Les occupants du centre de formation et de réinsertion des personnes handicapées de Kindia sont obligés désormais de quitter les lieux. Après la méthode pacifique qui n’a pas porté fruit, les autorités ont décidé de les déguerpir de force. C’est ainsi qu’une équipe d’agents de sécurité est allée démolir le centre dans la nuit du lundi au mardi, 16 avril 2019. Une décision qui irrite les personnes handicapées qui vivaient et travaillaient sur les lieux, rapporte le correspondant de Guineematin.com à Kindia.

Surprise et colère, ce sont les sentiments qu’exprime Fodé Bakary Camara, le président de l’association guinéenne pour la formation et la réinsertion des personnes handicapées, suite à la démolition de ce centre. Il dénonce un véritable auquel se seraient livrés les agents qui ont mené l’opération sur le terrain.

« C’est aux environs de 3 heures du matin que mon secrétaire m’a informé qu’ils ont trouvé notre centre détruit. Je lui ai demandé par qui, il m’a répondu qu’il ne sait pas. Arrivé sur les lieux, j’ai demandé aux policiers qui étaient sur place mais ils n’ont donné aucune réponse, et ils m’ont empêché d’entrer. Ils ont embarqué tous nos objets dans quatre camions pour les envoyer. Ils ont emporté également les commandes de nos clients et une somme de 137 millions de francs qu’on gardait dans le centre.

D’après certains de nos amis, c’est le commerçant Ly qui est derrière tout ça, et ce monsieur nous suit depuis 10 ans. Pourtant, toutes les autorités sont au courant de notre situation dans ce centre. Donc là où nous sommes aujourd’hui, nous voulons qu’on tue tous les handicapés de Kindia. Sinon, on ne va pas quitter », a martelé Fodé Bakary Camara.

Interrogé sur la question, Elhadj Alpha Oumar Ly, l’opérateur économique accusé d’être à l’origine de la démolition de ce centre, a indiqué que ce sont les autorités qui ont mené cette opération. Mais, il précise que c’est à lui que l’endroit revient parce qu’il l’a acquis sous forme de bail avec le gouvernement. « Le gouvernement nous a octroyé ici sous forme de bail depuis plusieurs années. Les handicapés avaient, alors, demandé à ce qu’on leur trouve une place où ils vont s’installer. On leur a trouvé une place à Sarakolléah.

Nous avons rencontré le ministère de l’action sociale pour verser une somme de 224 millions de francs pour construire les lieux. Ils ont trouvé un ingénieur à Conakry pour venir travailler le bâtiment et la cour, puis mettre des dallettes. Nous avons respecté tous nos engagements vis à vis du gouvernement. Et, tout ce que les handicapés ont demandé, on l’a respecté.

Les documents signés par toutes les parties existent. Tout cela a été validé par la préfecture, le gouvernorat, le département, le patrimoine bâti public et le gouvernement. Par après, on leur a dit de déménager là bas. Entretemps, je crois que quelqu’un les a manipulés afin de refuser catégoriquement les lieux pour aller là où on a construit pour eux.

En ce qui concerne la démolition, je n’en suis pas du tout responsable. C’est un travail de l’huissier. Même le Premier ministre, Kassory Fofana, a été saisi de cette affaire. J’ai toujours eu raison. Donc, l’huissier est passé d’abord par la sensibilisation. Il a rencontré toutes les autorités, à savoir le préfet, la mairie, le tribunal, le chef de quartier et le chef secteur, mais aussi les occupants des places pour qu’ils libèrent les lieux. Ils ont réfusé en disant qu’ils ont un appui.

Donc cette fois encore, l’huissier est venu, il leur a demandé de sortir, mais ils ont refusé. C’est ainsi qu’il a pris les agents pour aller les déguerpir de force. Suite à cela, les handicapés et d’autres loubards se sont associés pour aller piller et brûler nos magasins et boutiques qui sont à côté du centre », a expliqué l’opérateur économique.

Une version corroborée par le procureur de la République près le tribunal de première instance de Kindia. Selon Mamadou Dian Bora Diallo, « quand j’ai pris fonction au mois d’août dernier, j’ai trouvé ce dossier sur la table. Donc je tiens à informer la population de Kindia que c’est une décision qui a été signée par monsieur le procureur général près de la cour d’appel de Conakry, et à tous les niveaux, les gens ont été sensibilisés.

Ce sont ces handicapés qui ont été porteurs d’un projet de construction d’une maison pour eux, pour qu’ils puissent déménager et quitter ce centre. Ils ont reçu même des satisfecits. Donc, c’est l’exécution de ces différentes décisions qui a eu lieu.

A noter que plusieurs commerces appartenant à Elhadj Alpha Oumar Ly ont été pillés et incendiés par des personnes handicapées, appuyées par d’autres jeunes. On ne signale, pour l’heure, aucune arrestation.

De Kindia, Amadou Baïlo Batouala Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 628516796

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin