Malgré la vive indignation suscitée par le déguerpissement lancé il y a quelques semaines à Kaporo Rails, le gouvernement guinéen poursuit impitoyablement cette opération. Après avoir rasé toutes les maisons dans la zone concernée de Kaporo Rails, les machines « casseuses » sont entrées ce mardi, 12 mars 2019 à Kipé 2, toujours dans la commune de Ratoma.

Là aussi, les victimes se comptent par milliers et elles sont complètement désemparées, rapporte un journaliste de Guineematin.com qui s’est rendu sur place.

Choc, frustration, consternation, les mots sont insuffisants pour qualifier les sentiments qui animent les habitants de Kipé 2 ce mardi. Tôt le matin, alors que ces citoyens s’apprêtaient à vaquer à leurs occupations quotidiennes, ils ont été surpris par les machines « casseuses » de maisons, accompagnées d’un important dispositif sécuritaire.

Impitoyables, les casseurs n’ont même pas donné le temps aux habitants de sortir leurs affaires et de prendre quelques matériaux récupérables comme les tôles. Malgré les tentatives d’opposition de certains citoyens, l’opération a effectivement eu lieu sur place. Pendant que les premières maisons étaient en train d’être démolies, d’autres habitants étaient en train de sortir précipitamment leurs affaires.

Sous le choc, certaines victimes ont accepté de témoigner au micro d’un reporter de Guineematin.com qui s’est rendu sur place.

Ramadan Diallo : on a été au tribunal de première instance, on a perdu le procès et nous avons fait appel à la cour d’Appel. Pour nous, la justice va jouer son rôle effectivement. Mais, on s’est retrouvé ce matin-là avec cette brigade et cet arsenal militaire, venus nous déguerpir alors qu’on ne savait même pas qu’ils allaient venir. Sinon, on aurait au moins enlevé les tôles. C’est vraiment déplorable ! Ici, ça fait partie de Kipé 2, ce n’est pas le plateau de Koloma.

Dramé Ahmed Sékou : comme vous le constatez, c’est de la sauvagerie. Venir un beau matin et tout casser en moins de 30 minutes. Les gens ont des bagages sous des décombres. C’est sidérant ! Je suis dépassé et je suis sans mot. On n’a pas pu nous donner un peu de temps pour au moins plier nos bagages et trouver où partir. Il est bien de construire la nation mais il faut penser au recasement. Nous sommes tous des citoyens guinéens, donc il ne faut pas nous prendre comme si nous étions des étrangers. Ils ont dit que ceux qui ont des titres fonciers, que même s’il y aura déguerpissement, ils ne seront pas concernés. Mais, ils ont fait tout le contraire. Ils ont tout cassé et on ne sait plus quoi faire.

Makia Touré : je suis déçue et choquée ce matin-là. J’étais même en deuil, nous avons perdu un de nos collègues enseignants. J’étais là-bas, lorsque subitement on m’a appelée pour me dire que les militaires ont envahi le quartier. Je suis revenue et j’ai vu les voisins, tout le monde était en train d’enlever le toit de sa maison. Depuis 40 ans, nous sommes là. J’étais là avec mon mari qui est décédé en 2009. Il m’a laissé avec des enfants. Ces bâtiments, c’est ce que mon mari m’a laissé comme héritage. Je suis là avec mes enfants qui vont à l’école.

Certains sont des candidats aux examens nationaux. Donc, je ne sais pas quoi faire. Je suis vraiment dépassée parce que j’ai tous les documents qu’il faut. Ce que j’ai à dire à mon cher président, j’aimerais vraiment que justice soit rendue dans l’affaire-là. La décision qui a été rendue par le tribunal de Dixinn, n’est pas juste. C’est pourquoi on a saisi la cour d’Appel. On espérait que cette fois justice sera rendue. Mais, avant même que la cour ne se prononce, ils ont cassé nos maisons et on n’a pas où aller.

Alaïba Kaba : Alpha Condé n’est pas reconnaissant envers les Guinéens, c’est seulement les étrangers qu’il connait. Il n’a pas pitié des personnes démunies. Nous n’avons pas volé ces maisons. Alpha condé nous a exposés au monde entier. Il a rendu inférieurs les Guinéens au profit des étrangers. Je me confie à Dieu. Nous, nous sommes des pauvres. Alpha condé nous a déguerpis comme si on était des arbres. J’ai 10 enfants, mais dans la famille, nous sommes plus 30 personnes. On n’a pas où aller. C’est Dieu seul qui est le chef et je me confie à lui.

Propos recueillis par Mohamed DORE pour Guineematin.com
Tel : (00224) 622 07 93 59

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