Me Lansana Soumah, l’huissier de justice qui était placé en garde à vue à la DPJ

Comme annoncé précédemment, Me Lansana Soumah, l’huissier de justice qui était placé en garde à vue à la DPJ (Direction de la Police Judiciaire) depuis une semaine environ, a été libéré hier mardi, 07 mai 2019. Sa libération est intervenue peu après la décision des huissiers de Guinée de partir en grève à partir de lundi prochain.

Au lendemain de sa libération, l’intéressé s’est confié à Guineematin.com, ce mercredi. Il est revenu longuement sur cette affaire, se disant déçu de l’attitude du procureur général.

Décryptage !

Guineematin.com : vous sortez de prison, vous y avez passé près d’une semaine. Quel sentiment vous anime aujourd’hui ?

Me Lansana Soumah : j’ai un sentiment de satisfaction pour avoir obtenu ma liberté. Parce que rien ne vaut la liberté. Mais, je suis indigné par le temps que j’ai fait à la DPJ, parce que je ne me reprochais de rien. L’arrestation sur toute la ligne a été illégale, même si je devais être arrêté pour une infraction commise dans l’exerce de ma profession, il y a une procédure particulière qui devrait être suivie par le procureur. Ça, c’est non seulement pour moi mais tous les citoyens.

Donc, je ne devais pas être interpellé par le procureur qui est venu me voir parce qu’il y a une urgence et qu’on monte un guet-apens pour pouvoir me cueillir comme un bandit. Donc ça, je n’ai pas apprécié. Et, c’est ce qui fait que beaucoup de personnes se plaignent de la justice. Parce qu’un magistrat, nous, on a du respect pour eux. Parce que la décision que moi je suis en train d’exécuter a été rendue par eux.

Mais si ceux qui ont rendu la décision ne sont jamais inquiétés mais c’est nous qui sommes amenés à faire application de cette décision qui sommes la risée de tout le monde, et au finish, ce sont les mêmes magistrats qui nous prennent pour nous mettre en prison pour des choses que nous n’avons pas commises, je suis sincèrement déçu d’avoir été victime de ces choses-là de la part d’un magistrat qu’on a connu d’une réputation exemplaire, mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

Guineematin.com : qui était derrière votre interpellation et qu’est-ce qu’on vous reprochait ?

Me Lansana Soumah : bon, d’après ce que moi j’ai lu et j’ai vu, c’est sur une lettre de monsieur le ministre de l’Administration et du Territoire, signée par son chef de cabinet qui instruisait à l’agent judiciaire de l’Etat et au procureur général d’engager une procédure contre moi et monsieur Keïta Kalil qui est le représentant de la famille Keïta à Matam. Donc, c’est dans l’exécution de cela, que les magistrats, le procureur général m’a fait arrêter, très malheureusement.

Guineematin.com : dans quelles conditions avez-vous été détenu à la DPJ ?

Me Lansana Soumah : bon, c’est qu’on m’a mis en garde à vue. Au sortir de son bureau, Moussa Condé m’avait dit que j’allais y être juste pour être entendu par les agents et que j’allais rentrer chez moi. Très malheureusement, les agents sont venus, ils m’ont présenté à leur directeur général, avec qui je n’ai même pas échangé des salutations, qui a juste annoté le document qu’on lui a envoyé pour me mettre à la disposition d’un certain Conté qui est commandant de son état, qui a aussi annoté et c’est ainsi qu’on m’a conduit à la garde à vue.

Je n’ai pas été entendu, c’est à 20 heures que j’ai commencé à appeler les confrères notamment le président de la chambre, pour lui expliquer dans quel état je me suis retrouvé à la DPJ. Donc, j’ai passé une première nui là-bas sans que je ne sois entendu, malgré toutes les promesses qui avaient été données par monsieur le procureur général et qui, finalement, ne prenait pas mes appels, ni celui des confrères. Et vers la fin, il disait non ils vont te libérer tout de suite. Finalement, j’y ai passé six (6) jours.

C’est le vendredi, très malheureusement, que j’ai pu être auditionné par un OPJ à la DPJ là-bas. Après la déclaration, mes avocats ont demandé à ce qu’on me mette à leur disposition. Très malheureusement, ça a été refusé. Les avocats se sont déplacés, ils sont encore allés rencontrer monsieur le procureur général qui n’a trouvé mieux que de demander aux avocats de l’excuser et qu’il sait que je ne dois pas y être tout ce temps mais que ce sont des instructions de monsieur le ministre de la justice.

Qu’il va falloir s’adresser à monsieur le ministre de la justice et que les avocats n’ont qu’à patienter il va leur revenir dans une heure pour qu’on puisse obtenir ma liberté. Mais très malheureusement, on est resté dans ça, rien n’en a été, personne n’a décidé. Et pendant ce temps, moi je suis en prison. C’est en prison que j’ai commencé le premier jour du Ramadan. C’est hier par extraordinaire, qu’on m’a appelé et c’est eux-mêmes (les magistrats) qui ont dit de me mettre à la disposition de mes avocats et qu’ils reviendront quand ils auront besoin de moi.

Guineematin.com : concrètement, qu’est-ce qui vous oppose à ces hauts commis de l’Etat ?

Me Lansana Soumah : sincèrement, je ne me reproche de rien. Pour la petite histoire, c’est un immeuble R+2 qui appartenait à la famille d’Elhadj Lamine Sagnane qui était à Matam. Le vieux, de son vivant, a donné le bâtiment R+2 suivant un contrat de bail régulièrement signé entre lui et le service national de règlementation des ONG qui a continué à payer le loyer. Mais à un moment donné, ils ont refusé de payer, les arriérés de loyer s’accumulant, le vieux a décidé de les envoyer devant le tribunal pour obtenir le payement des arriérés de loyer et leur expulsion.

C’est au cours de ces audiences au tribunal de Mafanco que le service national, par extraordinaire, a sorti un contrat de vente. Alors, les avocats d’Elhadj Sagnane à l’époque ont attaqué ce contrat de vente pour faux et usage de faux. C’est ce qui a abouti à la reconnaissance effective de la propriété à la famille Sagnane en Appel. Donc, il y a un arrêt de la Cour d’Appel qui a confirmé cette décision.

En 2009, Mathos étant l’agent judiciaire de l’Etat, a adressé une lettre à monsieur le ministre de l’Administration du Territoire, afin de faire libérer l’immeuble de ses services et de payer les arriérés de loyer qui s’élevaient à l’époque à plus de 720 millions de francs guinéens. Très malheureusement, jusqu’à présent, cette décision n’arrive pas à être appliquée. Donc le ministère de l’Administration n’a rien fait, il n’a ni payé le loyer, ni libéré les lieux. Moi, en 2018, j’ai hérité du dossier, les familles m’ont remis le dossier, j’ai encore repris les actes de procédures.

Le ministère de l’Administration est informé, le service national est informé. J’ai d’ailleurs mis en contact à nouveau les héritiers et le service national pour régler le problème à l’amiable afin que la famille, à défaut d’avoir les arriérés de loyer, puisse quand-même avoir l’immeuble. Puisqu’ils sont très nombreux parce que leur père a mené le combat de son vivant jusqu’à sa mort mais il n’a pas obtenu satisfaction. Ce sont ses enfants qui sont là aujourd’hui, en train de réclamer la propriété que leur père leur a légué.

Entretien réalisé par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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