Chers militants et militantes du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) !

Permettez-moi de m’adresser à vous en cette période de grande incertitude que traverse notre pays !

En effet, nous sommes en passe de vivre un événement politique qu’aucun de nous n’aurait imaginé si le RPG parvenait à conquérir le pouvoir, il y a juste quelques années. Il s’agit bien de l’adoption d’une nouvelle constitution, qui permettra probablement au président en exercice de briguer un troisième mandat. Des velléités de mettre le compteur à zéro.

Pour la petite histoire, le 2 octobre 1958, notre pays a accédé à l’indépendance sous le leadership de son Excellence Ahmed Sekou Touré. Mais très tôt, des voix s’élevèrent pour dénoncer le système de gouvernance que celui-ci avait mis en place. Il régna 26 ans sur le pays, que ses détracteurs qualifièrent selon leur propre expression de « règne sans partage ». Le 26 mars 1984, il s’éteignit brusquement aux États-Unis et le 3 avril, de la même année, un groupe de militaires avec à sa tête le colonel Lansana Conté, prit le pouvoir.

Devenu général suite au coup d’État manqué de juillet 1985, Conté fera 24 ans au pouvoir à son tour, avant de s’éteindre le 22 décembre 2008, à la suite d’une longue maladie. Comme en 1984, dès l’annonce de sa mort par le President de l’Assemblee nationale, aussitôt un groupe de militaires avec à sa tête le Capitaine Moussa Dadis Camara, s’accapara du pouvoir.

Bref, le PDG-RDA qui porta le President Ahmed Sékou Touré au pouvoir en 1958, tout comme le PUP (Parti de l’Unité et du Progrès), créé dans la foulée avec l’avènement du multipartisme et qui permit au Président Conté de briguer plusieurs mandats successivement, n’ont réussi à garder le pouvoir après la disparition de leurs leaders respectifs.

Ainsi, l’indépendance a été acquise, mais au fil des années le clivage social s’est approfondi avec les crimes politiques commis, que les citoyens évoquent toujours comme prétexte pour justifier leur adhésion à tel ou tel parti politique.

C’est dans ce contexte que le RPG gagna au second tour de l’élection présidentielle de 2010, organisé plusieurs mois après le premier tour. Ce fut, il faut le rappeler, entre les deux tours de cette élection, qu’est né le fameux RPG-Arc-en-ciel. Il peut y avoir une nation Arc-en-ciel, mais un parti politique Arc-en-ciel, si ce n’est le premier du genre dans le monde entier.

Des politiciens véreux ou multicolores dans un pays majoritairement analphabète, c’est une malédiction pour le peuple de ce pays. Le peuple est souverain, mais il peut compromettre sa propre souveraineté s’il est manipulé.

Si en 2001 on n’avait pas modifié la constitution pour permettre au Général Conté de mourir au pouvoir, aujourd’hui nul n’oserait le faire. Hélas ! Et si encore on la réadapte à nos souhaits, on ira indéfiniment de modification constitutionnelle en modification pour n’instituer que ce qui arrange le Président en exercice. Et c’est bien dommage !

Pour qu’un pays soit démocratique, il faudrait d’abord que la démocratie règne au sein même du parti qui le dirige. Tout est incertain pour une succession si un président meurt au pouvoir. Surtout dans un pays où les lois sont bâclées par ceux-là mêmes qui devaient veiller sur son application scrupuleusement !

On aurait pu s’atteler tôt à réformer ce parti, voire le paysage politique du pays pour un lendemain meilleur, stable, sociologiquement, politiquement et économiquement, non plus pour nous-mêmes, mais pour nos fils et petits-fils.

N’oubliez jamais que, tout système de gouvernance fondé sur l’injustice, la ségrégation raciale ou ethnique ou régionale, est condamné à l’effondrement. Tôt ou tard. Le péché finit toujours par avoir raison de la force. Donc, vaut mieux œuvrer au renforcement de l’État de droit. C’est-à-dire, le respect scrupuleux des lois, qui doivent s’appliquer pour tous et sur tous équitablement.

C’est le fait de se dire que sans moi ou sans lui, il n’y a personne d’autre qui peut faire mieux, qui hypothèque l’avenir d’un parti ou d’un pays.

La victoire a beaucoup de parrains, la défaite est orpheline. Aujourd’hui, on dira que ce monsieur n’est pas des nôtres ou qu’il est un frustré ou un rancunier. Je n’en disconviens pas. Je suis, en effet, le neveu de feu Dr Laye Diakité, que tous les anciens militants et militantes du RPG connaissent et qui retiennent de lui un brave combattant de premières heures.

En somme, je suis pour toute modification constitutionnelle, à condition qu’elle ne touche pas la limitation du mandat présidentiel en vigueur. En d’autres termes, je soutiendrai tout projet de modification constitutionnelle s’il vise à redessiner l’échiquier politique du pays pour basculer dans le bipartisme, avec des élections primaires pour le choix des candidats de chaque parti aux postes éligibles.

Espérant une compréhension de mon inquiétude, je vous prie, chers militants et militantes, d’exiger le respect des textes régissant le fonctionnement du parti, surtout lorsqu’il s’agit de prendre des décisions majeures devant affecter l’avenir des générations.

Dr Mory Mandiana Diakité
Ingénieur agronome
Enseignant-chercheur-Écrivain
Email : pendamo@hotmail.fr

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