Mamadou Dian Baldé, journaliste et directeur de publication du journal ‘’l’indépendant’’ et du magasine  »Émergence »

A l’instar des autres pays du monde, la Guinée célèbre ce vendredi, 03 mai 2019, la 26ème journée mondiale de la liberté de la presse. Une journée qui sera mise à profit par les hommes de médias pour évoquer les problèmes auxquels ils sont confrontés au quotidien dans l’exercice de leur métier.

En attendant de revenir sur cette célébration dans notre pays, Guineemin.com est allé à la rencontre de certains journalistes pour parler de la liberté de la presse en Guinée et les conditions de travail des journalistes sur le terrain et dans les différentes rédactions.

Nous vous proposons, ci-dessous, l’intégralité de l’entretien réalisé avec Mamadou Dian Baldé, journaliste et directeur de publication du journal ‘’l’indépendant’’ et du magasine  »Émergence ».

Guineematin.com : A l’instar de nombreux pays du monde, la Guinée célèbre ce vendredi la journée mondiale de la liberté de la presse. Que peut-on dire de la situation de notre pays ?

Mamadou Dian Baldé : nous disons que cette célébration se déroule à un moment où la liberté d’expression est fortement éprouvée en Guinée. Avec des journalistes qui se font interpeller, dont le dernier cas en date est celui de Lansana Camara. Il y a aussi le cas de ces journalistes qui ont été malmenés par des gendarmes (au PM3 de Matam, ndlr), et dont le dossier est pendant à la justice. Il y a eu le cas de Mohamed Koula Diallo, un de nos anciens collaborateurs qui fut assassiné il y a de cela trois ans. Et, il n’y a toujours eu de lumière sur cette mort.

Guineematin.com : Et, selon vous, qu’est-ce qui pourrait expliquer tout cela, tout ce que vous venez de décrire ?

Mamadou Dian Baldé : disons que c’est la volonté de ce pouvoir de museler toute voix dissonante. C’est un peu comme si on est tenu de se plier aux faits du prince. Le journaliste étant quelqu’un qu’on appelle généralement un chien de garde qui lève le lièvre dans tout système, n’est pas le bienvenu. Vous avez vu d’ailleurs ce qui se passe au-delà même des Pyrénées, en Europe, le métier de journaliste c’est avec beaucoup de risque qu’on l’exerce.

Guineematin.com : à l’occasion d’une rencontre des journalistes francophones à Conakry, l’année dernière, le président Alpha Codé avait laissé entendre qu’il n’y a pas de journaliste en Guinée. Il avait également demandé des comptes aux journalistes après la publication du rapport de Reporters Sans Frontières qui classait la Guinée au 103 rang sur le respect de la liberté de la presse. Comment vous, vous prenez cette façon de faire du chef de l’Etat ?

Mamadou Dian Baldé : c’est l’expression même du mépris du président de la République de la corporation. Il a une préférence pour nos confrères des autres pays. Les journalistes de ces pays comme le Sénégal ont plutôt, comme on le dit leurs ronds de serviettes au palais Sékhoutouréyah. C’est-à-dire qu’ils y sont régulièrement invités. Et, ici, par contre, avant que Alpha Condé ne soit président, ses meilleurs amis, ses collaborateurs étaient surtout les journalistes. A l’époque il n’y avait pas de radio privée. C’était les journaux : l’indépendant, le lynx. Aujourd’hui, le président de la République est un peu hostile aux critiques. Il a une sorte de préférence pour ceux qui font de la communication et qui disent que tout est beau. Mais, le contraire ne passe pas chez lui.

Guineematin.com : Puisque vous parlez des anciens amis d’Alpha Condé, comment comprenez-vous le fait que Mouctar Bah, le correspondant de la RFI, soit suspendu pendant que Alpha Condé est au pouvoir ?

Mamadou Dian Baldé : Je vous dis qu’entre le président et l’opposant, il y a eu de la transition. L’homme a changé, ce n’est plus le même logiciel. Vous évoquez le cas de Mouctar Bah qui était très proche du président de la République depuis la Côte d’Ivoire. Mais, comme je vous l’ai dit, aujourd’hui le président arrive certes à inviter à des dîners les professionnels des médias ou les responsables des associations de presse pour un peu arrondir les angles et pour un peu mettre une sorte de vernie par rapport à toutes ces critiques. Mais, la réalité demeure qu’en Guinée les journalistes ne sont pas les bienvenus. Pour preuve, la loi d’accès à l’information publique n’est pas appliquée. Partout où vous allez, vous vous heurtez au refus des responsables de service, même dans les ministères, de communiquer. Même si le président leur demande régulièrement de s’ouvrir à la presse, c’est tout à fait le contraire chez eux. Sans oublier cette violence exercée par les hommes en uniformes sur les professionnels des médias. C’est au quotidien en quelque sorte. Parce que pour eux, ils n’ont de compte à rendre à personne. Malmener un journaliste, et rien n’en sortira.

Guineematin.com : quelle appréciation faites-vous du travail actuel des journalistes en Guinée ?

Mamadou Dian Baldé : Ceux qui exercent dans cette profession ont du mal à joindre les deux bouts. C’est des gens qui sont sur le fil, parce que le métier ne nourrit pas son homme, ici. Dans les rédactions, les salaires sont à peine payés. Et, la plupart, c’est en monnaie de singe. Le journaliste est tout le temps en manque de sou, il a du mal à s’en sortir. C’est ce qui fait d’ailleurs que le métier est dévoyé. Parce que les gens sont parfois obligés de se plier en quatre devant ceux qui tiennent les cordons de la bourse.

Guineematin.com : certains disent ici que le journaliste, c’est le pauvre qui mange sur la table des grands ?

Mamadou Dian Baldé : Oui, les convives qui viennent partager le repas de quelqu’un. On est dans l’antichambre des grands sans pour autant être au dessus des autres.

Guineematin.com : Merci monsieur Mamadou Dian Baldé !

Mamadou Dian Baldé : c’est moi qui vous remercie.

Entretien réalisé et décrypté par Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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