Honorable Dr Zalikatou DIALLO (RPG arc-en-ciel), membre du parlement panafricain

L’Honorable Dr Zalikatou DIALLO est députée membre de la majorité parlementaire (le RPG arc-en-ciel), secrétaire générale du forum des femmes parlementaires de Guinée (FOFPAG), présidente du réseau parlementaire santé et nutrition et membre du parlement panafricain. Très active sur le front du combat pour la promotion du genre et l’équité en Guinée, elle a accepté de répondre aux questions de médias dont Guineematin.com, sur la loi sur la parité adoptée récemment par Parlement guinéen. Une proposition de loi dont elle est effectivement l’une des principales initiatrices et actrices de terrain auprès de ses paires du FOFPAG.

Dans cette interview, cette femme médecin et dirigeante sportive, au combat pour l’émancipation de la femme dans toutes ses dimensions, a abordé sans complaisance la problématique de la parité, les avantages pour la Guinée et les défis à relever aussi bien par les femmes que par la société pour être au rendez-vous de 2030 de l’atteinte des objectifs du développement durable. Pour elle d’ailleurs, la concrétisation de cette bataille menée en synergie avec les acteurs de tous les bords sera marquée très prochainement par l’élection à l’Assemblée nationale d’au moins 40% de femmes contre 22,7% actuellement.

Décryptage !

Guineematin.com : le 2 mai dernier, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité la proposition de loi sur la parité homme/femme. Dites-nous, pourquoi ce terme parité ; est-ce que cette loi est-elle nécessaire dans la mesure où les articles 1er, 2 et 8 de la Constitution consacrent l’égalité des chances ?

Honorable Zalikatou Diallo : merci pour cette question très pertinente. Le moins qu’on puisse dire c’est que cette loi sur la parité était plus que nécessaire. J’en profite pour saluer les efforts de toutes les femmes parlementaires pour avoir parlé d’une même voix. C’est ce qui nous a permis d’aboutir à ce bon résultat aujourd’hui. Quand vous voyez l’Assemblée nationale, on est 26 femmes actuellement contre 24 au début de la législature, soit 22,7 % de l’effectif des députés de notre Assemblée. Ce qui est même au-dessous du tiers à plus raison la moitié de l’effectif. Donc nous nous sommes dites, nous les femmes, qu’il fallait qu’on se lève pour mettre en place ce forum qui a été appuyé par le Président de l’Assemblée nationale, le PNUD, ONU-Femme et le Gouvernement du Canada que je tiens à saluer très sincèrement pour l’engagement et l’accompagnement des femmes de Guinée.

C’est ainsi qu’on a élaboré la proposition de loi qui a été soumise au Bureau de l’Assemblée nationale. Il faut reconnaître qu’il y a eu des efforts dès la 1ère République. Beaucoup de conventions ont été adoptées par le pays et des femmes promues un peu partout et même le Pr Alpha Condé a dédié son mandat aux femmes et aux jeunes. Mais ce n’était pas suffisant avec les enjeux actuels. Quand on voit la réalité sur le terrain, les résultats n’étaient pas bons. Voyez par exemple lors des dernières élections communales, sur plus de 23 mille candidats, il n’y avait 7 mille 44 femmes sur les listes. Et au niveau des résultats il y a des conseils communaux qui n’ont aucune femme, certains n’ont qu’une seule femme dans tout le conseil. Sans oublier que de nombreux exécutifs communaux n’ont aucune femme. C’est pour toutes ces raisons que nous nous sommes dit qu’il fallait travailler à l’élaboration de cette loi sur la parité.

Guineematin.com : qu’est ce qui a poussé le forum des femmes parlementaires à en faire son cheval de bataille et pourquoi c’est maintenant que cette loi voit le jour ?

Honorable Zalikatou Diallo : c’est pour corriger cette discrimination envers les femmes que le forum des femmes parlementaires souvent en synergie avec des femmes de la société civile et des responsables du département de l’action sociale, de la promotion féminine et de l’enfance, en a fait son cheval de bataille. Quand vous allez à l’intérieur du pays, dès que tu commences à parler des femmes, les partis politiques te demandent où sont-elles ? Pourtant les femmes représentent près de 52% de la population totale, selon les statistiques du dernier recensement de 2014. Ce sont les femmes qui mobilisent pour les partis mais lorsqu’il est question de choisir les candidats, elles sont inscrites à la queue voire complètement jetées aux oubliettes. Désormais, ce n’est plus possible. L’inscription tient compte dorénavant du genre et c’est alterné.

Guineematin.com : quel est l’importance de cette loi pour la société guinéenne ?

Honorable Zalikatou Diallo : cette loi de la parité homme/femme, pour les mandats électoraux et les fonctions électives, apporte des corrections significatives sur le niveau de représentativité des femmes dans les postes électifs et des instances électives. Aujourd’hui, sur le classement mondial de l’union interparlementaire (UIP), la Guinée occupe le 82ème rang avec tous les efforts faits depuis l’indépendance. Ce qui n’est pas bien pour un pays comme le nôtre qui s’inscrit dans le cadre de la promotion et la protection des femmes. En Afrique d’ailleurs, parmi les 10 premiers pays, il y a le Rwanda qui est également leader au classement mondial avec 61%, suivi de la Namibie avec 46% et l’Afrique du Sud est 3ème avec 42% de femmes députées. Le Sénégal est au 11ème rang mondial avec le vote de la loi sur la parité. Et pourquoi pas la Guinée dans tout ça ?

Guineematin.com : qu’est-ce qui va réellement changer pour les femmes, après le vote et la mise en application de ce texte de loi ?

Honorable Zalikatou Diallo : comme je l’ai dit, cette loi peut aider les femmes à passer de 23% à 35 ou 40% mais pas forcément 50% de députées. Cela va également améliorer significativement le classement de la Guinée sur le plan continental et mondial. Au point de vue économique, les résultats sont encore plus édifiants. Imaginez si les femmes avec 52% de la population participent activement à la prise de décision sur le plan national et local. Ce serait un véritable changement de gouvernance économique et politique pour la Guinée.

Guineematin.com : pourquoi pas plus de 40% de femmes élues à la prochaine Assemblée nationale alors qu’on parle de parité ?

Honorable Zalikatou Diallo : c’est le mode de scrutin qui va jouer. Il y a l’uninominal et la proportionnelle qui sont les deux types de scrutins législatifs en vigueur chez nous. A la proportionnelle c’est plus facile d’appliquer l’alternance sur la liste, mais à l’uninominal, la latitude est laissée aux partis politiques de faire le choix des candidats susceptibles de les faire gagner. Seulement, comme il y a un titulaire et un suppléant, la loi exige que ces deux candidats soient de sexes différents. Au niveau des élections locales tout comme les listes indépendantes, la parité doit également être respectée. Voyez-vous pour tout le pays, il n’y a que six femmes députées uninominales.

Il s’agit de Hadja Fatoumata Binta Diallo à Koundara pour l’UFDG, Djéssira Traoré à Mamou pour l’UFDG, Hadja Hawa Binta Diallo à Dalaba pour l’UFDG, Hadja Aïssata Soumah de l’UFR pour Boffa, Fatoumata Tonguino du RPG-AEC à Dabola et Eva Cross du RPG AEC à Mandiana contre 32 hommes députés uninominaux. Avec ce constat qui ne grandit aucune famille politique, nous disons aux grands partis qui estiment l’être, qu’ils doivent absolument se montrer capables de faire la promotion des femmes à chaque occasion.

Guineematin.com : parlant du texte, en son article 6 alinéa 1, il est dit ceci : l’autorité administrative compétente apprécie le respect des dispositions des articles 3, 4 et 5 ci-dessus. Qu’est-ce que le législateur a voulu dire réellement ?

Honorable Zalikatou Diallo : c’est pour la recevabilité de la liste de candidature. A tous les niveaux, les autorités électorales et administratives doivent veiller au respect de la loi. Elles doivent rejeter toute liste qui ne respecte pas cette disposition. C’est clair.

Guineematin.com : pour son entrée en vigueur, quels sont les mécanismes à mettre en place et les dispositions à prendre ?

Honorable Zalikatou Diallo : d’abord, comme la loi a été votée, on s’en félicite d’ailleurs et nous remercions tous les députés surtout les hommes sans lesquels, on ne l’aurait pas eue. Nous les femmes seulement avec 26 voix, on n’aurait pas pu la faire adopter. Il a fallu l’appui de nos collègues hommes que nous remercions très chaleureusement pour cet engagement historique en faveur de la couche féminine. Pour l’entrée en vigueur donc de la loi, il faudrait que le président de la République accepte sa promulgation dans un premier temps. Et après, il faudra son harmonisation avec le Code électoral et les autres lois constitutionnelles pour les mandats électifs.

Guineematin.com : on sait que cette loi sur la parité est un moyen de coercition, notamment des partis politiques pour favoriser l’émergence de la femme. Mais est-ce qu’à ce stade, ce seul texte suffit pour corriger le déséquilibre existant entre hommes et femmes dans les postes électifs ?

Honorable Zalikatou Diallo : ce seul texte ne suffit pas pour apporter toutes les corrections et combler à l’immédiat les innombrables attentes. Mais, il est fondamental pour la promotion de la parité dans notre pays. Il faut que les femmes apportent leur partition aussi. Les femmes doivent accepter de s’engager dans le débat politique. Elles doivent y prendre une part active, sinon ce n’est pas évident que la loi sur la parité puisse avoir les résultats escomptés. On sait que le président de la République, le Pr Alpha Condé, se bat sur tous les fronts pour aider les femmes. Qu’il s’agisse de l’autonomisation avec les MUFFA et les MC2 pour encourager et améliorer le pouvoir économique des femmes ou sur le plan politique avec le projet rajeunir et féminiser l’administration.

Nous sommes conscientes de ce qu’il fait pour nous et nous lui restons très reconnaissantes. C’est une chose que nous saluons et nous encourageons. Chaque acteur doit apporter sa contribution pour le rendez-vous de la Guinée de l’atteinte des objectifs du développement durable N°5 en 2030. C’est un engagement planétaire que notre pays ne doit pas manquer.

Guineematin.com : qu’est-ce que vous comptez faire pour encourager les femmes à prendre une part plus active dans le débat politique, lorsqu’on sait le poids de la tradition, des coutumes et de la religion dans la société guinéenne ?

Honorable Zalikatou Diallo : nous l’avons remarqué. Il faut le rappeler, que le forum des femmes parlementaires de Guinée (FOFPAG) a bénéficié d’un projet en cours financé par ONU-Femme et le gouvernement du Canada, et l’appui technique du PNUD. Nous avons fait trois fois le tour du pays. Le poids de la culture et de la tradition sur les femmes est réel. Mais nous devons continuer ce combat puisqu’il s’agit d’un combat pour l’épanouissement de la femme et du développement du pays accompagnés du changement positif de notre société. On ne peut pas laisser en marge du développement, 52% des citoyens du pays et avoir de bons résultats. Dieu seul sait qu’il y a du chemin à faire à ce niveau.

Actuellement par exemple, il n’y a qu’une seule femme maire de commune urbaine en Guinée et six maires de communes rurales sur un total de 342 circonscriptions. C’est un travail ardu qui revient à chacun de nous et pour le bien de notre pays. C’est un processus qui a été déclenché il y a longtemps. Les grandes campagnes d’émancipation et la promotion de la femme ont commencé depuis 1975 sur le plan mondial. N’oubliez pas que la 1ère femme à diriger le Conseil de sécurité des Nations Unies est guinéenne, en la personne de Hadja Jeanne Matin Cissé. La Guinée a participé à plusieurs sommets internationaux portant sur la femme. De Mexico en 1975 à Beijing en Chine en 1995, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. La Guinée a souscrit à toutes les conventions internationales, africaines et sous-régionales. Et il fallait les internaliser au niveau de l’arsenal juridique du pays, notamment au Code pénal et au Code civil entre autres.

Guineematin.com : il est dit dans cette loi qu’elle s’applique aux partis politiques, aux coalitions de partis politiques, aux listes indépendantes. Pourquoi une si grande prudence qui voudrait que les postes nominatifs ne soient pas pris en compte par cette loi ?

Honorable Zalikatou Diallo : pour qu’une loi soit valable, il faut au moins cinq critères essentiels. Le critère normatif. C’est ce qui avait manqué à la Constitution et au Code électoral. A ce critère s’ajoutent la lisibilité, la précision, la concision, la mise à jour pour son applicabilité. Nous voulons aller pas-à-pas. Puisqu’il ne s’agit pas de voter pour seulement voter. Nous sommes conscientes des enjeux et des défis à relever.

Guineematin.com : question spéciale pour vous Honorable. Vous avez brillé à l’université en sortant avec le diplôme de médecin frappé du titre de Docteur d’Etat. Vous avez dominé le monde sportif, en devenant l’une des plus grandes figures dirigeantes du secteur. Vous êtes en politique et vous engrangez des succès. Vous arborez le titre de député et vous êtes parmi les précieux représentants de la Guinée au Parlement Panafricain. Bref, un beau parcours, marqué de succès. Est-ce à dire que Dr Zalikatou est sur la trajectoire d’une ascension fête de grands rêves ?

Honorable Zalikatou Diallo : (Rire). Vous me suivez bien. Effectivement, j’ai été dirigeante sportive et j’ai eu la chance d’être la première femme élue vice-présidente de la fédération guinéenne de football en 2015 avant qu’une crise entre les hommes n’ait raison de notre Bureau exécutif. J’ai été la première femme à faire sauter ce verrou à la FEGUIFOOT, c’est vrai. A l’université, je suis formée en médecine. Je suis de la 22ème promotion de l’université guinéenne où je suis sortie major de ma promotion à l’examen d’état et obtenu la mention excellent à la soutenance de ma thèse. Tout ce que je fais dans ma vie en général, je me bats.

Parfois le chemin est jonché d’embûches. Mais je ne me décourage pas. Je me dis tout simplement, il faut travailler pour le pays et surtout bien travailler. Je me dis toujours on peut à un niveau élevé de responsabilité ne pas jouer le rôle de l’édification nationale. Et être à un niveau considéré bas par certains et obtenir des résultats beaucoup probants et salutaires. Même si on n’a pas été à l’école, on peut travailler et être utile à sa nation. Un domestique, un médecin, une infirmière, une sage-femme, un ouvrier, une cuisinière,… si chacun fait bien son travail, le pays va avancer dans le bon sens et pour le bien de tous. J’ai eu la chance d’être polyvalente dans ma vie. Je n’évolue pas seulement dans mon domaine et j’aime le travail collégial.

Ce qui fait que souvent les gens rêvent pour moi ceci ou cela. Mais c’est Dieu qui sait ce qu’il fera demain de chacun de nous. Et partout où je suis, j’aime servir loyalement. J’aime m’investir avec abnégation pour l’émancipation de la femme et des jeunes. Je ne demande pas ce que le pays fait pour moi mais plutôt je me pose la question de savoir ce que je peux faire pour mon pays. Et je suis dans cette dynamique. Je crois que tant que je serai dans cette position, Dieu va m’aider puisque ce sont là quelques sages conseils de mon père, Elhadj Alpha Amadou Diallo, à qui je souhaite longue vie et une excellente santé ; et ma mère Mme Diallo Bernadette qui m’ont encadrée et inculquée ces valeurs. Et, Sincèrement je remercie Guineematin qui fait du bon travail dans l’espace médiatique du pays.

Propos recueillis et décryptés par Abdallah BALDE pour Guineematin.com

Tél : 628 08 98 45

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