Causes, conséquences et prise en charge de la Constipation…Pr N’diouria Diallo dit tout à Guineematin

La constipation, rareté ou difficulté de l’évacuation des matières fécales, est un réel problème de santé. De nombreux citoyens s’en plaignent à un moment où la question de l’hygiène alimentaire se pose avec acuité. Pour parler des causes de la constipation, de ses manifestations et de sa prise en charge, un reporter de Guineematin.com a rencontré Professeur Abdourahmane N’diouria Diallo, ce mercredi 27 mars 2019.

Ce médecin de renom est Professeur en hépato-gastro-entérologie, enseignant-chercheur à la Faculté de Médecine de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry depuis 1992, président de l’ONG SOS Hépatites-Guinée.

Guineematin.com : la constipation est un souci de santé qui revient régulièrement. Qu’est-ce que c’est ?

Pr Abdourahmane N’diouria Diallo : la constipation n’est pas une maladie. Elle est la manifestation d’une anomalie d’évacuation spontanée des selles. En termes simples, c’est la difficulté à évacuer les selles. Vous savez, le ventre constitue le deuxième cerveau de notre organisme, qui a au moins 200 millions de neurones. Le ventre abrite une colonie de bactéries dont l’activité a un impact sur la personnalité de l’individu, sur l’équilibre interne. Ces bactéries-là jouent un rôle fondamental dans la putréfaction et la fermentation des aliments. Elle peut aussi entrainer une suffocation avec une impression de mort imminente.

Guineematin.com : comment peut-on en arriver à une constipation ? Quel est le mécanisme ?

Pr Abdourahmane N’diouria Diallo : Dieu a fait de l’Homme une machine parfaite, qui a plusieurs organes ayant besoin de beaucoup d’énergie pour son fonctionnement normal. D’où la prise de repas, la prise de différents aliments énergétiques. Après la bouche, l’estomac, l’aliment digéré est absorbé dans les intestins sous forme de nutriments. Et, les résidus, les déchets non digérés qui en résultent subissent une putréfaction et une fermentation sous l’effet des bactéries avec formation de gaz. Il a été remarqué qu’en Europe, le transit peut durer 70 heures avec un poids de 150 grammes de selles.

En Afrique, il est dit que le transit dure en moyenne 36 heures avec un poids de 450 grammes de selles. Cette différence est liée à l’ingestion d’aliments avec des fibres non digestibles. En Afrique on mange en quantité, alors que les autres mangent en qualité. Le poids des selles varie selon les individus mais, surtout en fonction de ce qu’on mange. Les selles normales peuvent contenir jusqu’à 75 à 80 % d’eau, plus du mucus, des cellules intestinales, de la graisse, des protéines et autres, ayant tous échappé à la digestion. D’où la vraie définition scientifique de la constipation.

Donc, la constipation est essentiellement basée sur deux éléments : la fréquence de la défécation et la consistance des selles. Autrement dit, il est admis qu’il y a constipation, s’il y a une diminution de la fréquence des selles. Quand on fait moins de 3 selles par semaine, on est constipé. C’est-à-dire, quand on fait deux jours sans aller aux toilettes, on est constipé.

Ensuite, quand on une anomalie dans la consistance des selles, c’est-à-dire, des selles dures, des selles fragmentées, ou des selles en crottin, on est constipé. Puis, quand on a une défécation difficile, autrement il ya des efforts de poussée pour sortir les selles, on est aussi constipé. Quand on a une sensation de blocage incomplet, ou de blocage anorectal impliquant des manœuvres digitales, c’est-à-dire qu’on est obligé d’envoyer le doigt à côté de l’anus pour pousser la sortie des selles, c’est qu’on est constipé.

Guineematin.com : est-ce qu’on peut dire qu’il y a des degrés de constipation ?

Pr Abdourahmane N’diouria Diallo : on parle parfois de constipation de transit, caractérisée par un trouble de la progression des matières fécales dans le côlon, autrement dit le passage des matières fécales dans le côlon. Il y a aussi la constipation distale ou terminale, caractérisée par un trouble de l’évacuation au niveau du côlon, du sigmoïde ou du rectum.

La 3ème catégorie, c’est quand on a une anomalie du bol fécal. Donc, on parle de digestion normale, quand il y a arrivée normale d’une selle normale, dans un côlon normal. Maintenant, si la selle n’est pas normale, si l’arrivée de cette selle n’est pas normale, si le gros intestin dans lequel transitent ces selles n’est pas normale, vous aurez une constipation.

Guineematin.com : alors, est-ce qu’on peut se rendre compte soi-même qu’on est constipé ? Autrement dit, est-ce qu’il est facile de détecter une constipation ?

Pr Abdourahmane N’diouria Diallo : les spécialistes reconnaissent qu’il y a trois types de constipés. Il y a ceux qui croient l’être et qui ne le sont pas ; il y a ceux qui le sont, qui s’en plaignent et qui consultent les médecins ; et ceux qui le sont et qui ne s’en plaignent pas. Mais, il y a une forme atypique de constipation. C’est ce qu’on appelle la fausse diarrhée. C’est quand les matières fécales, au niveau de l’intestin, provoquent une irritation, une sortie de l’eau de la paroi du côlon qui va diluer les matières fécales.

C’est-à-dire, c’est quelqu’un qui est constipé, il fait deux semaines voire un mois, et les selles provoquent une hypersécrétion d’eau, une sorte de diarrhée, c’est ça la vraie constipation. C’est une fausse diarrhée, qui trompe les gens. Mais, c’est une vraie constipation. Donc, il faut être spécialiste pour savoir qu’une fausse diarrhée est une vraie constipation.

Guineematin.com : quelles sont les causes de la constipation ?

Pr Abdourahmane N’diouria Diallo : quand on a des affections thyroïdiennes, cela entraine des troubles de sécrétion de l’insuline, de la sécrétine, de l’adrénaline, ça perturbe la tonicité et il y a constipation. Il y a des lésions de la paroi du côlon qui entraînent des anomalies de la motricité, déclenchant une constipation. Quand il y a une tumeur bénigne ou maligne du côlon, quand il y a des infiltrations de la paroi, quand il y a des tumeurs externes… il y aura constipation.

Il y a également beaucoup de médicaments qui peuvent entraîner secondairement une constipation. C’est le cas de l’Atropine, qui est un antidouleur. Presque, tous les médicaments qu’on prend en Psychiatrie, contre la dépression, les sédatifs, les neuroleptiques, les opiacés. Il y a également les médicaments qu’on prend en cardiologie, en neurologie, contre le parkinson. Bref, tous ces médicaments-là peuvent donner secondairement une constipation.

Il y a aussi des maladies, quand on a par exemple des problèmes de sécrétion au niveau de la bouche, au niveau de l’estomac, au niveau du bulbe avec les sels biliaires qui permettent la digestion des protéines… Quand ces secrétions-là sont insuffisantes, minimes ou faibles, la digestion se fera difficilement. Les affections des organes de l’homme ou de la femme, comme la prostatite, une tumeur de la prostate, cela peut compresser le gros intestin par où passent les selles, quand une femme a des infections au niveau des annexes, de l’utérus, des ovaires,… ça peut entraîner une constipation.

La femme en grossesse aussi a une constipation par deux mécanismes : il y a un mécanisme mécanique, au fur et à mesure que l’enfant grandit, il va compresser le gros intestin ; mais, il y a un autre mécanisme hormonal, la progestérone. Les gens qui ne marchent pas, qui ne font pas de mouvement, qui sont alités, cela gêne la motricité de l’intestin. On peut parler aussi de l’état émotif du sujet. L’équilibre psychologique assure la motricité intestinale, quelqu’un qui est stressé, qui est émotif, qui est dépressif, ça entraîne une perturbation de la motricité intestinale.

On peut évoquer le cas des individus qui ne boivent pas beaucoup d’eau, quand il ne reçoit pas d’eau, cela va se répercuter sur les selles qui seront fragmentées, elles seront durs et cela ralenti la progression du bol fécal. Parmi les causes qu’on peut citer aussi, c’est les causes occasionnelles. Quelqu’un qui change ses habitudes alimentaires, quelqu’un qui change de logement, qui voyage, aura une constipation occasionnelle.

Quelqu’un qui fait une grève de la fin, quand il y a des calamités, des guerres civiles, il peut y avoir de constipation occasionnelle. Un malade qui a beaucoup de fièvre, parce qu’on perd de l’eau avec la fièvre, peut faire de la constipation occasionnelle. Les enfants nourris au biberon avec du lait de mauvaise qualité peut faire une constipation…

Guineematin.com : la constipation entraîne quoi finalement ?

Pr Abdourahmane N’diouria Diallo : à la longue, une constipation va donner une impression de gros ventre, avec une intolérance alimentaire, une gêne abdominale, des douleurs, une douleur sourde (le malade n’arrive pas à déterminer la douleur). Surtout, la constipation donne des maux de tête. Elle donne un vertige, une insomnie, une perte d’appétit, et en fin de compte, elle va aboutir à un amaigrissement. On peut également noter des conséquences psychosociales.

Les gens constipés ont une mauvaise haleine, leur bouche va sentir avec une haleine fétide. C’est des gens, soit ils sont rejetés, ou alors eux-mêmes ne fréquentent plus certains milieux, comme la mosquée, les lieux de travail, ça devient gênant. C’est un problème très sérieux. Quand on est constipé à la longue, ça entraine une fatigue sexuelle. Tout ceci peut entrainer des troubles psychologiques, sans compter les crampes, les sensations de masse électrique. Les selles dures peuvent aussi entrainer des fissures anales et ça fait très mal.

Guineematin.com : comment se fait la prise en charge d’un patient souffrant de constipation et quel conseil donnez-vous ?

Pr Abdourahmane N’diouria Diallo : l’objectif, c’est l’amélioration de la qualité de vie par l’amélioration du confort somatique et psychologique. On ne traite pas une constipation pour améliorer le dolichocôlon ou pour soigner une colite installée. Le malade constipé a besoin d’un interrogatoire, on doit l’accueillir correctement. L’interrogatoire doit être rigoureux : bien accueillir le malade, bien l’écouter, l’accepter avec toute la pudeur. Vous savez qu’en Afrique, les zones ano-génitales sont des sujets tabous.

Donc, pour parler de ça, il faut de la pudeur, il faut un tact, il faut le temps aussi. Il y en a qui n’aiment pas le mot constipé en public. Parfois, ils demandent même de sortir les assistants, parce que la constipation est liée aux gaz. Il faut ensuite trouver les facteurs déclenchant : c’est l’école, c’est le bac, c’est le diplôme, il n’y a pas de boulot, c’est l’aventure, c’est la polygamie, c’est des problèmes financiers… En Guinée, tout le monde est stressé : les enfants, les jeunes, les femmes, les hommes.

Donc, il faut rechercher et élimine le stress. Puis, les abus, les médicaments traditionnels, les médicaments importés, les pullules contraceptives chez les femmes. Après l’interrogatoire, le principe fondamental, c’est les règles d’hygiène diététique en première intention. Il faut un régime alimentaire normal. Il faut qu’on arrête de prendre 3 plats de riz par jour. Dans l’alimentation, il faut privilégier la qualité par rapport à la quantité. Il faut avoir un petit déjeuner de Roi, un déjeuner de Prince, mais le dîner pauvre.

Il faut dîner léger et très tôt, pas au delà du crépuscule. Ce qui est fondamental, l’individu doit prendre 1,5 à 2 litres d’eau par 24 heures. Il faut aussi se méfier des additifs comme cube Maggi. Il faut prendre 5 sortes de fruits et légumes par jour : papayes, ananas, pastèques, mangues, oranges… Il faut avoir un rythme alimentaire régulier, des repas pris à des heures fixes. En outre, il est très important de se mouvoir, de faire du sport. Il faut faire un sport non-violent.

Quelqu’un est victime de constipation, le premier reflexe à faire, c’est de choisir une heure fixe à laquelle il est présent à la maison, il va à la toilette à l’heure fixe, même s’il n’a pas envie de faire défécation. Il s’assoit sur le pot, mais sans journal, sans ordinateur, sans téléphone, sans calculatrice. Autrement dit, il ne faut pas calculer, ne penser qu’à une chose : faire sortir les selles. L’individu crée ce réflexe, l’entretien et le respecte pour toute la vie. Car, le stress et l’empressement sont les ennemis du transit…

Propos recueillis par Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tél : 628 17 99 17

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