Mamadou N’fa Condé, député liste nationale du RPG arc-en-ciel, originaire de Siguiri

Alors qu’ils ont été incapables de faire respecter à leurs partis politiques respectifs le quota de 30 pour cent pour les femmes, les députés guinéens ont voté une loi qui les oblige d’être à parité entre les hommes et les femmes. Votée le jeudi dernier, 02 mai 2019, si elle est promulguée, cette loi est censée s’appliquer sur l’ensemble des postes électifs et semi électifs…

Mais, le député Mamadou N’fah Condé, élu sur la liste nationale du RPG arc-en-ciel à Siguiri est l’un des rares à avoir voté non contre cette loi qu’il a trouvé plutôt utopique…

Interrogé par Guineematin.com, l’honorable Condé a expliqué les raisons d’une telle prise de position. « J’ai été poussé par ma conscience. C’est-à-dire, j’ai vu que si on vote, ça deviendra une loi. Et qu’est-ce que ça veut dire, une loi ? Ça veut dire une obligation dans l’application par l’ensemble des acteurs, que ça soit dans la capitale ou bien en brousse. Je suis un député élu de la circonscription de Siguiri ; donc, presque en brousse. Je sais quelle difficulté il y a. On dit déjà qu’il faut aligner alternativement un candidat sur une liste élective : candidate-femme et candidat-homme, vice-versa jusqu’à la fin. C’est-à-dire, s’il y a 30 candidats sur une liste de 30 personnes, il faudrait qu’il y ait moitié hommes, moitié femmes. Donc, c’est ce qu’on appelle le genre, venir en aide au genre.

Bon, je vois que ça va créer d’énormes difficultés à la base. Imaginez-vous un coin comme Nabou, une sous-préfecture qui est à 85 kilomètres de Siguiri centre, ou bien que ça soit à Norassoba ou bien à Siguirini. Vous allez pour faire une liste du RPG Arc-en-ciel, vous allez avoir dedans combien ? Parce qu’il faut au moins sur 30 candidats vous allez avoir une liste de 15 femmes et 15 hommes. C’est très difficile parmi les acteurs que vous trouviez 15 femmes. Voilà pourquoi j’ai voté contre ça…

Nous savons quelle est la réalité sur le terrain, sans être contre l’évolution du genre, nous sommes pour l’efficacité. Cette efficacité-là, on peut la trouver chez les hommes comme chez les femmes. Je sais que, par exemple, rien qu’à l’Assemblée nationale, vous avez des femmes valables beaucoup plus que des hommes députés. Vous avez Zalikatou Diallo qui est là et beaucoup d’autres femmes qui sont supérieures à plusieurs députés hommes…

Mais, il faudrait qu’on aille pas-à-pas, qu’on accorde plus d’importance à l’efficacité et à la tâche, plutôt que d’essayer bêtement de dire qu’il faut telle quantité d’hommes, telle quantité de femmes. C’est-à-dire que cela n’engage pas un seul genre. Mais, il y a des milieux où vous trouvez des femmes qui sont plus efficaces que des hommes. Dans ce cas, si on compte sur l’efficacité on va prendre rien que des femmes et ils seront complétés par quelques hommes qui sont combatifs. C’est ça le problème. Ce n’est pas un problème politique, c’est un problème de société.

Avant, on nous demandait, je crois, ça se trouve dans les institutions internationales, qu’il fallait 30% de femmes à chaque liste. Ce n’était pas la liste nationale, on n’a pas pu avoir ces 30%, pourquoi ? Parce la réalité marche contre…».

Propos recueillis par Fatoumata Diouldé Diallo pour Guineematin.com

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