Amadou Diouldé Diallo, journaliste et historien

Né à Adjamé (Côte d’Ivoire), le 2 janvier 1954, Aly Badara Diakité a rendu l’âme le 04 mai 1996 au CHU Ignace Deen, dans la capitale guinéenne. Guineematin.com vous propose, ci-dessous, l’hommage que lui a rendu un de ses anciens collègues de la radio nationale (RTG), Amadou Diouldé Diallo..

Il nous était venu d’Abidjan au moment où le maestro Justin Morel Junior quittait le micro pour les fonctions administratives de directeur de la télévision nationale et de directeur général de la RTG, puis ministre, laissant de fait un vide difficile à combler.

C’est en ce moment de doute pour trouver un porteur du lourd héritage de JMJ que Aly le grand comme son homonyme vainqueur de la bataille de Badri nous vint des bords de la lagune Ebrié.

Là-bas, il avait ses armes en animation sur les chaînes de radio et dans les célèbres boîtes de nuit d’Abidjan. Ce by night parfumé marquera toute la vie de ABD d’une passerelle d’Abidjan à Conakry.

La musique Aly l’avait dans ses veines, elle irriguait ses artères et faisait exploser de joie les nombreux cœurs de ses millions de fans. Et, cette musique au tempo était distillée à des décibels enivrants accompagnés d’un riche vocabulaire expressif d’un niveau de culture unanimement reconnu.

Oui ABD n’était pas un animateur culturel d’occasion. Il connaissait bien la musique préparait soigneusement ses émissions avant sa prise d’antenne de son samedi féerique à partir de 9 heures 00. Le fils de Nga Sayon qui ne disait jamais son nom les samedis enflammait alors Conakry debout à l’aube pour ne pas rater une seconde de son émission Africa cadence.

La chaude actualité de la Guinée et de l’Afrique était développée par Aly Badara Diakité avec des sonorités langoureuses aux rythmes cadencés de la force et de la vitalité du continent bois d’ébène. L’Afrique dans toute son horizontalité musicale condensée en une heure les samedis, c’était la marque de Aly pour un bon début de weekend. Mais, ce n’était pas tout. Car ABD tenait aussi Conakry by night en haleine dans les présentations des albums des artistes ou des majestueuses et solennelles cérémonies de mariage et de souveraineté.

C’est alors en duo avec l’artiste guitariste animateur Jean Baptiste Williams, ils faisaient toucher le plafond du ciel aux spectateurs. ABD était un génie qui avait la musique africaine en livre de poche comme un condensé kaléidoscopique.

Un génie, un météore comme Boubacar Kanté qu’un destin brutal raccourci la vie sur terre dont le remplacement pose encore problème par manque d’héritiers capables de porter les charges et les fonctions de leur noble mission. Tous deux l’un de Boké l’autre de Dabola ont vécu à Abidjan et ont apporté leur pierre à l’édifice du miracle ivoirien de Félix Houphouët Boigny.

ABD était un animateur fulgurant un homme de culture achevé mais aussi un être généreux et serviable. Je lui dois la vie en cette épouvantable nuit pluvieuse du 24 août 1987 sur la petite côte qui mène à la cité CFP de Ratoma où j’habite. Il était 23 heures 30’. Je venais d’être renversé par un chauffeur qui a pris la fuite. J’avais une fracture semi-ouverte du fémur droit et une grosse plaie ouverte à la tête. Je saignais abondamment et je criais de toutes mes forces au secours. Arrivé juste après l’accident avec son cousin, Doulla Sanoussy, un de mes voisins, ABD fait le bon policier en filant la voiture jusqu’à son stationnement dans la cour de monsieur Lancei Traoré, alors secrétaire général du ministère de l’Industrie.

Après avoir repéré la voiture, ABD revient à mon chevet où se trouvaient déjà ma femme portant au dos notre petite fille, capitaine Ibrahima Bah, un autre voisin, Mahawa Cheik Camara, en état de famille et son mari Padre. Mahawa est la sœur aînée de mon amie Nbalou Ckeik Camara de Fria. A la question de savoir où était le chauffeur qui m’a renversé, ABD demanda à l’assistance de le suivre. Arrivé dans la cour, il indiqua la voiture qui appartenait à Kaba Laye dit « Radio Mali ».

Il fut aussitôt mis aux arrêts et conduit au commissariat ; et, moi, à l’hôpital Donka, puis à Pechiney Fria où je fus opéré le 1er septembre 1987 par Docteur Cissoko de la clinique du Km36. Après 8 mois d’hospitalisation et de rééducation, je repris l’usage de ma jambe droite tandis que celui qui m’a accidenté, monsieur Kaba Laye, dit « Radio Mali », recouvrit sa liberté le lendemain même de l’accident sur instructions fermes de mon père qui s’en était remis à la volonté de Dieu.

Voilà racontée l’odyssée cauchemardesque d’une nuit dont l’obscurité et la brutalité m’auraient ôté la vie sans ce SAUVEUR appelé ABD à qui je formule le vœu d’être parmi les Élus D’ALLAH AU PARADIS MUHAMMAD (PSL) étant son ENVOYÉ.

Amen !

Amadou Diouldé Diallo, journaliste et historien

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