Le discours du président Alpha Condé, prononcé à Kaporo-Rails le 4 mai 2016, à l’occasion de la pose de la première pierre de l’aménagement du centre directionnel de Koloma (derrière la RTG)

Kaporo-Rails est une plaie ouverte qui n’est pas encore refermée (applaudissement). Il est du pouvoir du gouvernement de déguerpir des citoyens mais cela se fait dans des conditions démocratiques. C’est-à-dire dans le respect des personnes et de leurs biens. En cas de nécessité de service et d’utilité publique, on peut déguerpir des citoyens mais pas de façon sauvage comme cela a été fait à Kaporo-Rails (applaudissement). Je sais qu’à cette époque, on a même traité les populations de Kaporo-Rails de bandits, de gangsters etc. Or c’était des citoyens respectables. Donc, le moment est venu de fermer cette plaie ouverte afin de réconcilier les populations de Kaporo-Rails avec l’Etat (applaudissement).

Nous devons distinguer ici, ceux qui ont été délogés et ceux qui ont fait des occupations sauvages. Parce que lorsqu’on a dégagé quelque part, personne ne doit occuper. Et si vous venez occuper, vous êtes dans l’illégalité. Mais qu’à cela ne tienne, comme ce sont des guinéens, et la nature a horreur du vide, ils ont occupé ce vide. Donc il revient au ministre de l’urbanisme (NDLR : Louceny Camara) de voir dans le cadre de Kouria comment nous pouvons aider ces jeunes qui sont venus occuper ici parce que c’est leur gagne-pain, ce qui va leur permettre de vivre.

Donc, nous voulons dire à Kaporo-Rails que toute la Guinée a été peinée de ce qui s’est passé ici. Mais nous devons nous tourner vers l’avenir. Ensemble nous devons fermer cette plaie et faire en sorte que les gens de Kaporo-Rails qui ont été déguerpis soient rétablis dans leurs droits. Cela veut dire qu’ils soient correctement indemnisés parce qu’il faut que cet endroit puisse désormais servir de centre administratif et diplomatique. Tout le monde voit comment est Kaloum. Kaloum est une île, il y a une seule sortie même si on a fait le deuxième pont. C’était une île, c’est devenu presqu’île. Et Kaloum est trop petit. Ensuite Kaloum, c’est les maisons qui sont là depuis la période coloniale. Beaucoup de maisons, vous êtes obligés de mettre des pierres sur les toits pour que les tôles ne soient pas enlevées par le vent. Mais ça ce n’est pas une capitale. Il faut que nous acceptions aujourd’hui, non seulement de développer un centre administratif, diplomatique mais aussi des maisons sociales afin que les populations aient des logements décents ce qui va nous permettre de casser Kaloum et de reconstruire.

Nous avons aussi voulu donner à des entreprises guinéennes. Pourquoi ? L’Afrique doit faire confiance aux africains, à ses enfants (applaudissement). Très souvent, les gouvernements africains ont le complexe que les bons travaux ne peuvent être faits que par les étrangers. Ce n’est pas vrai. Nous avons des hommes d’affaires capables à conditions qu’ils soient responsables et qu’ils ne soient pas des magouilleurs ou des trafiquants.

Mais, nous disons aussi aux entrepreneurs que nous voulons maintenant une harmonie en Guinée. Nous ne voulons pas des constructions de pagaille : dix étages ici, 4 étages ici, 3 étages ici. Non ! Nous voulons un site harmonieux. Nous avons signés avec la société qui a fait le plan de transformation de Singapour. Parce que nous n’allons pas construire à Conakry comme ça. Ils vont nous faire le plan, Conakry en 2040. C’est-à-dire avant de construire, nous allons savoir comment Conakry va être. C’est en fonction de cela que nous allons construire. Donc il n’est pas question de construire des bâtiments à différents niveaux. Tous les bâtiments doivent avoir la même hauteur, messieurs les 3G. Il faut que nous soyons d’accord sur cela. Si vous faites 5 étages pour les ministères, vous ferez 5 étages. Si vous faites 10 étages, ça sera 10 étages pour tous les ministères.

Concernant les ambassades aussi, ils sont libres, mais ils nous feront un plan d’occupation dont ils seront obligés de tenir compte. Parce que nous voulons qu’il y ait une harmonie. Puisqu’ici n’a pas été construit pendant la période coloniale. C’est maintenant que nous allons construire, si nous ne pouvons pas faire l’harmonie maintenant, personne ne pourra nous excuser.

Et aussi cela ne veut pas dire que ça sera une zone réservée à une certaine classe. Il faut aussi qu’on prévoit des conditions qui peuvent permettre à la population la plus pauvre de pouvoir s’épanouir ne serait-ce que dans les espaces verts et les lieux de jeux qu’on va mettre à leur disposition. Sinon on fera deux catégories de citoyens, ceux qui ont les moyens de venir là et ceux qui sont laissés pour compte. Ce que nous ne pouvons pas accepter dans notre pays. Voilà donc ce que je tiens à dire à nos trois entrepreneurs qui sont chargés de faire ici, au ministre et au gouverneur.
Mais il faut que l’ensemble des populations de Conakry accepte le principe de déguerpissement pour cause d’utilité publique afin que notre capitale change.

Donc, je dois présenter des excuses aux citoyens de Kaporo-Rails parce qu’ils ont été injustement agressés. Même si l’Etat avait le droit de déguerpir, il fallait respecter leur dignité et leurs droits. Nous allons faire en sorte que cette dignité et ces droits soient respectés. Mais nous continuerons à déguerpir que ça soit à Kaporo-Rails ou autres, parce qu’il faut que Conakry change. Mais on ne va pas jeter des gens dans la rue. Nous allons d’abord faire des constructions, permettre aux gens de déménager parce que si vous les faites déguerpir, vous donnez l’argent, mais que l’argent ne suffit pas pour faire une maison, évidemment vous les mettez dans la rue. C’est pourquoi la politique de déguerpissement va aller avec la politique de construction de nouveaux logements afin de donner des demeures décentes. Vaut mieux être dans un appartement propre, loin, que d’être à Conakry dans un bidonville.

Je vous remercie !

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