Dr Alpha Amadou Diallo, médecin en service à Paris et membre du bureau exécutif de l’UFDG

Dans une interview qu’il a accordée à Guineematin.com, Dr Alpha Amadou Diallo, médecin en service à Paris et membre du bureau exécutif de l’UFDG, a évoqué plusieurs questions liées à l’actualité nationale. L’opposant a dénoncé le projet de nouvelle constitution annoncé par le pouvoir et qui vise à offrir un troisième mandat au président Alpha Condé, qu’il accuse d’être « l’incarnation même de la mal gouvernance ». Il a parlé aussi du combat du FNDC qu’il pense être en mesure de barrer la route à un troisième mandat pour l’actuel chef de l’Etat guinéen.

Guineematin.com vous propose ci-dessous la première partie de cette interview.

Décryptage !

Guineematin.com : comment on peut vous présenter ?

Dr. Alpha Amadou Diallo : je suis Dr Alpha Amadou Diallo, chirurgien des hôpitaux. J’exerce actuellement à l’hôpital de Versailles comme chirurgien urgentiste. Je suis membre du bureau exécutif de l’UFDG, militant engagé et très prompt au combat pour le changement en Guinée.

Guineematin.com : justement, il y a un combat aujourd’hui en Guinée, celui de la lutte contre un changement de constitution qui vise à permettre au président Alpha Condé de briguer un troisième mandat. Parlez-nous de ce combat qui est porté par le Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) dont est membre l’UFDG.

Dr. Alpha Amadou Diallo : vous savez, en Guinée, on a une multitude de partis politiques avec des méthodes différentes de combat ayant tous pour objectif de gérer l’Etat. Chaque parti a son leader, ses militants et sa propre ligne. Cette différence a permis à monsieur Alpha Condé de jouer entre les différentes formations politiques, les différentes ONG pour avoir la possibilité d’imposer cette dictature que nous connaissons aujourd’hui. Pour réunir toutes ces différences, on a jugé utile de créer le front national pour la défense de la constitution qui réunit toute la Guinée : des partis politiques, la société civile, des syndicats, des défenseurs des droits humains, des artistes, des leaders d’opinion. C’est la nation guinéenne qui s’est constituée dans ce front pour pouvoir amener la Guinée à une alternance démocratique acceptée de tous.

Guineematin.com : malgré la naissance de ce front, le pouvoir compte bien organiser un référendum pour changer l’actuelle constitution afin d’offrir un nouveau mandat au président Alpha Condé. Le RPG Arc-en-ciel s’est prononcé officiellement sur la question samedi dernier. Qu’en dites-vous ?

Dr. Alpha Amadou Diallo : la sortie du RPG Arc-en-ciel est tout à fait logique. Mais, le RPG doit savoir qu’il est un parti politique qui doit survivre après Alpha Condé, normalement si c’est un parti républicain. Ce parti doit être en mesure de survivre à la dictature de monsieur Alpha Condé. Même le RPG a tout à gagner si Alpha Condé quitte le pouvoir dans les normes démocratiques. Si par malheur, le RPG s’accroche à maintenir Alpha Condé au pouvoir, c’est à son détriment. Puisqu’Alpha Condé aujourd’hui, ce n’est pas un problème de partis politiques, mais un problème national. Alpha Condé, avec sa mal gouvernance, est l’incarnation de toute la gabegie, toute cette flopée d’immigrés de nos jeunes à travers le désert et de la méditerranée. Actuellement, la jeunesse guinéenne est la première demandeuse d’asile politique à travers le monde. Que ça soit en France ou ailleurs.

C’est notre jeunesse qui est en train de fuir notre pays puisque tout simplement, la référence nationale, le socle national de l’économie est complètement bafoué. Alpha Condé est l’incarnation même de la mal gouvernance. Donc, le RPG n’a rien à gagner à ce qu’Alpha Condé reste au pouvoir. Le RPG, dans sa constitution même, doit être en mesure de renouveler les générations dirigeantes de son parti. Maintenant, si un monsieur de 85 ans révolus se maintient au pouvoir avec le symbole de la destruction massive comme outil de gestion, je ne vois pas quel intérêt un parti comme le RPG peut se permettre de s’admirer cette mal gouvernance.

Guineematin.com : quand vous dites que c’est au détriment du RPG si le président Alpha Condé décide de se présenter pour un nouveau mandat, en quoi cela peut être défavorable au RPG ?

Dr. Alpha Amadou Diallo : Alpha Condé, je vous l’ai dit, en tant qu’individu exerçant le pouvoir de la République est l’incarnation même de la mal gouvernance. Aujourd’hui, on n’a pas d’eau et on n’a pas d’électricité. Tous les partis politiques, les ONG ont dénoncé les marchés de gré à gré. Prenez l’exemple des mines. On parle aujourd’hui d’un scandale géologique, c’est vrai, mais il n’y a aucune retombée économique sur le pays. Sidya Touré l’a dit, le président Cellou Dalein l’a dit et tous les ténors de l’opposition l’ont dénoncé. Il n’y a pas de retombées économiques de l’exploitation minière en Guinée.

Guineematin.com : je reviens sur ma question. Quand vous dites que c’est au détriment du RPG si président Alpha Condé tente de s’accrocher au pouvoir, que risque concrètement le parti au pouvoir ?

Dr. Alpha Amadou Diallo : pour remonter l’histoire, le PDG RDA qui a incarné l’indépendance en 1958 a favorisé l’émergence de Sékou Touré. Celui-ci a imposé en Guinée une dictature sanguinaire qui a duré 26 ans. Conséquence, après sa disparition, le PDG a disparu, il ne s’est pas remis de ses cendres. Et le PUP aussi, Conté a bien géré la Guinée, il a permis une transition pacifique après cette dictature sanglante, mais avec le référendum constitutionnel qui lui a permis de rester au pouvoir, la conséquence a été cette gabegie qui a mis son parti sur le banc des accusés. Sinon, le PUP était un parti national. Donc, si le RPG aujourd’hui, avec toute cette gabegie de monsieur Alpha Condé se permet d’accompagner cette mascarade constitutionnelle, c’est une façon de dire que ce parti n’a aucun avenir politique en Guinée.

Guineematin.com : personnellement, est-ce que vous pensez que le projet de 3ème mandat pour Alpha Condé va aboutir ?

Dr. Alpha Amadou Diallo : monsieur Alpha Condé est nuisible à tout sens de progrès. Si monsieur Alpha Condé dans sa démarche pense pouvoir prendre tout le peuple de Guinée en otage pour pouvoir se maintenir, il se trompe. Si son entourage ne lui dit pas la vérité, il le fait croire que la Guinée va se soumettre à ça et qu’avec les PA il va mater toutes les velléités de contestation, il se trompe. Il ne va pas le réussir. Je vous le dis, monsieur Alpha Condé n’a aucune possibilité, que ça soit l’argent, l’armée ou bien des autres forces de défense et de sécurité, rien lui permettra de réussir à se maintenir au pouvoir. Donc, il est seul contre tous.

Guineeatin.com : il n’est pas seul contre tous parce qu’il a au moins son parti politique et ses militants avec lui.

Dr. Alpha Amadou Diallo : il faut voir ce qui se passe avec le RPG. On ne va pas focaliser notre interview sur le RPG qui est censé être un parti national. Maintenant, s’il est un parti ethnique, fasciste, à lui d’accompagner monsieur Alpha Condé. Mais, à mon avis, le RPG a tout intérêt à exister pacifiquement avec les autres formations politiques de notre pays.

Guineematin.com : vous dénoncez la mauvaise gouvernance du président Alpha Condé, et cela a été quelque peu confirmé par un récent rapport du FMI. Quel est votre commentaire sur ce rapport qui accable vraiment la Guinée ?

Dr. Alpha Amadou Diallo : le rapport n’accable pas la Guinée mais il accable Alpha Condé. C’est Alpha Condé qui dispose des ressources du pays à sa guise avec ses amis. Lui-même a dit qu’il sert les amis d’abord. L’affaire de Bolloré est là en suspens et il y a plein de scandales dedans ; l’affaire du port est là, etc. Il y a un syndicaliste qui est maintenant député qui se bat pour que la vérité sorte, mais la machine de l’Etat qui est à la disposition d’Alpha Condé permet d’étouffer certaines choses. Et, un jour ça va ressortir. Monsieur Alpha Condé a une gestion calamiteuse où les ressources économiques et sociales sont disloquées.

Vous voyez vu par exemple des syndicats qui ont organisé une bataille rangée la dernière fois au palais du peuple. C’est le pouvoir qui organise ça. Sinon, personne ne peut venir s’en prendre à monsieur Soumah qui a montré sa capacité de mobilisation, sa capacité syndicale face à une dictature pareille qui ne veut pas entendre raison. Donc, actuellement je ne vois pas par quel moyen, Alpha Condé va se maintenir au pouvoir contre le peuple de Guinée.

Guineematin.com : qu’est-ce qui vous rassure tant ? Quels sont les moyens en votre possession pour barrer la route à un troisième mandat pour Alpha Condé ?

Dr. Alpha Amadou Diallo : c’est très simple. Avant, je vous l’ai dit que c’était difficile de s’unir. Maintenant, des gens qui ne pensaient pas et ne défendaient pas la même chose se sont retrouvés. Ce n’est pas pour être président ou pour ceci, c’est pour défendre notre constitution. Ce qui nous permet de vivre ensemble, d’avoir la justice, la liberté, c’est la constitution. Et c’est ce qu’Alpha Condé veut fouler aux pieds. Maintenant, les moyens sont les ressources humaines qui sont le peuple. Le front ne signifie pas l’UFDG, l’UFR, ou un autre parti, c’est toute la nation guinéenne qui est concernée. Ce n’est pas une question d’ethnie ou de parti politique, mais c’est toute la nation qui se mobilise pour faire front contre une dictature sanguinaire et sanguinolente qu’incarne monsieur Alpha Condé.

Guineematin.com : au niveau du FNDC, on parle du peuple. Au niveau du RPG aussi, on parle du peuple. Finalement, le peuple c’est qui ? Est-ce que vous voyez la population se lever pour vous accompagner dans la lutte contre ce 3ème mandat ?

Dr. Alpha Amadou Diallo : ce sont les forces vives de la nation qui constituent le front. Que ça soit les partis politiques, les syndicats, les ouvriers, les agriculteurs de Yomou, de Koundara, etc. tous sont concernés. Maintenant avec quelle méthode ? Alors, actuellement, il y a eu des fédérations du FNDC partout, même dans les villages. Il s’agit de venir expliquer à la population qu’est-ce que c’est que la constitution. C’est un outil du vivre ensemble. Voilà monsieur Alpha Condé veut s’accaparer aujourd’hui de cet outil pour tailler une constitution sur mesure, pour rester et maintenir un clan au pouvoir. Avec cette histoire de vice-présidence, c’est lui qui va désigner le vice-président. S’il est élu et son vice-président est élu, en cas de vacance du pouvoir, c’est le vice-président qui va prendre le pouvoir. Donc, c’est une façon de confisquer le pouvoir en Guinée.

Guineematin.com : en dénonçant ce projet de nouvelle constitution, le président de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, a reconnu avoir participé à la modification constitutionnelle de 2001 qui a permis au président Lansana Conté de briguer un troisième mandat. Cette sortie du chef de file de l’opposition guinéenne a suscité beaucoup de bruit à Conakry parce qu’il semble s’opposer aujourd’hui à ce qu’il a fait hier. Qu’en dites-vous ?

Dr. Alpha Amadou Diallo : revenons d’abord à monsieur Lansana Conté qui n’avait pas de diplôme d’université comme le prétend monsieur Alpha Condé. C’est un soldat patriote qui est venu prendre le pouvoir le 03 avril 1984. C’est une histoire récente de la Guinée. Il a fait une transition pacifique avec son discours-programme du 22 décembre 1985. Il a orienté politiquement et économiquement la Guinée vers le libéralisme économique et politique où chaque citoyen est libre de créer son parti. Donc, monsieur Lansana Conté a une légitimité. Deuxièmement, à l’issue de ce pouvoir militaire, il a créé un conseil national de transition qui fait office de parlement. Ce parlement a préparé une constitution qui a été soumise à un référendum. C’est ce référendum qui a mis en place une constitution qui a donné naissance aux différentes institutions de façon pacifique.

Il s’est avéré que cette constitution ne verrouillait pas la limitation des mandats. Elle disait seulement deux mandats mais ne disait pas consécutifs ou non. Au terme de ça, des gens mal intentionnés se sont mobilisés pensant qu’en maintenant Lansana Conté sur place, ils pouvaient prendre la relève après. C’est des ambitions politiques personnelles. Par contre, monsieur Lansana Conté n’avait violé aucune loi à l’époque pour changer la constitution. Les bons esprits, dont mon père (Elhadj Boubacar Biro Diallo) qui était, à l’époque, président de l’Assemblée nationale, l’avaient conseillé de ne pas aller au-delà de ses deux mandats, de respecter et de passer le relai. Mais, d’autres n’ont pas entendu ça de bonnes oreilles.

Guineematin.com : vous avez parlé jusque-là de Lansana Conté, mais pas de Cellou Dalein Diallo, actuel président de l’UFDG, et qui était à l’époque ministre de Lansana Conté. Il avait, alors, soutenu le projet de troisième mandat pour Lansana Conté. Aujourd’hui, il s’oppose à un projet similaire pour Alpha Condé. Pourquoi cela ?

Dr. Alpha Amadou Diallo : d’abord, je vous dis que monsieur Lansana Conté avait toute la légitimité qu’il faut pour modifier la constitution. En plus, cette constitution ne verrouillait pas le nombre de mandats présidentiels. C’était extensible et il pouvait revenir. Or, avec cette nouvelle constitution, on dit qu’on vient vers une 4ème République, monsieur Alpha Condé ne sera pas concerné puisque la constitution sur laquelle il a juré, avec laquelle il a géré le pays, puisque tous les actes de la République, il les fait au nom de la constitution, tous les décrets, toutes les décisions font allusion à la constitution. Même les contrats qu’il est en train de signer, il les signe au nom de la constitution. Donc, il ne peut pas dire aujourd’hui que cette constitution n’est pas bonne.

Et cette constitution, contrairement à celle de 2001, a mis un verrou sur le nombre de mandats présidentiels, elle a dit deux mandats non renouvelables. Donc, si Alpha Condé tente de changer cette constitution pour briguer un nouveau, il s’engage dans une logique de parjure. Et quand il se met dans l’illégalité, toutes les options sont sur la table.

Guinnematin.com : y compris un coup d’Etat ?

Dr. Alpha Amadou Diallo : non ! Personne ne parle de coup d’Etat ici. Ce qu’il faut savoir, le peuple est souverain. On ne va pas empêcher le peuple de sortir dans la rue pour dire non, on ne veut pas d’une nouvelle constitution. Il ne s’agit pas de dire que nous, on va faire ce qu’on veut, les gens vont sortir manifester pour soutenir un 3ème mandat. Ceux qui vont sortir pour contester ce 3ème vont être jetés en prison ou violentés par les forces de défense et de sécurité. De toutes les façons, ce débat n’existe pas. Le FNFC est là pour verrouiller ce débat. On a autre chose à faire. Par exemple, on a les élections locales où les conseils des quartiers et les conseillers régionaux ne sont pas installés. Pourquoi ne pas terminer le processus électoral là, faire les élections législatives et présidentielles avant de parler d’un référendum constitutionnel ? Puisque parler de ce référendum, c’est aller du coq à l’âne. Monsieur Alpha Condé n’a pas achevé le processus électoral local et il veut aller à un processus électoral national.

Guineematin.com : l’argument des promoteurs d’une nouvelle constitution, c’est que l’actuelle constitution n’a pas été approuvée par le peuple, elle a juste été promulguée par le président de la Transition, le général Sékouba Konaté, alors qu’elle devait être soumise à un référendum. N’est-ce pas là un argument solide ?

Dr. Alpha Amadou Diallo : cette constitution a été adoptée par le CNT qui était un organe consensuel qui faisait office de parlement. Le RPG était là, tous les partis politiques, les syndicats, la société civile et les leaders religieux. Il fallait sortir de la situation du 28 septembre qui a été un massacre que personne ne veut juger puisque tout simplement les complices ou les coupables sont encore dans la gouvernance de monsieur Alpha Condé. Il fallait sortir de là, et pour le faire, il fallait mettre une constitution en place mais limitant le nombre de mandats présidentiels. Une fois que le président a terminé son mandat, quelle que soit la République, il n’est plus concerné par une candidature présidentielle.

Aujourd’hui, si le RPG dit que cette constitution est mauvaise, ce que l’élection d’Alpha Condé est mauvaise, toutes les décisions qu’il a prises jusqu’à maintenant n’ont pas une légitimité. Donc, monsieur Alpha Condé doit savoir qu’à l’issue de ses deux mandats, il doit organiser des élections démocratiques et passer le relais. Personne ne va lui chercher des poux sur la tête, personne ne va venir le perturber. Si son rêve c’est d’être Mandela ou autre, il pourra le faire. A ce moment-là, il aura cette légitimité.

A suivre !

Interview réalisée par Alpha Assia Baldé pour Guineematin.com

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