Sa taille olympique le prédisposait tout naturellement à devenir basketteur jusqu’à la consécration à la NBA (championnat de Basketball nord américain). Mais, il s’en est plutôt servi pour prendre de la hauteur et dominer tout le monde :

En classe d’abord, du primaire à l’université, où il obtint une Licence en Sciences Economiques et Comptables avec toute la fierté d’appartenir à la brillante promotion Mao Tsé Toung, celle de Lansana Kouyaté, Ahmed Tidiane Souaré, Fodé Bangoura, Michel Kamano, Souleymane Cissé, Aline Barry, Boubacar Prince Diallo. Ensuite, sur les terrains vagues de football de Madina avec les Mané Bangoura avant de les quitter définitivement pour devenir un dirigeant jusqu’à la fédération guinéenne de football.

A partir de ce moment, Bah Oumar va porter une triple casquette. Il est professeur d’université, Expert Comptable au ministère de l’Information et membre actif de la faîtière du football guinéen.

Il est nommé inspecteur général des services de l’information, puis chef de cabinet dudit département. Sa maîtrise des dossiers et son intégrité en font une terreur des bandits à col blanc.

C’est au football que Bah Oumar va donner la plénitude de ses talents, pour avoir vécu intensément ses ombres et ses lumières dans ce Conakry du football princier.

Il connait tous ses acteurs et a partagé l’enfance et l’adolescence avec la plupart d’entre eux, dont certains ont fait partie de la légende du Hafia, du Horoya et du Syli national.

De l’équipe du pharmacien, Baba Sakho, à celle de Salifou Camara Super V, de Bruno Bangoura jusqu’au comité de normalisation de Mohamed Lamine Nabé, Bah Oumar a toujours été un parfait connaisseur des textes et un ardent défenseur de leur stricte application avec rigueur et vigueur.

C’est pourquoi, il est souvent apparu comme un incompris, alors que c’est toujours sous le prisme d’une culture immense et plurielle que ses arguments étaient placés, contrairement à ceux de culture approximative qui versaient dans l’activisme et le pédantisme.

C’est justement la brillante formation de Bah Oumar qui lui vaudra d’être nommé secrétaire général de la grande chancellerie de Guinée. Un poste stratégique de grande souveraineté qui ne l’éloignera pas cependant du football. Il le vivait intensément, en cherchant quotidiennement les informations sur les compétitions et les résultats obtenus par les équipes guinéennes.

Et, comme tous les matins des jours ouvrables, je le rencontrais au petit déjeuner au restaurant EPI D’OR, en face de la cité de chemin de fer. Je prenais soin d’être à jour pour répondre à ses nombreuses questions. La délivrance du neveu que je suis venait de la montre de l’oncle Bah Oumar qui regardait l’horloge et l’heure pour être à son bureau.

Alors, il demandait à son chauffeur de démarrer, en remettant au lendemain la suite des discussions. Sans rien me dire, il réglait ma note à la caisse et la tenante me disait que quelqu’un avait payé pour moi.

Bah Oumar faisait partie du cercle des amis d’enfance de Malik Condé, le frère cadet du professeur Alpha Condé, comme Koto Dia et Cheick Mohamed Fofana. Quand on sait tout l’amour que le chef de l’Etat garde pour ce petit frère, parti au moment ou son combat politique d’une quarantaine d’années était récompensé, on peut deviner son affliction suite au décès de Bah Oumar dont les parents, comme bon nombre des fils du Timbi, descendirent très tôt sur la côte au point que leur progéniture est fondamentalement de culture Soussou sans avoir renié leur identité peule.

C’est pourquoi, le directeur de cabinet de la présidence de la République, Ibrahima Kalil Kaba, qui avait à ses cotés le Grand Chancelier des Ordres, le Général Kaba 43 Camara, et l’ancien Premier ministre, Ahmed Tidiane Souaré, était à la réception de la dépouille mortelle de Bah Oumar, le vendredi 29 mars 2019 à l’aéroport de Conakry.

Cette double culture a fondé toute l’existence de Bah Oumar dans la veine du guinéen tout court, ouvert généreux et solidaire de toutes les nobles causes qui constituent les piliers de la nation.

Comme la géographie est la première composante de l’histoire, dans ce déroulé paradisiaque de Donghol Touma jusqu’à la baie de Sangaréyah, le Timbi a également sa partie Soussou. Le Sokili avec le village de Démoukoulouma se brassent et s’embrassent des communautés diverses unies et réunies, solides et fortes d’un ancrage séculaire.

Voilà ce qui explique la dimension plurielle, l’envergure dynamique et la grandeur sublime de Bah Oumar, homme de dialogue et de rigueur que la mort vient de nous arracher.

Il était du clan des Ndioboyankés, donc descendant de Ndiobo, le frère aîné de Kalidou, aïeul des Kaldouyankés, tous deux fils de Boukari, fils de Aldiouma, dit Maoundé, fils de Saïkou Aldiouma, fils de Saïkou Aldiouma ibn Ilo, fils de Bodhéwal, le troisième garçon de l’arabe, Oughbata Boun Nafsi, un disciple de Saïdinà Oumar ibn Khattab et de la princesse peule Madioumaou.

Traditionnellement, les Ndioboyankés habitent Labé-Dhépéré et ont le patronyme Diallo. Mais, par petites migrations, certains se sont installés dans le Timbi et ont le pris patronyme Bah, le plus fréquent dans le Diwal.

Comme le disait l’autre, l’écriture de DIEU n’a pas de gomme. Bah Oumar a incarné, sa vie durant, les valeurs de noblesse, de courage, de culture et de fraternité agissante. Un exemple qui n’est pas légion de nos jours et que nous devons tous nous approprier afin de maintenir solide et forte la chaîne de solidarité.

Bah Oumar rejoindra sa dernière demeure au cimetière de Cameroun demain, lundi 1er avril 2019, après la levée du corps à la morgue d’Ignace Deen et la prière à la mosquée Fayçal.

Paix à son âme, amine !

Amadou Diouldé Diallo, Journaliste-historien

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