Frahira Condé, secrétaire politique de la section RPG-AEC du Sénégal, de Gambie, du Cap-Vert et de la Mauritanie

Frahira Condé, secrétaire politique de la section RPG Arc-en-ciel du Sénégal (une section qui couvre aussi la Gambie, la Mauritanie et le Cap Vert) a accordé une interview à deux journalistes de Guineematin.com, partis couvrir l’élection présidentielle du 24 février 2019 au Sénégal.

Ce guinéen qui est né et qui vit au pays de la Téranga, s’est exprimé notamment sur le déroulement de la campagne électorale et sur l’actualité sociopolitique guinéenne qu’il observe à distance. Il a déploré l’attaque contre le cortège de Cellou Dalein Diallo il y a une semaine à Conakry et s’est dit certain que le président Alpha Condé ne va pas briguer un troisième mandat.

Décryptage !

Guineematin.com : les sénégalais sont appelés aux urnes dimanche pour élire leur nouveau président de la République. La campagne électorale s’achève ce vendredi, 22 février 2019 à minuit. Vous qui êtes à la fois guinéen et sénégalais et qui êtes un des responsables du RPG Arc-en-ciel au Sénégal. Comment appréciez-vous le déroulement de cette campagne ?

Frahira Condé : la campagne s’est déroulée très bien. Les cinq (5) candidats ont déroulé leurs plans d’actions, ils ont expliqué à la population leurs programmes. Moi, je n’appartiens à aucun parti politique ici au Sénégal. Mais, à mon avis, et d’après ce que j’ai vu, le président Macky Sall va les battre dès le premier tour.

Guineematin.com : qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Frahira Condé : son bilan. Je ne parle pas de ce que les gens disent : il a dit qu’il va faire cinq (5) ans, il a fait sept (7) ans. D’accord, tout ça c’est beau. Mais, ça n’empêche pas de dire que ce qu’il a fait ici, connaissant très bien le Sénégal pour avoir parcouru tout le territoire sénégalais, lui permet d’être réélu dès le premier tour. Je suis allé partout et j’ai vu que le président Macky Sall a fait vraiment du bon travail. Donc, si les Sénégalais sont conscients, ils vont lui donner un second mandat.

Guineematin.com : parlant du déroulement de la campagne électorale ici au Sénégal, quand on fait la comparaison avec ce qui se passe habituellement en Guinée, y a-t-il une différence ?

Frahira Condé : je peux dire qu’il n’y a pas photo entre les deux pays. La façon dont la campagne se passe ici au Sénégal et en Guinée, il y a une différence. Mais, la manière dont le président sénégalais en train de faire sa campagne, c’est pareil avec celle du président Alpha Condé en Guinée : la manière avec laquelle Alpha Condé draine les foules derrière lui, c’est de cette même manière que Macky Sall est en train de faire au Sénégal. Donc, à ce niveau, il y a une ressemblance entre les deux.

Guineematin.com : la différence c’est à quel niveau alors ? Au niveau du discours peut-être ?

Frahira Condé

Frahira Condé : la différence c’est au niveau du discours. Quand je suis la télévision guinéenne, je vois souvent des anciens militants qui se glorifient en disant : moi je suis là depuis le commencement, moi ça, je ne le dis pas. Je connais très bien le président Alpha Condé, mieux qu’eux-mêmes qui sont là-bas, à côté de lui. Le président Alpha Condé aussi me connait très bien, si tu le réveilles en plein sommeil, tu lui demandes s’il connait Frahira, il dira oui. En le connaissant donc très bien, je dirais qu’il y a une différence entre lui et Macky.

Le président Condé lui, il dit ce qu’il a à dire, c’est-à-dire qu’il ne cache pas la vérité, il dit ce qu’il a à dire sans gêne. Ce qu’il ressent, il le dit même à ses militants, ses compagnons et la population aussi. Lui, il crache la vérité. Ce n’est pas le cas chez Macky Sall. Lui, il ne peut pas dire ces vérités-là. Les vérités que le président Alpha Condé est en train de dire à la population, le président Macky ne peut pas les dire. S’il les dit, il va tomber, ça ne l’arrangera pas.

Guineematin.com : vous avez salué le déroulement de cette campagne électorale, mais selon certains médias sénégalais, cette campagne a fait 22 morts par accidents de la circulation. Il y a eu également des accrochages entre militants de camps opposés qui ont fait des blessés. C’est quand même pas reluisant ça.

Frahira Condé : oui, ça arrive. L’accident, on ne peut pas l’éviter, ça arrive. Là où les gendarmes sont morts par exemple, on a dit que le chauffeur dormait. Le chauffeur était très fatigué, vous savez, la campagne c’est très fatiguant. Moi qui ai conduit un véhicule entre la Guinée et le Sénégal, j’en sais quelque chose. Les autres morts, vous savez, il y a des militants qui se sont mêlés avec des gens qui ne veulent que détruire. Parce qu’il y a certains militants qui sont là, ils ne peuvent pas se retenir. Il suffit que tu touches à une effigie de leur candidat, de leur président, ils se fâchent vite et la bagarre commence.

Guineematin.com : c’est ce qui explique les affrontements à Tamba-Kounda ?

Frahira Condé : oui, c’est à cause ça. Parce qu’il parait qu’il y a l’effigie du président Issa Sall qui a été sabotée, ou bien l’effigie du président Macky Sall qui a été sabotée, et les jeunes n’étaient pas d’accord entre eux, il y a eu bagarre. Le professeur Issa Sall était avec ses militants, ses accompagnants, avec ses gardes du corps, mais ils étaient trop petits par rapport à la foule qui était là-bas. Il parait qu’un des leurs chauffeurs a essayé de s’enfuir, on l’a tiré sur place. Il y a un autre aussi qu’on a poignardé avec un couteau. Vraiment, on déplore cela. Dans une campagne politique, ça ne demande pas de sortir une arme blanche. Mieux vaut dérouler son programme de société que de sortir une arme blanche. Quand-même, je pense que la justice fera son travail.

Guineematin.com : dans une déclaration rendue publique le jeudi, 21 février 2019, les quatre (4) opposants qui font face à Macky Sall ont dénoncé des manipulations douteuses. Ils parlent notamment d’un tripatouillage du fichier électoral pour permettre au président sortant d’être réélu. Croyez-vous en cela ou bien vous pensez que c’est juste de bonne guerre ?

Frahira Condé : moi, je ne suis pas un informaticien pour pouvoir dire qu’ils veulent tripatouiller le fichier électoral. Mais, il faut savoir que c’est quelque chose qui a été toujours déploré ici au Sénégal. Les opposants ont toujours crié ici haut et fort que vraiment, ils ne font pas confiance au fichier électoral. Mais, je vais vous dire que ce que j’ai vu ici au Sénégal, ça n’existe quasiment dans aucun autre pays en Afrique. Si on ferme les bureaux de vote à 9 heures, à 10 heures, les résultats commencent à tomber. J’ai assisté à plusieurs élections ici, mais je puis dire que personne ne peut voler les élections ici.

Guineematin.com : c’est transparent ?

Frahira Condé : c’est transparent. Il suffit que le bureau de vote numéro 1 ferme ses portes, les représentants de tous les partis sont là, ils font le décompte. Et, dès qu’ils finissent le décompte, ils ouvrent les portes et les journalistes entrent, on leur donne les résultats. Eux aussi, commencent immédiatement à relayer les résultats. Les résultats, ça part comme ça. On les centralise et il y a les médias qui donnent les résultats au fur et à mesure. Ça ne peut pas durer. Avant minuit, on peut connaître la tendance, savoir qui est devant, s’il y aura un deuxième tour ou pas.

Guineematin.com : on sait qu’il y a une forte communauté guinéenne ici au Sénégal, notamment à Dakar. Beaucoup d’entre eux ont la nationalité sénégalaise et vont donc voter. Est-ce que les partis politiques guinéens ont une certaine implication dans ce processus ?

Frahira Condé

Frahira Condé : non. Sauf peut-être ceux qui veulent se faire montrer. Il y en a d’autres qui ont acquis la nationalité sénégalaise, ce n’est pas comme nous qui sommes nés ici et qui avons grandi ici. Nos papas ont quitté la Guinée après la guerre mondiale, ils sont venus ici, ils étaient des anciens combattants. Ils ont acquis la nationalité sénégalaise et se sont installés ici. Nous, nous sommes nés ici et avons grandi ici.

Mais, il y en a d’autres qui sont venus ici il y a 5 ans, 10 ans, ils ont acquis la nationalité sénégalaise, tous ceux-là votent. Mais moi, j’attire l’attention de toute la communauté guinéenne pour leur dire de ne pas se dévoiler, de rester calme, aller voter et rentrer. Parce qu’il fût un temps, il y a eu des rumeurs qui disaient qu’il y a la communauté guinéenne qui est impliquée dans les élections au Sénégal. Il y a des opposants qui en ont parlé.

Guineematin.com : effectivement, certains ont dit ici qu’il y a des guinéens qui n’ont pas la nationalité sénégalaise que le pouvoir utilise pour voter les élections. C’est-à-dire qu’ils traversent la frontière pour venir prendre des cartes d’électeurs sénégalais, voter et rentrer en Guinée. Avez-vous vu des cas pareils ?

Frahira Condé : j’en ai entendu parler mais je ne crois pas à cela. Je sais que les Guinéens sont très nombreux au Sénégal et que beaucoup d’entre eux ont acquis la nationalité sénégalaise. Mais, ce que vous dites là, je n’en ai pas la certitude.

Guineematin.com : parlez-nous maintenant des rapports entre vous les représentants des partis politiques guinéens ici au Sénégal. Comment ça se passe entre vous ?

Frahira Condé : nous avons de très bons rapports. Ce n’est pas pareil avec ce qui se passe en Guinée. Ici, nous sommes en famille. Je peux même vous montrer des photos où je suis avec le secrétaire fédéral de l’UFDG. Quand Cellou a organisé son meeting au stade Ibamar Diop de Dakar, j’étais là-bas. Nous ici, on est une famille.

Guineematin.com : pour nous qui sommes en Guinée, c’est quand-même étonnant de voir un responsable du RPG Arc-en-ciel participer à un meeting de Cellou Dalein Diallo.

Frahira Condé : oui, on m’a invité, j’étais obligé de partir. Ce qui compte le premier, nous sommes des guinéens. Nous sommes des guinéens, c’est ça qui compte. Ici, si le malheur tombe sur quelqu’un qui est guinéen, on ne cherche pas à savoir si tu es de ce parti politique là ou si tu es de tel autre parti politique, nous on est une famille ici au Sénégal. On ne se bagarre pas. Même en période électorale, on ne se bagarre pas. On reste calme, on attend les résultats.

Guineematin.com : en Guinée, on s’achemine vers la fin du second mandat du président Alpha Condé. Quel bilan faites-vous de la gestion de votre champion ?

Frahira Condé : depuis qu’il est venu, quand-même il est en train de travailler. Vous savez, la Guinée à un grand retard par rapport à certains pays de la sous-région. Donc, il ne peut pas tout faire en deux mandats. Pour sortir la Guinée de la pauvreté, il faut beaucoup de temps. La Guinée, on ne peut pas la développer en 15 ans ou en 20 ans, ça reste encore beaucoup à faire. Sur le domaine des infrastructures, ça commence à aller parce que j’étais là-bas au mois de mai 2018, j’ai vu qu’il y a quand même des infrastructures qui sont en train de sortir de terre, j’apprécie cela. Le président Alpha Condé a beaucoup fait, il est en train de se battre pour faire son mieux. Mais, il ne sera pas le seul à bâtir toute la Guinée, il faut que tous les Guinéens y apportent leur grain de sel.

Guineematin.com : vous dites qu’il ne peut pas tout faire en deux mandats. C’est justement l’un des arguments des promoteurs du troisième mandat. Ils disent que le président doit avoir un troisième mandat pour parachever ses chantiers. C’est aussi votre avis ou bien vous, vous pensez qu’il faut respecter la constitution actuelle qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels ?

Frahira Condé : ça c’est une autre affaire. Mais moi, ce que je peux répondre, c’est que comme le président ne s’est pas prononcé jusqu’à présent sur ce sujet, moi je crois que le président de la République va se limiter à ses deux mandats-là.

Guineematin.com : c’est votre souhait ça ou bien c’est l’impression que vous avez ?

Frahira Condé : ce sont mes pensées parce que, connaissant le président Alpha Condé, je sais que s’il veut quelque chose, il le dit. C’est en 2020 qu’il va finir son deuxième mandat, s’il devait se prononcer sur ça, il allait le faire depuis longtemps, les gens vont essayer de travailler sur ça. Mais, il ne l’a pas fait jusqu’à présent. Donc d’après mes calculs, je dis que le président de la République, il va les laisser parler et à la fin de son mandat, il va aller se reposer.

Guineematin.com : vous pensez qu’il veut surprendre les gens, c’est pourquoi il ne s’est pas prononcé encore là-dessus ?

Frahira Condé : je dis qu’il ne s’est pas prononcé jusqu’à présent. Il y a les opposants qui crient de gauche à droite, chacun parle de 3ème mandat, les militants du RPG Arc-en-ciel aussi en parlent, mais ils ne connaissent absolument rien sur les intentions du président.

Guineematin.com : personnellement, que conseillez-vous au président : proposer une nouvelle constitution ou partir à la fin de son second mandat ?

Frahira Condé : moi, je ne peux pas conseiller le président de la République. C’est vrai, il me respecte beaucoup et je le respecte beaucoup, mais c’est quelqu’un qui est très mature, c’est quelqu’un qui est très respecté. Donc, je ne suis pas bien placé pour lui donner des conseils.

Guineematin.com : l’actualité guinéenne a été marquée aussi ces derniers jours par l’attaque du cortège de Cellou Dalein Diallo qui rentrait d’un séjour à l’étranger. Les forces de l’ordre ont violemment dispersé son cortège qui se rendait au siège de l’UFDG et ont sérieusement endommagé son véhicule. Votre réaction là-dessus ?

Frahira Condé : je déplore tout ce qui peut entraîner mort d’homme. Je déplore aussi les callasses des véhicules. Parce que nous, la façon dont on nous a éduqués ici au Sénégal, en faisant la politique, ce n’est pas pareil avec ce que j’ai vu là-bas. Je le déplore. L’UFDG est quand même la deuxième force politique du pays, on devait donc donner le minimum de respect à son leader. Moi, j’aurais aimé que s’il veut marcher qu’on l’encadre, il fait sa marche sans qu’on le disperse. Parce que je vois l’exemple ici au Sénégal, il y a des opposants qui font des marches, ils sont bien encadrés par la police. Ils vont faire leur marche, après ils se dispersent.

Guineematon.com : nous arrivons au terme de cette interview, quel est votre mot de la fin ?

Frahira Condé : je prie le bon Dieu que l’élection de 24 février 2019 se déroule dans les meilleures conditions, que les sénégalais restent calmes, qu’ils aillent voter et rentrer chez eux dans le calme. Et surtout mes parents guinéens, je leur demande de ne pas se manifester, de ne pas se dévoiler, ils n’ont qu’à aller voter. Il ne faut pas qu’ils se dévoilent. Ce sont des sénégalais, ils ont leurs cartes d’identité CEDEAO numérisées, ils n’ont qu’à aller voter et rentrer.

Interview réalisée à Dakar par Ibrahima Sory Diallo et Alpha Fafaya Diallo, envoyés spéciaux de Guineematin.com

Tél. : (00221) 78 169 09 46

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin