Dr Amadou Bah, médecin Endocrinologue-Diabétologue, spécialiste des maladies métaboliques et nutrition, en service à l’hôpital national Donka

Les personnes atteintes du diabète sont des gens qui ont un régime alimentaire spécial. A cause de leur maladie et de ses exigences, beaucoup d’entre eux ne jeûnent pas le Ramadan. Mais, selon Docteur Amadou Bah, médecin Endocrinologue-Diabétologue, spécialiste des maladies métaboliques et nutrition, en service à l’hôpital national Donka, les diabétiques peuvent bien jeûner. Mais, à condition de respecter un certain nombre de conditions qui commencent bien avant le début du Ramadan. Il est longuement revenu sur la question au cours d’une interview qu’il a accordée à un journaliste de Guineematin.com ce jeudi, 09 mai 2019.

Décryptage !

Guineematin.com : nous sommes au début du Ramadan, et on sait que faire le jeun c’est quelque chose de très compliqué pour les personnes atteintes du diabète. En tant que spécialiste de la question, dites-nous est-ce qu’un diabétique peut jeûner et dans quelles conditions ?

Docteur Amadou Bah : c’est vrai, on est au mois de Ramadan. Et, dans un pays musulman comme la Guinée, tout le monde voudra jeûner mais il y a aussi beaucoup de malades qui ne peuvent pas le faire, y compris les diabétiques. Le diabète déjà, c’est une maladie chronique caractérisée par l’élévation permanente d’un taux de sucre dans le sang. Qui dit diabétique dit un malade qui observe un régime, qui prend des médicaments. C’est une maladie chronique et un traitement à vie. Donc chez nous, en tant que praticiens hospitaliers, en tant que médecins, il faut d’abord préparer le malade pour pratiquer le Ramadan.

Dans les conditions normales, les malades, on doit les voir au moins trois mois avant le jeun pour les préparer d’abord : il faut évaluer l’état clinique du malade, faire une éducation thérapeutique, qui veut dire savoir ce que la personne va manger, à quelle heure manger, les types de médicaments à prendre et comment les prendre. Il faut faire l’évaluation de l’état métabolique du malade, voir si le patient présente déjà des complications liées à sa maladie, les complications micro vasculaires et macro vasculaires et s’il y a des comorbidités. Vu tous ces éléments-là, il y a une recommandation internationale, cette recommandation de la fédération internationale du diabète a stratifié les malades en trois catégories de risques.

Le risque très élevé dans la stratification, selon la recommandation de la fédération internationale du diabète, ne doit pas jeûner. C’est-à-dire un malade qui a une hypo glycémie sévère, c’est-à-dire que son taux de sucre a baissé dans les trois mois précédant le mois de Ramadan. Lui il est classé à un risque très élevé. Ou le malade qui fait de façon récurrente l’hypoglycémie alors qu’il ne ressent pas les signes, c’est-à-dire quand le taux de sucre baisse de trop, tu transpires beaucoup, tu as faim, tu es agité. Dans les conditions normales, c’est une urgence, tu dois corriger ça en prenant trois morceaux de sucre ou une boisson sucrée rapidement pour que le taux de sucre monte.

Mais, si toi malade tu ne ressens pas ces signes-là, tu risques de faire le coma. Donc les malades qui sont dans ces catégories-là, ils sont à un risque très élevé. Nous avons l’acidocétose dans les trois mois qui précèdent le mois de Ramadan, c’est-à-dire le malade qui a eu une hyperglycémie sévère avec des signes d’acidocétose, il est inconscient, il a une respiration incontrôlée, la glycémie est supérieure à 3 grammes, quand on fait une bandelette urinaire, il y a la présence des cétones dans les urines.

Donc, c’est une urgence, il faut le réanimer, il faut faire disparaitre les corps cétoniques, il faut essayer de normaliser progressivement la glycémie pour le sortir de ça. Tout malade qui a eu l’acidocétose trois mois avant le Ramadan ne doit pas jeûner. Nous avons ensuite le diabète de type 1 qui est celui de l’enfant. Et le traitement de ce diabète là c’est l’utilisation de l’inciline, et l’inciline étant des hormones hypoglycémiantes qui créent l’hypoglycémie, il ne doit pas jeûner.

Nous avons la présence d’autres maladies graves : les malades qui ont des insuffisances rénales qui sont sous dialyse, qui sont à risque très élevé, ne devraient pas jeûner. Les femmes en grossesse et les malades diabétiques qui ont du travail intense et des médicaments à prendre, le risque est très élevé. Maintenant nous avons le risque modéré qui est faible. Ceux-là peuvent jeûner avec surveillance accru des médecins. Donc logiquement, il faut préparer les malades pour les autoriser à jeûner ou à ne pas jeûner.

Guineematin.com : quels sont les aliments que le diabétique doit consommer pendant la rupture du jeun ?

Docteur Amadou Bah : le conseil qu’on donne, pendant la rupture, déjà on est dans une période de chaleur, le diabétique doit commencer par les boissons : de l’eau, des dattes, du lait frais, du thé c’est-à-dire il doit avoir des glucides à absorption lente. Apres, il peut manger un peu du riz avec la sauce mais logiquement il doit couper son jeun, après prendre son médicament. Et prendre beaucoup d’eau parce que c’est une période de chaleur. Mais, il y a des indications pour couper le jeun : parmi elles, quand la glycémie est supérieure à 3 grammes il faut couper le carême ou si la glycémie, 1 heure après le repas du petit matin est inférieur à 0,70. Dans ce cas, il faut rompre le jeun.

Guineematin.com : ça veut dire que le diabétique qui jeûne doit absolument se lever à l’aube pour manger avant de jeûner ?

Docteur Amadou Bah : oui, le diabétique doit manger plus tard que les autres, prendre un fruit après chaque repas. Il faudra aussi boire beaucoup d’eau, éviter les boissons sucrées, manger beaucoup des légumes cuites et crues, des fruits, des produits laitiers. S’il doit faire une activité physique, il doit le faire après la rupture. Donc pour l’alimentation, il doit avoir deux ou trois repas repartis entre la rupture et l’aube.

Entretien réalisé par Amadou Oury Touré pour Guineematin.com

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