La démolition des bâtiments, entreprise par le gouvernement, continue à Kaporo Rails, dans la commune de Ratoma. Des familles vidées de leurs bâtiments, suite au déguerpissement entamé depuis une semaine, se retrouvent désormais dans les rues avec une totale désolation, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

De nombreux habitants de la zone de Kaporo Rails ont assisté, impuissants, à la démolition de leurs bâtiments. N’ayant pas trouvé où aller, ils ont élu domicile dans les rues. Rencontrés par notre reporter ce jeudi 28 février 2019, plusieurs d’entre eux ont exprimé leurs désagréments, ne sachant plus quoi faire.

Ben Diallo, l’une des victimes de cette terrible opération, se dit meurtri et affirme que ses parents ont habité la zone depuis les années 1960. « Je suis né ici à Kaporo Rails, en 1981. J’ai grandi ici. Mes parents étaient là depuis 1965. Il y a un certificat de donation qui le prouve. On avait 5 bâtiments ici, en face de la radio Lynx FM. Mais, tout a été démoli, mis à terre. Lorsque l’ancien président Lansana Conté a décrété cette zone comme étant une réserve foncière de l’État en 1989, il se trouve que nous, on était déjà installé ici. Des milliers de personnes étaient installées ici. Il y a des certificats de donation, des factures d’eau qui prouvent que nous étions là bien avant ce décret », a expliqué monsieur Diallo.

Parlant des préjudices subis, Ben Diallo dit ne pas être pas capable de chiffrer la valeur des biens que lui et sa famille ont perdu dans cette zone. « Il est difficile aujourd’hui de savoir ce qu’on a perdu, parce que lorsqu’il s’agit de 5 bâtiment détruits, c’est déjà beaucoup. Je ne peux pas donner en chiffres ce qu’on a perdu dans ça. Le premier bâtiment avait 6 chambres et 3 salons. Le deuxième avait 3 chambres et un salon. Le troisième était constitué de trois appartements. Il y avait une autre maison aussi qui était composée de 4 chambres et un salon. Dans la dernière maison, on avait 3 chambres et un salon. Donc aujourd’hui, on est frustré, on est meurtri, abattu. On se demande qu’est-ce qu’il faut faire aujourd’hui parce qu’on nous a complètement mis à plat », dit-il, les larmes aux yeux.

Pour sa part, Hadja Halimatou Diallo, âgée plus de 60 ans, se dit choquée et dépassée par cette épouvantable opération. « Qu’on attende jusqu’à ce qu’on finisse de construire pour venir démolir d’un seul coup, on s’en remet à Dieu. Maintenant, nous sommes à la disposition des autorités, puisque nos maisons là, c’est notre propre sueur, c’est les ampoules de nos mains. Quand on venait ici, c’était de la brousse. Pendant 50 ans nous sommes là, nos fils et petits fils sont nés ici et ont grandi ici. Aujourd’hui, on nous a chassés de chez nous, nous passons la journée et la nuit ici, à même le sol. On n’a pas trouvé où aller », se lamente la vieille femme.

Selon Hadja Halimatou Diallo, « lors du premier déguerpissement, on nous a démolis 8 bâtiments, on est venu entrer dans ces derniers. Si cette fois-ci encore on nous a cassé le reste, on se demande quoi faire maintenant. On ne nous a même pas avertis qu’on vient nous déguerpir. On aurait pu faire sortir nos biens au moins. Mais, on les a vus venir subitement ici, sans avertissement, pour démolir nos bâtiments. C’est Dieu qui va les juger », lance-t-elle, fataliste.

Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com

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