Comme annoncé précédemment, Souleymane Keïta, coordinateur de la cellule de communication du RPG Arc-en-ciel et conseiller à la présidence de la République, chargé de mission , a accordé une interview à Guineematin.com dans la soirée du mardi, 16 avril 2019. Après la première partie dans laquelle nous avons parlé de la condamnation de Paul Moussa Diawara, nous vous proposons ci-dessous le décryptage de la seconde partie qui porte sur la brûlante question de la modification de la constitution souhaitée par le pouvoir de Conakry.

Ce qui permettrait au président Alpha Condé de briguer un troisième mandat. Ce responsable du parti au pouvoir a tiré à boulets rouges sur les opposants au changement de constitution, avant de prévenir que personne ne peut empêcher la réalisation de ce projet.

Décryptage !

Guineematin.com : l’actualité est marquée par le débat autour de la modification de la Constitution actuelle pour permettre au président Alpha Condé de briguer un troisième mandat. Il y a d’un côté, les partisans du pouvoir qui font la promotion de ce projet, et de l’autre, les opposants et certains activistes de la société civile qui se battent contre toute idée de troisième mandat. En tant que responsable du parti au pouvoir et conseiller du président de la République, quelle est votre position sur la question ?

Souleymane Keïta : d’abord, vous posez deux (2) problèmes différents : le premier est la modification de la constitution qui est un droit que la constitution elle-même confère au président de la République et à l’Assemblée nationale en tant que toutes deux des institutions de la République. Et l’autre, ce troisième mandat. Je ne parle pas de ça. Parce que pour moi, c’est un débat prématuré et insensé.

Cependant, la question sur la modification de la constitution est bel et bien un sujet qu’on doit débattre. Parce que c’est fondamental. Vous savez que la démocratie, c’est un système de gouvernance basé essentiellement sur la possibilité que ce régime offre aux citoyens de participer à leur gestion.

Donc si on se retrouve dans une situation où le peuple qui est gouverné n’a plus le droit de s’interroger sur la façon dont il est gouverné, bien-entendu, il n’y a plus de démocratie. Et je crois que nous relevons assez de problèmes dans notre constitution, notamment  la substance même qui constitue le fondement de toute constitution, c’est le processus d’adoption qui importe le plus.

Quelle que soit la beauté d’un texte constitutionnel, lorsqu’il n’est pas adopté conformément aux dispositions de la loi qui consistent d’ailleurs à faire un référendum, ce n’est pas une constitution. Alors pour nous, le débat aujourd’hui, c’est de voir est-ce que les pouvoirs publics, l’institution en charge, notamment le président de la République, décident de soumettre une constitution au peuple de Guinée. Nous, nous le souhaitons très ardemment.

Parce que nous pensons que dans notre pays, ce processus doit se faire, la société doit évoluer. Il y a beaucoup d’éléments concrets sur lesquels nous devons murir la réflexion, qui ne sont pas traités de façon intelligente dans les textes actuellement qui régissent notre société. Et moi, en tant que responsable du parti, je pense que doter le pays de nouvelles lois qui permettront au pays d’évoluer,  en termes de démocratie, en termes de société, de modèle sociale adapté aux réalités actuelles, ne peut être mise qu’à l’actif du bilan politique que nous revendiquons jalousement.

Parce que vous savez que le bilan d’un président, d’une gouvernance, n’est pas qu’économique, n’est pas qu’infrastructurel, n’est pas que social. Le bilan, il est aussi politique. Lorsque vous êtes capables de doter votre société d’un ensemble de règles formelles qui pourront assurer à la fois la stabilité, mais aussi l’évolution de la société vers le perfectionnement, bien-entendu, nous, nous mettons ça au compte du bilan politique. Donc pour nous, cette modification de la constitution prévue, si c’est posé, le RPG soutiendrait et le RPG va même solliciter cela, parce que nous en avons besoin.

Guineematin.com : monsieur Keïta, vous faites partie de ceux qui voudraient que la constitution actuelle soit modifiée. Mais, une bonne partie de l’opinion a du mal à comprendre qu’on ait attendu jusqu’à la fin du second mandat du président Alpha Condé pour poser ce problème.

Souleymane Keïta : il n’y a pas de période pour modifier une constitution lorsque ceux dont la loi permet de prendre l’initiative le prennent. Au fait, les gens ne poussent pas la réflexion jusqu’à un certain niveau. Modifier la constitution en 2012 ou en 2013, la modifier en 2015 ou en 2016, et la modifier en 2019, ça a le même résultat politique. Beaucoup de gens pensent que modifier la constitution, puisque la loi n’est pas rétroactive, c’est donner la possibilité au président de la République de se représenter. Mais je vous rappelle que modifier la même constitution en 2012 produirait le même résultat.

C’est-à-dire, donner la possibilité au président de la République de se représenter à une élection présidentielle. Mais là n’est pas le débat. Le débat, c’est quel héritage on veut donner à la Guinée. Et moi, c’est ce qui m’intéresse. Et, je pense que c’est ce qui intéresse le président de la République parce qu’il s’est battu pour non seulement l’instauration de la démocratie en Guinée, mais pour faire en sorte que les bases qui consolident cette démocratie soient maintenues, et avec lui. Et, c’est ce que nous sommes en train de faire. C’est pourquoi, j’ai dit que ceux qui s’opposent à ça, sont simplement dans la diversion.

Mais en réalité, ce que vous être en train de dire, c’est seulement un poignet de citoyens notamment entretenus par quelques politiciens qui n’ont plus d’arguments à donner à la population. Sinon, le peuple est convaincu de la pertinence de la modification constitutionnelle en Guinée. Je peux vous relever un certain nombre d’éléments simples : premièrement, vous avez une constitution qui désobéit au principe formel connu universellement dans tous les Etats du monde. C’est le mode d’adoption.

Quelle que soit la façon dont le texte constitutionnel est élaboré, son application nécessite forcément le référendum. Il n’y a pas d’alternative possible que par un référendum. Chez nous, la constitution n’a pas été adoptée par référendum.

Qu’est-ce qui s’est passé ? Ce sont des groupes d’intérêts, parce que les forces vives, c’était des groupes d’intérêts : les partis politiques, les syndicats, la société civile, les leaders d’opinion, etc. qui ont décidé de trouver un texte pour nous sortir de la transition. Donc, il n’y a pas eu référendum.  

C’est déjà un premier problème qui fait qu’au niveau international, nous ne pouvons pas nous glorifier de cette constitution qui est contraire aux principes premiers de l’adoption de la constitution. La deuxième chose, c’est que quand vous rentrez dans le contenu, vous avez une constitution où vous n’avez pas d’articles concernant certains aspects importants de la société.

La question par exemple des organisations régionales  n’est pas débattue, alors qu’aujourd’hui, dans toutes les préfectures, dans toutes les communautés, dans toutes les régions, vous voyez ces communautés qui se retrouvent et qui ont une influence réelle sur le fonctionnement de l’administration. Qu’est-ce qu’il faut en faire ? Ce sont des questions qui doivent amener aujourd’hui à la réflexion.

L’autre chose, c’est la vocation panafricaine du guinéen. Quand vous prenez l’hymne nationale de la Guinée et vous regardez la constitution, vous avez l’impression d’être dans deux (2) pays différents, vous avez l’impression que l’hymne nationale que vous chantez est l’hymne nationale d’un autre pays. Parce que ça ne reflète pas les dispositions de notre constitution.

L’autre chose, on vient de sortir des élections communales, vous avez vu, nous avons 114 députés. 114 députés, c’est fait sur la base d’une certaine sociologie, d’une certaine démographie qui aujourd’hui, ne s’adapte plus à la réalité. Ce qui fait que vous allez dans une sous-préfecture comme Banankoro, et vous venez dans une préfecture comme Koubia ou Yomou, vous voyez qu’il y a une disparité réelle.

Prenez une commune comme Matoto qui a 10 fois, si vous voulez, la population de Kaloum mais qui ont le même nombre de députés, tout ça, ce sont des questions qui doivent être relevées. La question des jeunes et des femmes. Aujourd’hui, c’est une Afrique qui bouge.

Comme vous le savez, l’avant dernier sommet de l’Union africaine, le thème, c’était investir dans le potentiel démographique de l’Afrique. 70% de la population africaine est jeune. La Guinée ne fait pas exception à la règle. Quelle est la place qu’on accorde aux jeunes et aux femmes dans cette constitution ?

Est-ce qu’il ne faudrait pas prendre en compte cette dimension-là ? C’est une constitution où il n’y a pas de statut d’ancien chef d’Etat. Tout ça, ce sont des questions qui méritent une réflexion approfondie. Parce que la résolution de problèmes que je viens de soulever, contribue à la stabilité de notre système politique.

Donc, si nous voulons avoir un système stable, un système performant qui permette d’assurer la continuité de l’Etat, on a bel et bien besoin d’amener la réflexion à ce niveau-là. Ça n’a rien à avoir, encore une fois, avec la question de 3ème mandat. Je vous rappelle, le président Wade a modifié la constitution au Sénégal dans l’intention de se représenter à une élection, l’élection qui a suivi, il a été battu. Ça dépend de qui tu as en face.

Nous, nous sommes au RPG, ce débat viendra. Et, on sera prêt pour en discuter. Pour le moment, ce qui nous intéresse, c’est de parachever notre travail. Et, le parachèvement de ce travail prend en compte le principe qui consiste à doter de textes propres, des textes clairs, indemnes de toute confusion pour permettre à notre pays d’évoluer dans la sérénité.

Comment vous pouvez expliquer par exemple que lors d’une élection communale, que ça soit des partis politiques qui  imposent leur volonté aux communautés ? L’exemple illustratif s’est passé à Kindia : Abdoulaye Bah a voulu défier toute la notabilité de Kindia, alors dans les élections communales, il y a une dimension sociologique qui doit être prise en compte.

Nous par exemple au RPG, nous avons perdu à Faranah parce que tout simplement nous avons imposé un candidat qui n’était pas le choix de la population sous une dimension sociologique et historique, et du coup, le parti a perdu. La même chose s’est passée à Kindia. Ce sont des éléments pertinents que nous devons amener aujourd’hui à la réflexion, appeler les constitutionnalistes à voir, à nous aider à voir comment on intègre l’ensemble de ces questions dans l’approche future.

En Guinée, vous avez plus de 10 institutions pour rien, ça ne sert à rien. Donc voilà, on ne récuse pas de manière systématique cette constitution puisque de toutes les façons, on l’a conçu dans un contexte de crise dans lequel les intérêts antagonistes se poirotaient par-ci, par-là. Aujourd’hui, doter notre pays d’une nouvelle constitution, va permettre au président de la République d’aider la Guinée à avoir des textes qui permettent de résister au temps et de régler toutes les crises latentes dans les dispositions mêmes de nos textes de lois.

Guineematin.com : en ce qui ce qui concerne a question du troisième, même si vous dites qu’elle n’est pas encore posée, elle fait l’objet de débats dans le pays. C’est d’ailleurs pourquoi beaucoup s’opposent au projet de nouvelle constitution parce qu’ils estiment que ce projet vise à offrir au chef de l’Etat une présidence à vie. Vous qui êtes proche du président Alpha Condé, dites-nous, est-ce qu’il nourrit personnellement cette ambition ?

Souleymane Keïta : moi, je ne parle pas de ça. Si le président se prononce, il se prononce publiquement. Pour le moment, c’est un débat qui est ouvert. Et je crois que ce n’est pas le président qui a ouvert, c’est l’opposition même qui a ouvert le débat de la constitution. Parce que tout simplement, elle est une opposition sans vision et sans stratégie. C’est l’opposition qui a ouvert le débat.

Je vous dis, la raison, elle est toute simple. Ils ont toujours voulu que président se prononce sur la question du 3èmemandat, le président n’a pas à se prononcer sur une question de 3ème mandat. Le 3ème mandat n’est pas constitutionnel. Le président de la République ne peut pas se prononcer sur un sujet inutile comme ça.

Il s’occupe à autres choses : c’est la réalisation de ses promesses, c’est la mise en œuvre de son projet de société qui, du reste, connait une adhésion de la population guinéenne. Que cela n’en déplaise aux détracteurs, aujourd’hui la Guinée est en chantier. Dans toutes les régions, la Guinée est en chantier. Donc ce débat, pour nous, n’a pas de sens.

Je considère comme je l’ai dit tantôt, faire les routes, faire des barrages hydroélectriques, appuyer les agriculteurs, favoriser la promotion des jeunes et des femmes, faire des textes qui permettent de définir de nouvelles règles adaptées à la réalité de notre pays, pour la Guinée, fait partie aussi de notre bilan.

Donc pour moi, doter la Guinée d’une nouvelle constitution avec bien-entendu la volonté du peuple, parce qu’il appartient au peuple de décider,  c’est la loi qui permet au président de la République de prendre l’initiative et de soumettre à la population. Personne, encore personne ne peut s’opposer à ce que le président veuille interroger la population sur un modèle politique, social et économique qu’il veut lui soumettre.

Personne ne peut empêcher cela, fût-il un leader politique. Et nous, on le fera s’il plaît à Dieu pour permettre à la Guinée d’avoir des textes qui permettent d’assurer sa stabilité, son développement, mais aussi le vivre en commun.

Guineematin.com : il y a quand même l’opposition, dans son ensemble, plus des activistes de la société civile et des défenseurs des droits de l’Homme qui se sont retrouvés pour former un mouvement dénommé Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC). Ne pensez-vous pas que tous ces réunis peuvent empêcher le projet de modification de la Constitution ?

Souleymane Keïta : c’est ridicule. A la limite, c’est une diversion. C’est un mariage forcé entre des gens qui ne peuvent pas être épousés par le même mari : l’UFR, l’UFDG, Balai Citoyen, PEDN et que sais-je encore. Je relève deux choses dans la formation de ce front : d’abord c’est insensé, vous avez l’impression que ce sont des ignorants qui se sont réunis pour le faire. Parce que ce que la loi permet, ce que la constitution permet, un groupe de citoyens ne peut pas se retrouver pour s’opposer à la constitution.

D’abord, c’est anticonstitutionnel ce qu’ils ont fait, ça signifie que leur existence légale doit être mise en cause et conséquemment, ils ne devraient pas avoir la possibilité d’exercer en tout cas si c’est moi qui décide, ça c’est un.

La deuxième chose, c’est l’identité de ceux qui composent cette structure. Dans le débat constitutionnel en Guinée, il y a un certain nombre de personnes qui sont disqualifiées, au premier rang desquels Cellou Dalein Diallo. Après avoir été ce qu’il a été dans les différents régimes successifs du Général feu Lansana Conté,  il n’a pas droit à la parole quand il s’agit du débat constitutionnel en Guinée. Nous, nous sommes jeunes mais nous savons ce qui s’est passé dans ce pays-là. L’histoire est têtue, il ne peut pas se peindre aujourd’hui en moine pour venir nous enseigner des leçons de démocratie et de bonne gouvernance. Il ne peut pas.

Deuxième, les autres jeunes, ce sont des jeunes malheureusement qui ne comprennent pas. Mais là aussi, ça se comprend. Quand vous prenez le Balai Citoyen, le coordinateur du Balai Citoyen était le coordinateur du mouvement Dadis doit rester quand nous on se battait pour le passage du pouvoir aux civils. Ce sont des démagogues réunis qui n’ont plus rien à prouver devant la population guinéenne et qui veulent nous distraire. Et c’est pourquoi j’ai dit que personne ne peut empêcher au président d’user du droit que lui confère la constitution.

Guineematin.com : après le président Alpha Condé, qui vous voyez prendre la tête du RPG Arc-en-ciel ?

Souleymane Keïta : l’avenir nous en dira. Le RPG est plein de grands cadres. Il y a un bureau politique qui regroupe des cadres chevronnés, des politiciens aguerris qui ont toute leur expérience. Je vous rappelle que le professeur Alpha Condé a dirigé ce parti avec des cadres qui ont continuité à faire fonctionner le parti pendant que le président était en prison. Le RPG était encore plus fort lorsque le président était en prison. C’est des gens qui ont fait fonctionner le parti en ce moment, ils sont là, ils ont la connaissance, le sens politique et tout ce qu’il faut pour continuité à faire la relève.

Guineematin.com : c’est la fin de cet entretien. Quel est votre mot de la fin ?

Souleymane Keïta : le dernier mot, je profite de votre médium pour lancer cet appel aux responsables du parti, aux jeunes du parti, aux femmes de Guinée, de comprendre que nous sommes à la croisée des chemins et que nous sommes à un carrefour important de notre histoire. Notre pays doit avancer, le changement a commencé, le changement doit continuer.

Aujourd’hui, nous sommes en démocratie grâce au professeur Alpha Condé qui laisse à chacun de s’exprimer. Cependant, nous sommes fatigués par les pagailles organisées souvent par les partis de l’opposition, notamment l’UFR et l’UFDG qui manipulent des jeunes loubards pour venir perturber chaque fois que des manifestations sont organisées.

Ce n’est pas civilisé, ce n’est pas intelligent, ce n’est pas stratégique. Ça prouve à la limite leur perte d’espoir. Mais, qu’ils comprennent que les jeunes du RPG sont déterminés et prêts à agir. Qu’ils arrêtent de venir perturber les manifestations.

S’ils sont contre la révision ou la modification constitutionnelle, qu’ils organisent des manifestations à leur tour pour montrer leur mécontentement. Mais, ne profitez pas des manifestations de la mouvance, pour venir semer le désordre. Celui qui le fait désormais, il aura à faire avec le parti et il aura à faire avec la loi.

Entretien réalisé par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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