les deux bouts, qui avait du mal à se nourrir et envoyer les enfants à l’école.

Lorsque j’ai fait ce reportage, le rédacteur en chef du service français de la BBC à l’époque,  lorsqu’il a reçu ce reportage, il m’a envoyé de l’argent pour donner à cette famille. Je me souviendrai toujours de ce reportage. Et j’ai pris encore un collègue, Alhassane Sylla du service anglais de la BBC, c’est lui qui est allé à Londres et c’est à lui qu’on a remis l’argent. Quand il est revenu avec l’argent, je suis allé avec lui dans cette famille pour remettre l’argent à la famille.

J’ai fait un autre reportage derrière l’ambassade des Etats-Unis avec des femmes qui cassent les pierres pour survivre. Dans la douleur, dans la difficulté, dans la misère, ces femmes-là travaillaient sous l’ombre d’un manguier. Et il y a une femme qui m’a dit : « ici, c’est mon petit Paris ». Elle avait tout un tas de pierres qu’elle avait cassé pour transformer en graviers et il y a des véhicules qui venaient acheter ces graviers pour aller dans les chantiers. J’ai été beaucoup marqué par ce reportage.

J’ai été beaucoup marqué aussi par un reportage que j’ai fait à Taouyah, toujours concernant la pauvreté, avec une famille qui avait du mal à se nourrir. Une famille qui était si pauvre qu’elle ne vivait uniquement que de mangues. C’était en période de mangues, et la famille ne préparait que des mangues. La famille ne mangeait que des mangues. Et lorsque ce reportage est passé sur la BBC, j’ai un ami, permettez-moi de ne pas dire son nom, qui m’a dit : « Amadou, accompagnes moi dans cette famille ». Je l’ai accompagné et il a déposé de quoi se nourrir pour cette famille. Ça aussi, ça m’a marqué. J’avoue que des reportages comme ça, il y en a beaucoup. Et ça, c’est des choses qui marquent toujours au-delà des reportages politiques.

A suivre !

Interview réalisée par Nouhou Baldé pour Guineematin.com

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Après l’OGP, l’OGC et la LONAGUI, la Douane, les impôts, l’ANAIM et Cie visés

17 février 2019 à 10 10 57 02572

La lutte contre la corruption et les détournements des deniers publics engagée par le Gouvernement Kassory Fofana se poursuivent. Après la chute des directeurs de l’Office guinéen de la publicité, de l’office guinéen des chargeurs et de la LONAGUI, accusés d’avoir détourné plusieurs dizaines de milliards de francs guinéens, chacun, le Premier ministre écrit au vérificateur national pour demander la poursuite des missions de vérification et de contrôle.

Désormais, la mission met le cap sur 7 autres établissements publics et
parapublics. Ce sont : la Direction nationale des Douanes, la Direction nationale des impôts, l’agence nationale des infrastructures minières, la société navale guinéenne, le patrimoine bâti public, la société guinéenne des pétroles et le fonds national de sauvegarde de l’environnement.

Si on ne peut a priori accuser les dirigeants de ces établissements publics et
parapublics de détournement des deniers publics, il est cependant évident que le choix d’aller y mener des enquêtes laisse penser à de forts soupçons qui justifient qu’ils soient dans cette deuxième liste d’établissements à accueillir le vérificateur nationale.

En attendant de revenir ce dossier, Guineematin.com vous propose de cliquer sur le lien suivant pour voir la liste des établissements publics et parapublics concernés par cette mission :

Mission de vérification administrative et financière d’établissements publics et parapublics V2

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