Kaporo Rails : émouvants témoignages des déguerpis

Entamée depuis le dimanche, 20 février 2019, l’opération de déguerpissement des populations de Kaporo Rails, dans la commune de Ratoma, se poursuit malgré les cris de cœur des victimes et l’indignation quasi-générale au sein de l’opinion publique. Dans la matinée de ce mardi, 05 mars 2019, un reporter de Guineematin.com s’est rendu dans le secteur 4 où des dizaines de familles tentent de récupérer le peu d’objets qui peuvent leur être utiles avant l’arrivée des machines qui ravagent tout sur leur passage.

Sur place, on retrouve des sages, des femmes et des enfants, tous désemparés. On y voit également des propriétaires qui cassent leurs propres maisons pour récupérer des portes, des fenêtres, des tôles et quelques morceaux de bois.

Dans cette atmosphère de tristesse et de colère, Amadou Mouctar Baldé, jeune étudiant âgé de 23 ans, explique qu’il est né et a grandi dans ce quartier. Aujourd’hui, il est dépassé par ce qui se passe sur place.

« Nous sommes trois familles réunies ici avec une trentaine de personnes, nous passons tous la nuit à la belle étoile. Les machines ne font que s’approcher de nous. Ils ont commencé par casser nos kiosques où on gagnait le prix de notre pain et maintenant, ils se sont attaqués aux maisons. Nous sommes dans une totale désolation. Dans ce quartier, il y a des maisons non cochées mais qui sont en train d’être cassées. Nous n’avons plus aucun espoir et sollicitons l’aide de Dieu ainsi que des bonnes volontés. Parmi nous, il y a plusieurs élèves, des candidats au BEPC et à l’entrée en 7ème année. On ne sait pas comment gérer cette situation parce que beaucoup n’ont pas là où aller », souligne le jeune étudiant.

De son côté, Alhassane Baldé, originaire de Télimélé, dit avoir occupé les lieux depuis plus de 30 ans. « J’ai commencé à dormir ici en 1989, mais j’avais occupé le terrain et construit bien avant. Je suis là avec ma femme et nos quatre enfants. Depuis le début de cette casse, nous passons la nuit dehors parce qu’on a nulle part où aller. En 1998, ils étaient venus casser certaines maisons ici mais, à aucun moment ils n’ont dédommagé ou recasé les gens. Personnellement, je n’ai rien reçu de qui que ce soit », précise ce père de famille.

Kadidiatou Baldé, âgée de 55 ans et veuve depuis 17 ans, est aussi déboussolée. En plus d’avoir perdu sa maison, elle se sent en insécurité. « Mon mari m’avait laissé avec une fille de deux semaines, elle fait le BEPC cette année. Nous avons souffert pour finaliser les travaux de cette maison qu’ils détruisent aujourd’hui. On était en Sierra Léone. C’est la rébellion qui nous a fait quitter ce pays pour revenir. Mon mari avait fini le mur ici avant sa mort. Ce sont nos enfants qui se sont débrouillés pour mettre les tôles. Aujourd’hui, ils sont venus détruire et nous mettre dehors. Nous n’avons pas où aller. J’ai 9 enfants en charge. Tous ceux-ci sont là sans abri. A cela, s’ajoute le problème de banditisme. Les bandits viennent agresser et voler les biens dans certaines familles. Nous sommes vraiment en insécurité, surtout la nuit », explique-t-elle.

Pour sa part, Mamadou Moustapha Diallo, habite Kaporo Rails, secteur 4, depuis 1984. Aujourd’hui, il a perdu sa maison et se demande comment assurer l’éducation de ses enfants dans cette situation. « Ma famille s’est éparpillée à travers la ville parce qu’avec cette situation, même la maman et son fils se séparent parce qu’on ne peut pas trouver un emplacement où on pourra amener tout le monde à la fois. J’ai 7 enfants en charge, ils sont tous à l’école. Maintenant, on ne sait plus à quel saint se vouer pour ne pas qu’ils perdent l’année scolaire aussi ».

Madame Hassanatou Diallo est également dans cette même situation. Impuissante face à cette action de l’Etat, elle s’en remet à la volonté divine. « L’Etat nous a fatigués. Nous avons des enfants qui sont candidats aux différents examens de cette année. Ils ont détruit nos maisons et nous sommes obligés de passer la nuit à la belle étoile parce qu’on n’a pas où aller. Nous sommes 14 personnes à dormir au dehors avec tous les risques possibles. S’ils avaient attendu la fin de l’année scolaire au moins, ils nous auraient aidés un peu. Mais maintenant, ils ont fait perdre nos enfants parce qu’ils vont quitter la zone pour s’installer loin de leur école et ils ne pourront pas venir suivre les cours. Ils nous ont fait souffrir avec nos enfants mais on s’en remet à la volonté divine », conclut-t-elle.

Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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