Sékou Koundouno, Administrateur Général de la Cellule Balai Citoyen de Guinée, entouré des envoyés spéciaux de www.guineematin.com à Dakar, Alpha Fafaya et Ibrahima Sory Diallo

La Cellule Balai Citoyen de Guinée étend ses activités au delà de nos frontières. L’administrateur général de ce mouvement, en l’occurrence Sékou Koundouno, est en séjour au Sénégal, dans le cadre de l’observation électorale de la présidentielle du dimanche, 24 février 2019. A Dakar, monsieur Koundouno a accordé une interview aux envoyés spéciaux de Guineematin.com au pays de la Téranga. Il a été question du vote sénégalais, dont les résultats ne sont toujours pas connus, de son regard sur l’impitoyable déguerpissement en cours à Kaporo Rails, entre-autres.

Guineematin.com : vous êtes à Dakar depuis quelques jours. Quel est l’objectif de votre présence ici ?

Sékou Koundouno : l’objet de ma présence à Dakar, c’est dans le cadre d’une mission d’observation électorale avec la société civile sénégalaise. Comme vous le savez, la société civile sénégalaise évolue dans un cadre qu’on appelle SUMU élection 2019. C’est dans ce cadre que nous sommes-là afin d’apporter notre expertise en matière électorale mais aussi apprendre auprès de nos confrères sénégalais l’ensemble des méthodes et techniques d’observation citoyen des élections.

Guineematin.com : l’élection présidentielle s’est tenue dimanche dernier. Qu’est-ce que vous retenez de cette présidentielle sénégalaise ?

Sékou Koundouno

Sékou Koundouno : ce que je retiens globalement de cette présidentielle sénégalaise, c’est la bonne organisation en terme technique. Je parle de l’acheminement et la conservation de tout le matériel technique électoral qui est arrivé au niveau de tous les départements électoraux trois (3) semaines avant le scrutin. C’est le calme, la retenue, le civisme, les citoyens ont fait montre d’un civisme très élevé mais aussi d’un sens de patriotisme. Tous les sénégalais, dans leur globalité, ont voté dans le calme. Ils se sont massivement mobilisés dès le lever du jour pour aller voter au niveau des différents bureaux de vote. Donc, jusque dans la soirée, tout était calme. Et, je pense bien que ce qu’il y a lieu de retenir, c’est un : l’administration a joué toute sa partition en terme technique et organisationnelle ; c’est la société civile avec le monitoring qu’ils ont fait avec le SUMU 2019, ce qui a permis d’avoir une maîtrise de tous les incidents, la remontée des informations sur le terrain, la remonté des procès-verbaux afin de crédibiliser, rendre beaucoup plus transparent et apaisé les élections présidentielles 2019.

Guineematin.com : les résultats de cette présidentielle sont attendus ce week-end, probablement vendredi. Quel message vous avez à l’endroit des candidats et du peuple sénégalais ?

Sékou Koundouno : ce message, est un message de fraternité en tant qu’africain, c’est un message de calme, de retenue, c’est un message d’apaisement… Comme vous le savez, l’ensemble des états-majors des partis politiques ont déjà les résultats. SUMU 2019 a les résultats. Mais, la seule entité habilitée à proclamer les résultats est la CENA ; et, nous attendons vendredi plus tard pour que la CENA puisse proclamer ces résultats afin que les sénégalais puissent connaitre leur prochain président et que tous les acteurs puissent s’occuper de leurs activités au quotidien.

Guineematin.com : vous avez également fait l’observation électorale en Guinée. Quelle différence vous faite entre le processus électoral en Guinée et ici au Sénégal ?

Sékou Koundouno : cette mission spécifique, c’était de venir apprendre aux côté de nos amis sénégalais, savoir comment on gère une station room en termes de monitoring des médias et des partis politiques, et le discours des citoyens pendant le procès électoral. C’est aussi apprendre le monitoring, la montée des résultats pendant le vote. C’est d’apprendre auprès d’eux le dispositif Twind qui permet un, à chaque observateur dans le bureau de vote de remonter les résultats à temps, de centraliser les résultats afin de faire un comptage en parallèle des résultats. Ce qui peut sans doute influencer l’organe en charge des résultats pour que cet organe puisse travailler en toute transparence et dans l’équité, dans l’intérêt de tous les candidats. Mais, en tout état de cause, ça a été une école pour nous. On a beaucoup appris. On a cherché à puiser d’autres expertises auprès de nos confrères sénégalais. Et, je pense bien que le Balai Citoyen et ses partenaires s’attèleront pendant les législatives 2019 et la présidentielle de 2020 en Guinée, à rendre beaucoup plus crédible. Et l’innovation que nous comptons apporter, c’est de faire en sorte qu’on ait la capacité en même temps de l’organe indépendante, je veux parler de la CENI, d’avoir les résultats pour que les partis politiques de l’opposition ou de la mouvance, ne puissent pas désorienter les voix de nos concitoyens.

Guineematin.com : le vote de dimanche s’est déroulé globalement dans le calme et dans la sérénité. Mais dans la soirée, la sortie du Premier ministre annonçant l’élection de Macky Sall dès le premier tour a provoqué une sorte de polémique et même de tension au sein de la classe politique. Comment avez-vous apprécié cette sortie ?

Sékou Koundouno : les traités internationaux et les conventions internationales m’interdisent de m’immiscer dans les questions internes des sénégalais. Je suis là en tant que partenaire de la société civile sénégalaise. C’est d’apprendre auprès d’eux et je pense que le discours de nos confrères sénégalais a été clair au cours d’une conférence de presse. En tout état de cause, contenter vous de cette dénonciation. Moi, j’ai des réserves, ce que je sais, je ne peux qu’apprécier les critiques. Je ne peux pas réagir aux questions internes d’un pays qui n’est pas le nôtre.

Guineematin.com : ce qui fait l’actualité en Guinée, c’est aussi le déguerpissement en cours des populations de Kaporo-rails. Depuis Dakar, comment observez-vous cette situation ?

Sékou Koundouno

Sékou Koundouno : des dispositions ont été prises depuis hier par le secrétariat administratif du Balai Citoyen. Un communiqué a été fait afin d’informer l’opinion nationale et internationale de cette superstition. Nous prenons acte du Décret 221 de 1989, qui met cette zone comme étant une réserve de l’Etat. Ce décret, nous avons indiqué dans le communiqué que l’Etat devrait dédommager et recaser tous ceux qui occupaient ce domaine de Kaporo-rails avant le décret numéro 221 de 1989. Ceux qui l’ont occupé de 1989 à nos jours, il faudrait que tout le monde comprenne que l’Etat ne fuit pas sa responsabilité régalienne. C’est des chefs de quartier, c’est des maires, c’est des ministres, c’est des responsables régionaux de l’Habitat et de l’Urbanisme qui ont donné des dossiers et des documents authentiques à ces personnes. Donc, il faudrait que l’Etat ne puisse pas se tirer de ses responsabilités. Il faudrait que ces personnes répondent de leur acte. Et que ces personnes aussi qui ont été dupées, qui ont été instrumentalisées et trompées par ces cadres de l’administration, que l’Etat puisse les dédommager, que l’Etat trouve des solutions. Nous dénonçons et nous nous insurgeons contre ce comportement non orthodoxe de l’Etat qui consiste à déguerpir les gens sans aucun accompagnement. Nous avons vu des jeunes écoliers, des collégiens, des vielles dames qui n’ont pas où aller, qui dorment à la belle étoile. Donc, ces comportements ne sont pas des comportements qui puissent faire en sorte que l’Etat avance en tenant en compte l’intérêt de toute la population. Et ce qu’il faille noter à ce niveau, aucune question d’utilité publique ne peut obliger l’Etat à mettre une catégorie de citoyens dans la rue. Donc, l’Etat doit se ressaisir, l’Etat doit repenser sa stratégie, l’Etat doit trouver toutes les mesures d’accompagnement, afin de ne pas créer une autre blessure. Je n’ai rien à vous apprendre, on a une société foncièrement divisée, alors de division en division, la nation va cesser d’exister.

Guineematin.com : face à cette situation, qu’est-ce que le Balai Citoyen compte faire concrètement ?

Sékou Koundouno : déjà des dispositions ont été prises, une équipe a été dépêchée aujourd’hui en collaboration avec nos amis des forces sociales. C’est de rencontrer tous les citoyens qui étaient installés sur la zone de 1989 à nos jours, afin que ces populations acceptent de se constituer en partie civile, qu’ils remettent les documents authentiques et qu’on leur trouve un avocat afin que ceux ou celles qui ont signé ces documents, que ces personnes-là soient poursuivies en justice et qu’ils puissent rembourser ces personnes. Parce que ces personnes, ne l’oubliez pas, ont agi au nom de l’Etat, ont agi en tant qu’entité de l’Etat.

Guineematin.com : avez-vous un dernier mot à placer ?

Sékou Koundouno : le dernier mot, c’est un appel à plus de responsabilité, au rassemblement, à l’union. La Guinée 2019, 2020 ; il y a des enjeux et défis qui nous attendent. Il faudrait qu’on conjugue le même verbe. Comme vous le savez, je n’ai rien à vous apprendre, le professeur Alpha Condé est à son second et dernier mandat, il faudrait qu’on travaille tous pour qu’en 2020, qu’on puisse connaitre cette alternance démocratique au sommet de l’Etat.

Propos recueillis par Ibrahima Sory Diallo et Alpha Fafaya Diallo, envoyés spéciaux de Guineematin.com

Tél. : (00221) 78 169 09 46

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