Environ trois semaines après un passage musclé d’une équipe de gendarmes dans la localité, le district de Gonota Kpowokworè, situé à plus de 60 km de la ville de Lola, est devenu un village fantôme. La zone a été complètement désertée. Les habitants qui ont échappé aux interpellations enregistrées sur place, ont dû s’enfuir pour des destinations inconnues. C’est le constat fait par le correspondant de Guineematin.com à N’zérékoré qui s’est rendu dans la localité le mercredi, 08 mai 2019.

Un mois seulement avant aujourd’hui, personne ne pouvait imaginer que le district de Gonota Kpowokworè, relevant de la sous-préfecture de Guéasso (Préfecture de Lola), allait se retrouver dans la situation qu’elle vit de nos jours. La localité était remplie de ses habitants et chacun vaquait librement à ses occupations. Mais aujourd’hui, c’est tout le contraire. Sur place, on trouve des maisons abandonnées, des boutiques ouvertes et vidées de leur contenu, des écoles et des mosquées fermées.

Au centre de santé de la localité, certaines portes sont défoncées et d’autres sont fermées. Aucun membre du personnel soignant ni un patient ne sont visibles sur les lieux. On constate également que de nombreuses concessions sont détruites et des engins roulants sont calcinés dans le village. De tous les habitants de Gonota Kpowokworè, une seule famille vit encore dans la localité. C’est celle de Mamoudou Sidibé, l’agriculteur dont le meurtre a entraîné cette situation dramatique.

Natoma Fofana, l’épouse du défunt, explique qu’elle avait été elle-même arrêtée avant d’être relâchée par coup de chance, dit-elle. « C’était un vendredi, j’étais à la maison lorsqu’on m’a dit d’aller à la sortie du village parce qu’on a appris que des gendarmes venaient pour arrêter tout le monde. A leur arrivée, les agents ont trouvé que des femmes étaient regroupées pour manifester leur colère suite à l’arrestation de leurs enfants quelques jours plus tôt. Ils ont jeté du gaz lacrymogène et tout le monde s’est enfui. Certains sont partis en brousse et d’autres sont allés s’enfermer dans leurs maisons.

Les gendarmes sont passés ensuite dans les maisons, ils ont défoncé les portes pour arrêter les gens. Ils sont allés aussi à la mosquée où des gens étaient regroupés pour la prière de vendredi, ils ont arrêté beaucoup de personnes sur les lieux. Moi-même j’ai été arrêtée dans un premier temps. Mais la chance que j’ai eue, c’est certains parmi eux (les gendarmes) me connaissaient, ils savaient que je suis l’épouse du cultivateur décédé. C’est pourquoi ils m’ont libérée.

Ici à la maison rien n’a été touché donc, mais toutes les portes de nos voisins ont été défoncées, c’est ce qui a causé la fuite des populations. Après le départ agents, on a trouvé que toutes les boutiques ont été vidées. Même dans certaines concessions les citoyens ont perdu des objets de valeur et de l’argent après le passages des militaires », explique cette dame qui vit aujourd’hui seulement avec sa famille dans tout le village. Les personnes interpellées sont encore détenues à la gendarmerie de Lola et les autres habitants de la localité sont en fuite.

A rappeler que c’est un double meurtre enregistré dans la localité qui est à l’origine de cette situation. C’est d’abord un agriculteur du nom de Mamoudou Sidibé qui a été tué. Quelques jours après sa disparition, son corps a été retrouvé à côté d’un enclos de bétail appartenant à un guinéen du nom d’Abdoulaye Diallo mais qui était géré par un malien répondant au nom de Boukary. Ce malien qui est accusé d’avoir tué l’agriculteur a aussitôt pris la fuite pour éviter des représailles.

Et, c’est finalement un autre éleveur qui gardait son bétail non loin du village qui a fait les frais de la colère des citoyens. Cet éleveur a été également tué en guise de représailles à la mort de l’agriculteur. Suite à ce double meurtre, une équipe de gendarmes venue de Lola, est arrivée dans le village. Les agents ont procédé à plus de 70 interpellations, ce qui a poussé les autres citoyens à s’enfuir du village pour éviter d’être arrêtés. Les gendarmes sont accusés également d’avoir pillé les boutiques et plusieurs maisons avant de partir.

De retour de Gonota, Foromo Gbouo Lamah pour Guineematin.com

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