Des déguerpies réfugiées dans une Mosquée à Koloma 1

Après la démolition des bâtiments de Kaporo-Rails et de Kipé 2, c’est désormais le secteur Kampema, du quartier Koloma 1, dans la commune de Ratoma, qui est en train de subir les dégâts des bulldozers de Dr Ibrahima Kourouma. De nombreux citoyens, dont les maisons ont été démolies, passent la nuit dans une mosquée ou sous les manguiers, jusque-là épargnés par les machines, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Les habitants du secteur Kampema, au quartier Koloma 1, vivent sur les décombres de ce qui était leurs habitations. Un amas de gravats, véritable paysage lunaire. Ils sont réduits à passer la nuit à la belle étoile à cause de l’impitoyable opération de récupération des domaines de l’Etat.

Mariama Sow, une des nombreuses victimes, a confié à notre reporter le calvaire qu’elle traverse en ce moment. « Actuellement, nous passons la nuit n’importe où. Certaines personnes dorment sous les manguiers, d’autres dans la mosquée et ceux qui ont des parents, vont passer la nuit chez leurs parents. Quant à moi, je suis chez mes parents. Les autorités sont venues détruire ici sans nous prévenir, ni un délai pour pouvoir évacué nos objets.

Regardez ce qu’ils ont fait, ce n’est pas nos enfants, ce n’est pas nous, ni nos bagages, parce que nous sommes tous éparpillés. Ils ont détruit l’école de nos enfants. Nous sommes ici ça fait 25 ans, et j’ai six enfants. Qu’on nous donne un lieu où on va rester ou bien qu’on nous indemnise », souhaite la malheureuse.

Pour sa part, Billo Gandal Barry, également victime de la casse de Dr Ibrahima Kourouma, appelle les guinéens à se mobiliser pour dire non à l’injustice et à l’impunité. « C’est un sentiment de déception pour nous, puisque quand un Etat qui est censé te protéger, vient avec une force brutale pour t’obliger à quitter chez toi, où tu es né, où tu as grandi, sachant que tu as acquis ici légalement… Selon le plan de masse, mon papa a acquis ce terrain en avril 1974 et moi, je suis né ici dans les années 1990.

Ici, normalement, ce n’est pas concerné par le décret de 1989 comme étant une zone réservée. Je lance un appel au peuple de Guinée, aux citoyens d’essayer de réagir… Je demande une mobilisation de tous les jeunes et citoyens qui sont au niveau de l’Axe parce que là, c’est un acharnement.

Imaginez toutes les maisons démolies et tous les quartiers visés par la démolition, ce sont des quartiers qui se situent le long de l’Axe. Ça, c’est inadmissible. À tous les citoyens épris de paix de l’injustice de se mobiliser pour dire halte à l’injustice, surtout à l’impunité », lance-t-il.

De son côté, Fatoumata Bintou Diallo dit passer la nuit dehors, sous les manguiers. « C’est notre maison qui a été démolie ici. Ça fait 35 ans que nous vivons ici, j’ai eu cinq enfants ici, c’est mon mari qui a acheté ce terrain pour construire, s’il savait que c’était une zone réservée, il n’allait pas l’acheter. Il est décédé en nous laissant seule dans cette maison avec mes coépouses.

Voilà qu’ils sont venus casser les maisons, sans arrière pensée. Ils ont détruit la scolarité de nos enfants. Mais, nous nous remettons à Dieu, seul Lui pourra juger, car à l’heure là, nous n’avons pas où aller, nous passons la nuit sous les manguiers ou dans la mosquée », a fait savoir la bonne femme

Abondant dans le même sens, Mamadou Djan Diallo, père de 18 enfants, a dit passer la nuit à la mosquée. « C’est le lundi qu’ils sont venus cocher ici, et le samedi, ils ont procédé à la démolition des bâtiments. Il y a certains bâtiments qu’ils ont démolis, il y avait des bagages là-dedans.

Je suis ici depuis 1984 et j’ai 18 enfants. Je n’ai pas encore trouvé où aller. Nous passons la nuit dans la mosquée pour le moment. Tout ce que je demande à l’Etat, qu’il nous montre un endroit où rester ou de nous dédommager », sollicite le vieil homme.

Devant l’immensité des pertes subies, Mariama Sadio Barry, préfère ironiser devant la tragédie quelle vit. « Je salue et remercie le professeur Alpha Condé. Parce que, c’est lui le commanditaire de cet acte. Mes enfants et mes petits enfants sont tous nés ici. Il a fait exprès de détruire nos maisons. Nous sommes assis sous les manguiers, n’ayant pas où aller… »

Propos recueillis par Fatoumata Diouldé Diallo pour Guineematin.com

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