Me Basekou Cheick Condé, membre du bureau de la chambre nationale des huissiers de justice de Guinée, chargé de la formation

En grève depuis cinq jours déjà, les huissiers de justice de Guinée semblent plus que jamais déterminés à croiser le fer avec les autorités jusqu’à la satisfaction de leurs revendications. Malgré leur rencontre avec un émissaire du ministre de la justice, ces auxiliaires de justice campent encore sur leur position. Ils disent que désormais « les mots ne suffisent plus » et leur mouvement de débrayage prendra le temps qu’il faudra pour la satisfaction de leur revendication.

Depuis le 13 de ce mois, les huissiers de justice de Guinée observent un mouvement de grève sur toute l’étendue du territoire national. Ils réclament notamment la signature de leur statut et dénoncent « l’obstruction faite aux exécutions des décisions de justice ».

Rencontré ce Vendredi, 17 Mai 2019, par un reporter de Guineematin.com, Me Basekou Cheick Condé, membre du bureau de la chambre nationale des huissiers de justice de Guinée, chargé de la formation, n’est pas allé du dos de la cuillère. « S’il faut faire un an, nous resterons hors de nos bureaux pendant un an. Mais, il faut que notre statut soit signé… », a-t-il fait savoir.

Pour tenter de trouver une solution à ce mouvement qui risque de gripper le système judiciaire du pays, le ministre de la justice aurait dépêché un émissaire auprès des huissiers. Mais, leur rencontre n’a visible pas apporté grand-chose.

« Il y a eu un premier contact hier (Jeudi) avec le représentant du ministre de la justice, qui a reconnu que notre revendication est légitime. Et, qu’ils sont en œuvre pour trouver une solution à la signature du statut. Mais, concernant la réquisition, c’est le ministre de la justice (actuellement en voyage à l’étranger) qui peut trouver la solution. C’est ce qui a été dit pour le moment. Mais, comme il n’y a eu rien de clair, il n’y a eu aucun résultat, des paroles seulement ne peuvent pas nous permettre d’arrêter le débrayage. Nous continuons tant que nous n’avons pas une satisfaction à nos revendications », a tranché Me Basekou Cheick Condé.

Parlant de la réquisition qui est une partie intégrante de la revendication des huissiers de Guinée, Me Basekou Cheick Condé dénonce une violation du « traité de Ouaga ». Un traité qui indique que : « lorsqu’une décision est revêtue de la formule exécutoire, on a plus besoin de chercher une réquisition. Parce que cette formule constitue en elle-même une réquisition ». Malheureusement, explique le chargé de formation de la chambre nationale des huissiers de Guinée, « nous avons de nombreuses décisions qui sont revêtues de la formule exécutoire, mais il y a une obligation qui est imposée aux huissiers. Celle d’aller chercher une réquisition auprès du procureur général de la Cour d’Appel. Ce qui est une entorse au traité de Ouaga dont la Guinée est signataire ».

Visiblement très confus sur la position adoptée par les autorités guinéennes vis-à-vis du statut des huissiers, Me Basekou Cheick Condé soutient que la Guinée marche à l’envers. Parce que, dit-il, dans les conditions normales, c’est l’Etat qui doit exiger un statut pour les huissiers.

« Comment une corporation aussi importante que la chambre des huissiers peut fonctionner sans statut ? C’est d’ailleurs les autorités qui doivent dire que vous ne pouvez pas fonctionner sans statut. Parce que c’est le statut qui détermine les conditions dans lesquelles on doit exercer. C’est le statut qui prévoit également les sanctions. Mais, tout est à l’envers chez nous. On agrée les gens, il n’y a pas de statut. Et, s’il n’y a pas de statut, ça veut dire qu’on peut faire ce qu’on veut. Voyez comment la Guinée marche à l’envers. Donc, nous nous mettons à la place de l’autorité pour réclamer un statut », a expliqué Me Basekou Cheick Condé, tout en précisant que ça fait plus de 15 ans depuis que les huissiers ont commencé à poser le problème lié à leur statut.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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