A l’instar des autres pays du monde, la Guinée célèbre ce vendredi, 8 mars 2019, la journée internationale des droits des femmes. Au moment où de nombreuses femmes se sont donné rendez-vous au Palais du Peuple pour célébrer cette fête, celles de Kaporo Rails, victimes de déguerpissement, sont toujours désemparées. Elles continuent de subir les effets de la démolition de leurs habitats, ne sachant plus où aller, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

C’est le symbole du paradoxe guinéen. Pendant que le palais du peuple affiche plein, avec des chants et danses, les victimes de l’impitoyable déguerpissement de Kaporo Rails continuent de souffrir le martyr. Interrogées ce vendredi 8 mars 2019, nombre d’entre elles ont exprimé leurs peines face à la tragédie qui les affecte en ce moment.

Dioumayatou Bah, vendeuse de condiments au marché détruit de Kaporo Rails : « Fête des femmes ? Ce n’est pas ce qui me préoccupe maintenant là. C’est ma vie et celle de ma famille qui m’inquiète. Le gouvernement est venu nous déguerpir de chez nous, de notre domicile et du marché ici. À la maison, les machines ont tout cassé. Au marché ici aussi, elles ont tout rasé. Vous voyez, tout est vide. D’ici à Démoudoula, tu ne verras rien actuellement. En pleine journée, tu passes par-là, on t’extorque tout ce que tu as.

Nous sommes assises ici à même le sol, sous le soleil chaud, aucun abri. C’est ici qu’on venait chercher la dépense pour nos familles. Maintenant qu’ils ont cassé notre marché et nos bâtiments, comment peut-on aller crier la joie avec des femmes aisées au palais ? Si tu entends faire la fête, c’est que tu es content. Donc, ce qui me préoccupe en ce moment, c’est comment trouver de quoi manger et où se loger. Actuellement, tous nos bagages sont à l’air libre ».

Aïssatou Camara, vendeuse de poissons fumés : « beaucoup de femmes parmi nous qui sommes là, c’est elles qui donnent la dépense à la maison à la place de leurs maris. D’autres ont perdu leur mari et ne se sont pas remariées encore. Les problèmes ne finissent pas. Moi par exemple, mon mari est décédé depuis plusieurs années. Nos enfants et nous, nous devons manger, nous loger et nous vêtir. Aujourd’hui, c’est le pire, puisque nous toutes que vous voyez ici, nos maisons sont détruites, le marché où nous nous débrouillions est aussi cassé.

Nous, on aurait souhaité qu’on nous laisse soit nos bâtiments, soit le marché. Mais, les deux à la fois et qu’on nous parle de fête des femmes ? C’est le gouvernement qui sait qui va aller fêter là-bas. En tout cas, ce n’est pas nous. Avec cette amertume-là nous, nous n’avons pas à nous amuser. Nous cherchons où nous loger et de quoi manger pour que nos enfants ne perdent pas l’éducation. Regardez le soleil ardent sous lequel des que femmes que nous sommes, nous venons nous asseoir, sans aucun abri.

C’est une solution ça ? Si Alpha Condé dit qu’il se préoccupe des femmes et des jeunes, nous ne l’avons pas su, puisqu’il est venu nous dégager de nos maisons et casser notre marché. S’il aide les femmes, c’est celles qu’il aime, ce n’est pas nous. Les gens sont venus ici sans nous avertir. Ils ont coché le mardi, le mercredi ils ont cassé. C’est ça la solution ? Je ne pense pas ».

Fatoumata Camara, vendeuse de poissons fumés : « on ne parle pas de fête ici. Les gens souffrent énormément. Aujourd’hui, on a toutes les difficultés de vivre avec nos enfants. Malgré que le marché soit cassé, nous venons tenter notre chance. Mais, puisque les clientes sont chassées, nous ne faisons que rester sous le chaud soleil. Nous demandons aux bonnes volontés de nous aider. Nous souffrons. Il n’y a rien à manger. Comment on va aller participer à des fêtes qui n’ont pas de sens ? »

Oumou Sow, victime du déguerpissement : « ne nous parlez pas de fête ici. Nous, nous nous occupons de la perte de nos bâtiments. On a perdu 2 grands bâtiments, un de 5 chambres et l’autre de 6 chambres. Durant toute la période de la grève, le gouvernement n’a pas cassé, il a attendu que les études reprennent pour venir nous déloger et casser nos bâtiments. Tous nos enfants étaient à l’école ; mais aujourd’hui, on ne sait plus quoi faire. Moi, j’ai 7 fils et ma coépouse en a 6. Et, vous savez qu’à Conakry, les concessionnaires ne prennent pas une grande famille.

En plus, même si tu trouves une location, l’avance est trop, c’est des millions. Actuellement, beaucoup de nos bagages sont à l’air libre à Keitaya, dans la commune de Dubréka. Et nous, nous sommes à Kaporo Rails ici. Même si on a besoin de changer notre tenue, on ne peut pas le faire, puisque les vêtements ne sont pas là et tout est mélangé là-bas dans les bagages. Donc, à l’heure là, ce n’est pas une affaire de fête qui nous intéresse ».

Hadiatou Cissé, victime du déguerpissement : « la situation est extrêmement difficile pour moi. C’est une provocation que de me parler à l’heure là de la fête des femmes. Nous avons perdu 5 bâtiments ici. Mon mari ne travaille pas. Nos enfants ne peuvent rien faire maintenant, ils étudient. On a même plus où aller.

Le gouvernement n’a qu’à nous montrer où aller si non nous, nous n’avons rien. On vivait des frais de location que nos locataires nous donnaient. Maintenant, ils ont cassé tous les bâtiments. Comment faire désormais ? Je demande au gouvernement et aux bonnes volontés de nous aider. Chez nous ici, on ne fête pas. On n’est pas content ».

Propos recueillis par Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com

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