La chute des dictateurs Omar El Béchir du Soudan et Abdel Aziz Bouteflika de l’Algérie donne à réfléchir aux autocrates africains et autres présidents qui veulent coûte que coûte s’accrocher au pouvoir. Les réactions ne font que tomber de la part des acteurs de la vie nationale qui pensent que cette situation peut contribuer à pousser les chefs d’Etat africains à mettre de l’eau dans leur vin.

Dans un entretien accordé à un reporter de Guineematin.com, dans la journée de ce jeudi, 11 avril 2019, Sékou Koundouno, administrateur général de la Cellule Balai Citoyen, estime que ces événements doivent servir de leçons à tous les dictateurs qui veulent s’accrocher au pouvoir.

Guineematin.com : actuellement, il y a des remous en Algérie et au Soudan où les populations sont parvenues à chasser leurs dirigeants grâce à la bénédiction de leurs armées. Quel enseignement cela peut donner au reste du continent ?

Sékou Koundouno : la situation en Algérie et au Soudan révèle à suffisance qu’il y un réveil des consciences au niveau des masses citoyennes. Il y a un ras-le-bol de l’establishment et du sérail qui ont fait des décennies de gouvernance teintée de corruption, de clientélisme. Des pratiques liées à un clan qui gère tout un pays, au détriment de l’intérêt général. Donc, ces révolutions ont prouvé à suffisance que même si ces dictatures se dotaient d’une armée aussi puissante, aussi équipée, les citoyens peuvent mettre en déroute ces armées et que celles-ci, à un moment donné, ayant compris que la force, la raison, la vérité était du côté des citoyens, étaient obligées de se ranger du côté des populations pour ne pas qu’eux-mêmes, leur avenir ne soit compromis. En tout cas, c’est un réveil des consciences et c’est une leçon que les peuples soudanais et algériens ont donné au reste de l’Afrique. C’est un signal fort aussi aux autres dictateurs qui veulent se maintenir vaille que vaille au pouvoir, pour leur dire que seul le peuple est souverain et qu’à un moment donné, vous êtes obligés de lâcher ou le peuple risque de vous mettre en déroute.

Guineematin.com : en Guinée, il y a un risque d’un bras de fer entre les promoteurs d’une modification de la Constitution en faveur du Président Alpha Condé et ceux qui sont contre. Beaucoup craignent que ça ne dégénère pour qui connait le comportement des forces de l’ordre en cas de manifestation.

Quelle lecture faites-vous de cet état de fait par rapport aux deux pays qu’on vient de citer ?

Sékou Koundouno : nous rassurons déjà les populations qu’il n’y aura aucune répression en Guinée. Les rôles et les missions de nos forces de défense et de sécurité sont bien définis dans les lois qui encadrent la République. Nous voulons lancer un signal aux forces de défense et de sécurité, de se mettre à l’abri de la politique, à l’écart du jeu politique et du jeu citoyen, qu’elles sont une force républicaine. Elles ont été créés sous la demande du souverain peuple pour répondre à un certain nombre de demandes sécuritaires et de défense. Mais, nous rassurons les citoyens et vous les partenaires qui accompagnent le Front National pour la Défense de la Constitution, pour dire tout simplement qu’il n’y aura pas (…) parce que ceux qui soutiennent ce putsch constitutionnel du clan Alpha Condé sont en contradiction avec les textes qui gouvernent notre République. Ils sont en train de conduire le pays vers un lendemain incertain. Ce qu’il y a lieu de retenir, c’est que le peuple s’exprimera, il sortira au moment venu et il s’opposera à toute forme de confiscation de sa souveraineté. On ne peut pas permettre et il est inadmissible et inacceptable que dans une République, qu’une minorité de personnes qu’on peut qualifier de gangsters, puisse prendre la nation en otage et que le reste du peuple se résigne. A l’état actuel, au niveau du Front National, les commissions ont été mises en place, le plan opérationnel a été validé, la troupe est fin prête pour aborder toute initiative allant dans le sens de confisquer sa souveraineté et nous estimons que les gens sauront raison garder et qu’ils vont respecter le délai constitutionnel qui gouverne le pays pour que le 21 décembre 2020, nous puissions avoir un nouveau locataire au niveau de Sékhoutouréyah.

Guineematin.com : là vous parlez des stratégies du Front. Mais, en attendant, on ne voit pas des actions concrètes de ce Front sur le terrain tandis que ceux qui sont en face de vous continuent de multiplier les meetings de sensibilisation pour une nouvelle constitution…

Sékou Koundouno : je vous comprends bien. Mais, même ce soir du jeudi 11 avril 2019, nous avons une réunion des membres du Front à notre quartier général. Chaque jour, nous tenons des réunions et il y a des groupes de travail qui sont mis en place. Nous n’avons pas besoin des banderoles et autres effigies. Nous travaillons sur des actions concrètes. Ce qui reste clair, la façon dont le peuple Algérien s’est exprimé, nous le ferons et la façon dont les soudanais se sont exprimés, nous allons le faire. C’est indéniable, nul ne peut l’empêcher. Même si on mettait un PA devant chaque foyer, les gens sortiront et les PA seront obligés d’abdiquer ou de se mettre en retrait. On ne peut pas confisquer la souveraineté du peuple. Je vous l’assure et vous certifie que le peuple est fin prêt. Nous attendons le coup d’envoi qui ne peut être donné que de ceux qui veulent provoquer le peuple et cette provocation viendra d’un projet ou d’une proposition de loi de modification de la Constitution dans le but d’octroyer un pouvoir à vie à monsieur Alpha Condé et de le mettre éternellement au pouvoir. Dès que cette annonce sera faite, le Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) prendra les dispositions idoines et concrètes, voire même appropriées pour mettre en déroute, si nécessaire, ceux qui veulent fossoyer notre Constitution au détriment du peuple qui est souverain.

Entretien réalisé par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

Tél : 622 68 00 41

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