Vieux de près d’un demi-siècle, le Centre de Formation Professionnelle (CFP) de Donka, dans la commune de Dixinn, continue à évoluer avec des machines plus que jamais dépassées. Certaines d’entre elles datent de la période de la Révolution, le régime de Sékou Touré. A ce manque criard de matériels, s’ajoutent d’autres difficultés d’ordre pédagogique et financier.

Pour évoquer ces difficultés, un reporter de Guineematin.com s’est entretenu hier vendredi, 12 avril 2019, avec Elhadj Alghassimou Diallo, chef d’atelier de la section Menuiserie dudit CFP. Notre interlocuteur a saisi l’occasion pour énumérer une panoplie de tares qui minent ce centre, créé dans les années 1970.

Guineematin.com : faites-nous un bref rappel historique de la création du Centre de Formation Professionnelle de Donka.

Elhadj Alghassimou Diallo : avant ce centre, c’était le collège et le lycée technique qui étaient ici. Ce n’était pas un centre de formation professionnelle. C’est en 1975 qu’on a supprimé le collège et le lycée technique. On les a transformés en Institut Polytechnique Secondaire(IPS). De 1975 jusqu’en 1984, nous avons fonctionné comme Institut Polytechnique Secondaire.

A la prise du pouvoir par l’armée, les programmes de formation ont été modifiés et les noms aussi ont changé. De l’Institut Polytechnique Secondaire, nous sommes revenus au Centre de Formation Professionnelle (CFP). Et depuis ce temps jusqu’à nos jours, c’est ce centre qui fonctionne.

Guineematin.com : quelles sont les difficultés que vous rencontrez aujourd’hui ?

Elhadj Alghassimou Diallo : les difficultés que nous rencontrons ne sont pas particulières au CFP Donka. C’est des difficultés générales pour tous les centres de formation professionnelle. Ces difficultés peuvent être d’ordre pédagogique, de formation et de financement.

Ces difficultés commencent, s’il faut le dire, du recrutement de nos enfants. On nous envoie des enfants qui ne sont plus à l’école. Celui qui ne réussi pas son entré en 7ème année, celui qui ne réussi pas son brevet ou son baccalauréat, ou les enfants qui ont abandonné les études depuis longtemps et que la famille veut qu’ils fassent quelque chose, on les envoie au CFP.

En général, ces enfants n’ont pas de niveau. Et si l’enfant n’a pas de formation académique qui s’adapte au programme, tu vas beau lui expliquer, il comprendra difficilement.

La deuxième difficulté est d’ordre pédagogique, propre à nous professeurs de l’enseignement technique. Au niveau de l’enseignement technique, le corps professoral vieilli. Les techniciens d’avant, qu’on avait engagés dans la formation professionnelle, qu’on a formés pédagogiquement pour enseigner à l’enseignement technique, ce groupe vieilli. Et, on n’a pas cherché la relève.

Maintenant, la relève qu’on est en train de chercher, leur niveau académique est très faible, à plus forte raison la formation pratique. Parce que, pour un enseignant technique, il faut avoir une formation académique, pratique et pédagogique. Si ces trois formations ne se complètent pas, tu ne donneras pas une formation adéquate.

La troisième difficulté est d’ordre financier. Je peux dire que c’est un cas général pour tous les centres. L’enseignement technique coûte cher. Puisque nous avons la formation théorique et la formation pratique, la formation théorique n’a pas un coût. Mais, la formation pratique a toujours des coûts, puisqu’il faut payer du matériel, il faut payer de l’outillage, etc.

Le financement pour les travaux pratiques, pour permettre aux élèves de pratiquer, fait défaut. On ne peut pas dire qu’il n’existe pas, mais il est très faible. Le budget que le département alloue à ces centres de formation est très faible. Ça ne permet pas aux gérants des centres de formation de pouvoir satisfaire les besoins de chaque section en matière de formation pratique.

Guineematin.com : est-ce que les machines que vous utilisez répondent à vos besoins actuels ou bien c’est des machines obsolètes que vous utilisez ?

Elhadj Alghassimou Diallo : nous utilisons les machines du premier régime ici à Donka. Les machines que nous utilisons ici, ont été commandées au temps de Sékou Touré. Ce sont ces machines que nous utilisons jusqu’à présent. Donc, je ne peux pas vous dire combien de fois elles sont vieilles. Elles sont fatiguées. Tout le régime de Lansana Conté, elles n’ont pas été renouvelées.

Et Alpha Condé est venu, mais jusqu’à présent, ça n’a pas été renouvelé. C’est avec ces machines que nous nous débrouillons. Il y a eu tellement de modifications, pour que les machines puissent fonctionner, certaines n’ont plus leurs pièces d’origine.

Guineematin.com : quel message avez-vous alors à lancer à l’endroit du département de l’enseignement technique ?

Elhadj Alghassimou Diallo : nous leur demandons de revoir les programmes de formation. Les programmes de formation que nous avons actuellement datent de très longtemps et la science évolue. Nous leur demandons de financer la formation. La formation technique, si elle est bien gérée, en 5 ans, elle peut s’autogérer à 80%. Donc, c’est de chercher à réorganiser et à financer l’enseignement technique.

Propos recueillis Saidou Hady Diallo pour Guineematin.com

Tel: 620 589 527/654 416 922

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