L’humanité va célébrer demain vendredi, 03 mai 2019, la journée mondiale de la liberté de la presse. Une fête qui intervient à un moment où la presse guinéenne est en pleine mutation avec des difficultés multiples. Pour cette année 2019, le thème va tourner autour de « Médias pour la démocratie : le journalisme et les élections en période de désinformation ».

En prélude à cette manifestation, un reporter de Guineematin.com a donné la parole à Caleb Kolié, Président Directeur Général de la radio Familia FM. Avec l’enfant de Galapaye, il a été question de l’état de la liberté de la presse en Guinée et des problèmes rencontrés par les hommes de médias sur le terrain.

Guineematin.com : l’humanité va célébrer demain vendredi la journée mondiale de la liberté de la presse. Quel est votre regard sur la liberté de la presse en Guinée ?

Caleb Kolié : vous savez chaque année, c’est toujours un moment d’émotion et de constat pour nous professionnels des médias de faire un constat sur le terrain par rapport à la liberté de la presse. Le constat qu’on peut faire sur la liberté de la presse dans notre pays, est que, c’est dommage, c’est un recul par rapport à l’année passée. L’année passée déjà, le constat n’était pas très bien. Vous savez que cette année, avec le rapport de Reporter Sans Frontières, je crois que la Guinée a encore accusé un pas en arrière par rapport à cette liberté. Tout dépend de l’appréciation que nous pouvons faire par rapport à notre position. Mais, je crois que le constat est mitigé et qu’on ne peut pas s’en enorgueillir. On a beaucoup de choses à faire, même si en Guinée, il y a un semblant de liberté totale d’expression dans notre pays. Mais, il faut reconnaître que beaucoup reste à faire encore pour qu’on puisse être vraiment libre, même si la responsabilité de ce manque de liberté est partagée tant au niveau de l’Etat que des professionnels des médias où il y a beaucoup de choses qu’on doit régler à la base.

Guineematin.com : en clair, vous voulez dire que la presse n’est pas suffisamment libre en Guinée ?

Caleb Kolié : oui bon, puisque nous parlons de la Guinée, sinon dans le contexte global, la presse n’a jamais été suffisamment libre, même dans les pays Occidentaux où on pense que la liberté de la presse a atteint son paroxysme. Je crois que c’est de l’utopie que de croire que nous pouvons atteindre une certaine liberté d’expression comme nous le cherchons. Mais en Guinée, il faut reconnaitre qu’il y a des failles qu’il faut essayer de raccommoder pour qu’on puisse atteindre au-moins un idéal de liberté d’expression. Moi, je l’ai toujours dit, que c’est une conquête permanente des professionnels des médias pour qu’on puisse atteindre ce que nous voulons. Parce que nous les journalistes, nous voulons montrer au peuple ce que les gouvernants veulent cacher.

Guineematin.com : quels reproches peut-on faire aux journalistes ?

Caleb Kolié : oui, justement parce que j’ai dit que la responsabilité est partagée. Mais aujourd’hui, le premier reproche qu’on peut faire, c’est qu’il y a un manque de formation. On a l’impression que c’est un dépotoir, parce que ceux qui échouent dans beaucoup de domaines se retrouvent paradoxalement dans notre corporation. Je crois qu’en notre sein, il faut qu’on essaie de revoir quel est le mécanisme qu’il faut adopter pour qu’on puisse avoir un contexte plus approprié, plus sain, pour essayer de conforter vraiment le combat qui est la conquête permanente de la liberté d’expression.

Guineematin.com : et puisque la responsabilité est partagée, quel reproche vous avez à l’endroit des décideurs ?

Caleb Kolié : ça a toujours été le même, parce que partout dans le monde entier, c’est-à-dire que les gouvernants sont des gens qui ont tendance très souvent à cacher les choses. Et nous, notre rôle, c’est de faire voir ces choses. Parce que le rôle du journaliste, c’est d’informer objectivement l’opinion nationale et/ou internationale et orienter cette opinion vers le sens du développement. Et très souvent, les gouvernants qui sont les politiques pensent la même chose, mais veulent cacher les failles, veulent cacher les choses qui ne vont pas dans le bon sens. Donc nous, c’est ce qui n’est pas dans le bon sens que nous montrons. C’est pourquoi dans l’adage, quand nous sommes à l’école du journalisme, on dit souvent que nous parlons du train qui n’arrive pas à l’heure ; le train qui arrive à l’heure, ce n’est pas notre problème. Donc, ce qui ne va pas, c’est ce que nous montrons à nos lecteurs, à nos téléspectateurs, ou à nos auditeurs.

Guineematin.com : aujourd’hui, qu’est-ce qu’il faut faire pour apporter une certaine amélioration ?

Caleb Kolié : je crois qu’au niveau de la presse, on doit multiplier les formations et on doit surtout avoir notre convention collective. Parce que c’est vrai, les journalistes, ceux qui sont les vrais, ont de la peine à joindre les deux (2) bouts. C’est très difficile. Ce qui fait qu’il est difficile d’être indépendant quand on est journaliste dans notre pays. Parce qu’on dit, ventre affamé n’a point d’oreilles. Si les journalistes ne sont pas bien rémunérés, si les journalistes ne sont pas bien outillés, je crois que ce sont des personnes avant tout qui ont besoin de faire face à des responsabilités au niveau de leurs familles. Donc, si tout cela n’est pas réglé, je pense que le journaliste va souffrir, il va se donner au plus offrant. Et directement, c’est comme de la « prostitution » de notre profession, qui est une profession qui reste très noble.

Entretien réalisé par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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