Faire de la Guinée un pays émergent : « les discours ne suffisent pas », selon l’ancien maire de Labé

Au cours d’un entretien qu’il a accordé ce lundi, 03 juin 2019, à la rédaction régionale de Guineematin.com, l’ancien maire UPR (Union pour le Progrès et le Renouveau) de Labé, Elhadj Ibrahima Sampiring Diallo a rappelé ce proverbe mandingue plein de sagesse : « on a beau soutenir le mensonge par des colonnes, il finira un jour par s’écrouler.»

L’ancien maire UPR de Labé, Elhadj Ibrahima Sampiring Diallo semble avoir été inspiré par ce constat personnel au vitriol: « la triste réalité que nous vivons encore après tant d’années de pratique de la souveraineté nationale reste dominée par l’état de pauvreté des populations, les frustrations de toutes sortes, le culte de la personnalité, le réseautage au mépris de la culture de l’excellence, l’intolérance politique et la mal gouvernance. Autant de tares responsables de ce grand retard économique, social et culturel de la Guinée, considérée pourtant comme un scandale géologique, en raison des énormes potentialités qu’elle recèle » a-t-il entamé.

Poursuivant son diagnostic sans complaisance, l’ancien maire de Labé enfonce le clou : « placée parmi les pays les plus pauvres et les plus endettés du monde, la Guinée, malgré la propagande, peine à sortir de cette situation désastreuse, faute d’une volonté politique ferme et d’un engagement solide de la classe au pouvoir.»

Un petit fait pour illustrer cette affirmation du doyen Elhadj Ibrahima Sampiring Diallo : « sous le régime du Général Lansana Conté, un ministre louait le chef de l’Etat dans une intervention télévisée qui, dans sa générosité avait octroyé à chaque sous-préfet du pays, une moto de service. Dans la même semaine, un communiqué lu sur les antennes de radio Dakar (RTS) annonçait la mise à la disposition de chaque sous-préfet du pays profond un véhicule 4X4 de service. Voilà qui est suffisant pour montrer que la Guinée n’est comparable qu’à elle-même » ajoute-t-il.

Par ailleurs, précise-t-il, la volonté politique pour un changement qualitatif dans la gestion du pays est régulièrement exprimée par le gouvernant à travers des expressions reprises comme le refrain d’une chanson : « … pour faire de la Guinée un pays émergent. »

A l’en croire, la notion d’émergence est complexe, difficile à cerner, compte tenu des critères très variés sur lesquels réponde l’appellation. Plus simplement, croit-il savoir, un pays émergent est plus près du développement que du non développement.

Pour se faire comprendre davantage, il a tout simplement rappelé que sont dans la catégorie de pays émergents l’Inde, le Pakistan, le Maroc, l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Nigéria, l’Egypte et bien d’autres encore.

Et si d’aventure les masses protestent et réclament un changement dans une situation donnée, le communicateur puise dans un champ d’expressions consacrées pour trouver à chaque cas de figure, les éléments de réponse à apporter à la revendication. A cet effet il n’est pas rare d’entendre dire : « mon département est en train de réfléchir ; cette question fait partie des priorités du gouvernement ; le projet se déroule conformément aux recommandations du chef de l’Etat ; le projet avance à grands pas, et le chef de l’Etat y veille personnellement» ou encore « le gouvernement a réuni les moyens et nous sommes en train de chercher l’entreprise avec laquelle négocier ; bientôt la Guinée pourra se doter de ceci ou de cela et même donner son excédent de courant électrique aux pays voisins » et patati ! et patata !

A force de revenir sur ces expressions, « on découvre aisément l’odieuse technique qui consiste pour l’essentiel à cacher la vérité aux citoyens impétueux pour faire espérer en un avenir radieux et ce, dans toutes les directions de la vie collective et individuelle, bref, tout est utilisé pour le faire rêver et l’aider à oublier sa misère.»

C’est à ce niveau que l’ancien maire UPR de Labé, Elhadj Ibrahima Sampiring Diallo a jugé utile de rappeler très vite ce proverbe mandingue plein de sagesse : « on a beau soutenir le message par des colonnes, il finira un jour pour s’écrouler.»

Il a rappelé également cette vérité coranique : « le sourd et l’entendant ne sont pas égaux. Quand un sourd vous tourne le dos, vous avez beau le rappeler, il ne vous entendra pas. »

Aussi, insiste-t-il, pour réussir « dans cette noble ambition de faire de la Guinée un pays émergent, il est indispensable de conduire cette démarche sur une base solide et sûre : se doter d’un système éducatif très performant qui bénéficierait de par sa rigueur une reconnaissance internationale. Sait-on d’ailleurs le nombre de diplômes guinéens invalides à l’extérieur, obligeant la malheureuse victime en quête d’emploi ou de formation, à changer d’option pour reprendre ses études ?

Si à côté de nous, l’Université Cheick Anta Diop de Dakar, l’une des plus anciennes de l’espace francophone et connaissant une véritable audience, occupe cette année la 58ème place parmi les 200 premières et meilleures universités d’Afrique, la Guinée, quant à elle, est ‘’hors classement’’. Ce qui signifie qu’elle n’est représentée sur aucune liste de palmarès. »

Puis « si donc l’Université guinéenne pouvait s’inspirer de l’exemple qu’offre l’Université Sorbonne de Paris, pour réduire son émiettement pour un but purement mercantiliste, en se regroupant, l’enseignement et la recherche gagneraient beaucoup en qualité. Ce qui pourrait à la longue ouvrir à notre institution une place dans l’environnement international, dans le monde de la science. »

Au sens de l’ancien maire de la commune urbaine de Labé, Elhadj Ibrahima Sampiring Diallo, il existe aussi d’autres préalables incontournables : « l’eau et l’électricité, une industrie lourde et légère, des infrastructures routières et ferroviaires pour relier toutes les localités, véritables pôles économiques, car ces voies d’accès sont pour le pays ce que le sang représente pour le corps vivant. Il faudrait également concevoir une nouvelle politique agricole, assurer une gestion saine et transparente des ressources minières et halieutiques, dans l’intérêt du pays, sans exclusif.

Il faudrait organiser des élections libres et crédibles, instaurer une justice juste et forte comme le disait l’écrivain, mathématicien, philosophe français, Blaise Pascal, dans ses pensées : il est juste que ce qui est juste soit fort, que ce qui est fort soit juste, car la justice sans la force est discréditée, la force sans la justice est tyrannie.

Ce ne sont donc pas les discours qu’il faut mais des actes. Ce qui suppose que tout dirigeant fera montre d’un état d’esprit, d’une attitude toujours en adéquation avec la ligne choisie et les objectifs fixés à terme. Dans l’état actuel des choses, il sera difficile à la Guinée de devenir un pays émergent avant l’horizon 2063», conclu notre interlocuteur.

Depuis Labé, Kawou Seydi pour Guineematin.com

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