L’incendie survenu lundi, 15 avril 2019, à la cathédrale Notre-Dame de Paris, placée comme patrimoine mondial de l’UNESCO, et monument historique le plus visité d’Europe, a créé une chaîne de solidarité à travers le monde. Dans une interview accordée à un reporter de Guineematin.com dans la journée d’hier mercredi, 17 avril, Monseigneur Vincent Coulibaly, archevêque de Conakry a dit la tristesse de tous les fidèles chrétiens face à ce drame.

Il a aussi expliqué les initiatives envisagées par les chrétiens de Guinée en faveur de leurs coreligionnaires de Paris. Avec l’archevêque de Conakry, il a été également question de la fête de Pâques.

Guineematin.com : en tant qu’archevêque de Conakry, comment avez-vous accueilli la nouvelle de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris ?

Monseigneur Vincent Coulibaly : c’est avec beaucoup de peine et de douleur que nous avons appris, grâce aux médias, ce terrible incendie qui a détruit une grande partie de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris. Devant cette situation douloureuse, notre premier réflexe a été de nous tourner vers le seigneur, notre Dieu, pour demander son soutien, pour demander sa grâce, pour demander sa bénédiction. Et dans ce cadre, j’ai demandé aux chrétiens que dans toutes les paroisses, qu’il y ait une messe.

J’ai demandé qu’une messe soit célébrée dans toutes les paroisses à l’intention de l’archevêque de Paris, ses collaborateurs, des chrétiens de son diocèse et de tous les chrétiens de France. Vous savez, la messe, c’est le plus grand sacrifice du chrétien, c’est le plus grand sacrifice que nous offrons au seigneur dans notre vie de tous les jours. Comme deuxième réflexe, j’ai demandé aussi, que pendant cette messe qui sera célébré dans les paroisses, une quête, c’est-à-dire qu’une collecte soit organisée.

Que l’argent recueilli au cours de cette collecte soit envoyé à l’archevêché de Paris comme modeste contribution des chrétiens de Guinée à la mobilisation de fonds qui est en train de se mettre en place aujourd’hui. Et, nous sommes en communion profonde avec les chrétiens de France qui vivent aujourd’hui une situation terrible. Et nous pensons qu’avec la collaboration, la solidarité qui se manifeste, et en France et à travers le monde, Notre-Dame-de-Paris sera rebâti, Notre-Dame-de-Paris retrouvera sa place comme lieu de culte, de témoignage du chrétien en France.

Guineematin.com : on sait que cette cathédrale était le monument le plus visité d’Europe. Quel impact cet incendie pourrait causer au sein de l’opinion en Europe et dans le monde ?

Monseigneur Vincent Coulibaly : oui, ce n’est pas seulement les croyants qui visitaient cette cathédrale, beaucoup de personnes non chrétiennes venaient. C’était un centre culturel, les gens apprenaient sur l’architecture, la religion aussi. Mais, c’est un grand désastre du monde, et pour les touristes et pour les croyants. Et c’est pourquoi nous chrétiens, nous nous tournons vers Dieu pour lui demander son soutien, pour demander sa grâce pour que cette cathédrale soit reconstruite, pour que cette cathédrale soit rebâtie pour le bonheur de tous les hommes.

Guineematin.com : on sait que le gouvernement guinéen a exprimé sa solidarité vis-à-vis de la communauté catholique de Paris. Est-ce que depuis que cet édifice a pris feu, vous avez pris attache avec les autorités guinéennes, notamment le président de la République ?

Monseigneur Vincent Coulibaly : vous savez, nous, nous sommes à la fin de notre carême. C’est des moments très chargés. Hier, j’avais une réunion avec tous les prêtes ; ensuite, avec la messe et beaucoup d’autres activités que nous avons eues à mener. Donc, ces jours-ci, j’aurais un peu plus de répit pour rencontrer les uns et les autres. Mais pour l’instant, notre priorité, c’est de nous tourner vers Dieu pour achever, dans les meilleures conditions, ce temps de pénitence que nous avons commencé il y a bientôt 40 jours.

Guineematin.com : qu’est-ce qui est prévu justement à l’occasion de la fête de Pâques qui marque la fin du carême chrétien ?

Monseigneur Vincent Coulibaly : à la fin du carême, c’est le rite habituel. C’est le jour de pâques. Il y a la veillée pascale d’abord, les baptêmes et beaucoup d’autres célébrations. Ce que l’église, notre mère a prévu, nous suivons cela. Tous ces rites que nous allons poser, le message fondamental, c’est le renouvellement intérieur de l’homme. Qu’on soit des hommes et des femmes nouveaux, que la pénitence que nous avons eu à faire durant ces 40 jours ait un impact dans notre vie de chaque jour, que nous soyons des hommes transformés, des hommes qui vont s’entendre davantage avec leurs prochains, qui vivent davantage dans l’amour et la fraternité.

Donc, si j’ai un souhait à donner à tous les chrétiens, c’est celui-ci. Que nous soyons des hommes nouveaux, des hommes qui s’aiment et qui vivent dans la fraternité pour que notre Guinée soit un paradis. C’est-à-dire un lieu où il fait bon vivre.

Guineematin.com : vous disiez avoir un calendrier chargé. Comment se passent ces préparatifs ?

Monseigneur Vincent Coulibaly : oui, c’est vrai, il est chargé. Nous avons beaucoup d’activités. Par exemple demain, c’est le jeudi saint. Donc, jeudi, vendredi, samedi… ce sont les trois jours, on les appelle tribune pascale. Ce sont des moments très forts, très intenses que nous devons vivre. Le jeudi, nous allons commémorer Jésus avant sans mort, à laver les pieds de ses disciples. C’est pour nous dire que nous aussi, nous devons nous aimer les uns les autres. Donc, nous allons commémorer cela demain.

Et dans le programme du Pape François, c’est prévu qu’il aille même dans une prison de Rome pour célébrer la messe et laver les pieds de 12 prisonniers. Le pape François va le faire demain. C’est pour dire que, comme Jésus l’a enseigné, comme Jésus l’a fait, il est venu pour servir et non pour être servi. Pour dire que nous prêtres, évêques, cardinaux, papes, nous ne sommes là que pour servir l’homme, pas pour être servi. Et puis le vendredi, c’est le chemin de croix.

Donc, nous allons commémorer toutes les situations difficiles que Jésus a eu à vivre sur le chemin du Golf gotha, où il a tout subi, où on a craché sur lui, on a même mis la couronne d’épine sur sa tête, la croix sur ses épaules. Toutes ces souffrances-là seront commémorées. C’est pour montrer comment Jésus nous a aimés. Il n’y a pas grande souffrance que de donner sa vie à ceux qu’on aime. Nous chrétiens, Jésus nous a aimés jusqu’à donner sa vie pour nous…

Mais, pour nous croyants, pour nous chrétiens, avec la mort de Jésus, tout n’est pas fini. Il résidera dans le tombeau, mais trois jours après, il va ressusciter. Et, c’est dans ce sens que je disais au début, que le renouvellement intérieur nous est demandé. Comme Jésus est ressuscité des morts, nous aussi nous allons ressusciter mais au niveau du changement intérieur de l’homme pour qu’il y ait plus d’amour, plus de fraternité, plus de paix dans le monde.

Entretien réalisé par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

Facebook Comments

Commentaires

Alpha Guineematin.com