Me Sory Daouda Camara, président de la chambre nationale des huissiers de justice de Guinée

En dépit de la libération de leur collègue, Me Lansana Soumah, les huissiers de justice Guinée de décolèrent pas. Ils maintiennent toujours leur menace d’aller en grève à partir du lundi, 13 mai 2019 si toutes leurs revendications ne sont pas satisfaites. L’annonce a été faite par Me Sory Daouda Camara, le président de la chambre nationale des huissiers de justice de Guinée, à l’occasion d’une interview qu’il a accordée à Guineematin.com ce mercredi, 08 mai 2019.

Décryptage !

Guineemation.com : comme on le sait, votre collègue, Me Lansana Soumah, a été libéré hier, après une semaine environ de détention à la DPJ (Direction de la Police Judiciaire). Comment avez-vous accueilli cette libération ?

Me Sory Daouda Camara : c’est un début de satisfaction. On n’est pas entièrement satisfait parce que le confrère, c’est un père de famille, il a passé 6 jours en toute illégalité loin de sa famille, privé de sa liberté et dans une injustice qui ne dit pas son nom. Parce que c’est vrai, les lois sont faites pour être appliquées aux hommes, mais faut-il détenir quelqu’un quand c’est légal. L’huissier de justice, c’est un officier ministériel, un officier public chargé de faire exécuter les décisions de justice. Lorsqu’il est privé de façon injuste de sa liberté, le voir éloigné de sa famille, le jour où il est libéré, nous ne pouvons pas nous en réjouir.

Ce n’est pas une joie, c’est un début de satisfaction parce que nous sommes dans un combat. Et ce combat, il n’est pas encore gagné. C’est comme quand on vous dit que c’est une bataille qui est gagnée, pas la guerre. Parce qu’à la suite de son arrestation, nous avons présenté un mémo avec un préavis de grève hier même au cabinet de monsieur le Garde des Sceaux. C’est à la suite du dépôt de ce mémorandum que nous avons obtenu sa libération. Donc, dans le préavis de grève qui a été déposé, il y a un certain nombre de points autour desquels nous allons en grève à partir de lundi. Donc, la libération de Me Lansana Soumah n’est pas une condition pour suspendre le mouvement.

Guineematin.com : en clair, malgré la libération de votre collègue, vous maintenez votre menace d’aller en grève ?

Me Sory Daouda Camara : la grève est maintenue. Sauf si d’ici lundi, nous obtenons l’entière satisfaction des points contenus dans notre préavis de grève. Ces points sont entre autres : la signature de notre statut. C’est un projet de décret qui se trouve sur la table de monsieur le président de la République, ledit projet a été discuté et adopté en conseil des ministres, et le document retourné au ministère de la Justice pour les dernières retouches, ces retouches ont été faites, et le projet est sur la table de monsieur le président de la République depuis quelques mois, nous attendons sa signature. Et l’absence de ce statut, nous expose à toute forme d’injustice comme ce que vient de subir notre confrère. S’il y avait le statut, je crois que cela n’aurait pas été.

Guineematin.com : vous pensez qu’il est propre dans cette affaire et que sa détention était illégale ?

Me Sory Daouda Camara : c’est illégale ! Qu’est-ce qu’on lui reproche ? Parce que simplement il était en train d’exécuter une décision de justice. Et cette décision, l’exécution n’a pas eu lieu parce que simplement la décision visait l’Etat, c’est un service déconcentré du ministère de l’Administration du Territoire et contre ce service, l’huissier ne pouvait pas utiliser la force publique parce qu’il s’agissait de l’Etat. Il remontait régulièrement les informations à ses clients pour dire nous avons en face l’Etat, là c’est la puissance publique, nous ne pouvons pas utiliser la force contre l’Etat.

On ne peut pas se servir de la gendarmerie, se servir de la police pour déloger l’Etat. Donc, soyez prudents, il faudrait qu’on agisse avec tact, il faudrait qu’on caresse, on ne peut pas utiliser la force. C’est ce qu’il disait toujours à ses clients. C’est une grande famille qui a fini par se fatiguer, et dans cette lassitude, elle a pris la décision de se rendre sur les lieux et de procéder elle-même à l’expulsion des occupants. C’est ainsi que cette famille, composée de filles et de garçons, s’est déplacée pour aller déloger les occupants. Ils ont mis les effets dehors. Voilà ce qui s’est passé.

Qu’est-ce qu’avait à avoir l’huissier de justice ? Parce que simplement il avait posé des actes auparavant dans ladite procédure. Ce n’est pas lui qui a délogé les gens et même si c’était le cas, est-ce que c’est criminel ? C’est un huissier, c’est sa mission, on doit plutôt le féliciter. Chaque fois qu’un huissier parvient à exécuter une décision de justice qui est faite au nom du peuple de Guinée, il mérite plutôt félicitations. Mais, s’il n’est pas récompensé, qu’on ne l’inquiète pas. Donc est-ce normal qu’on l’interpelle plutôt que de l’entendre simplement et de le laisser rentrer, on le garde pendant six (6) jours à la police judicaire ?

Guineematin.com : c’est la fin de cet entretien. Avez-vous un dernier mot ?

Me Sory Daouda Camara : notre dernier mot, c’est que c’est avec peine que nous entamons cette grève. Parce que cette grève va entrainer la paralysie de toute la justice guinéenne. Et cela, n’est pas dans l’intérêt de nos concitoyens qui ont besoin des services de la justice guinéenne. Mais par-dessus tout, il y a l’Etat. Les pouvoirs publics ont pour mission de protéger les populations. Personne n’est mieux placé que l’Etat en ce qui concerne la protection des droits des citoyens.

Donc c’est à l’Etat même de penser à ce peuple et de sa voir que quand l’huissier va en grève ou si tous les huissiers vont en grève, cela aura des impacts sur le fonctionnement de la justice, et si la justice est impactée qui va ressentir, ce sont les justiciables. Donc, c’est à contrecœur que nous ferons subir nos concitoyens les effets de cette grève. Ce n’était pas notre vouloir mais à l’impossible nul n’est tenu obligé.

Entretien réalisé par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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