Mme Kadiatou Diallo, citoyenne de Labé

La mort du jeune étudiant, Amadou Boukariou Baldé le 31 mai dernier, sous l’effet des violences à lui infligées par des agents des forces de l’ordre au centre universitaire de Labé, a créé l’émoi à travers la Guinée. Les parents de la victime dénoncent une négligence de la part des services de santé qui n’ont pas suffisamment joué leur rôle pour tenter de sauver la vie du jeune étudiant, arraché à l’affection des siens à la fleur de l’âge.

Dans une interview accordée à un reporter de Guineematin.com dans la matinée de ce jeudi, 06 juin 2019, madame Diallo Kadiatou, venue aux urgences de l’hôpital régional de Labé juste après la bastonnade du jeune homme, est revenue sur ce qu’elle sait de cette triste nouvelle.

Guineematin.com : vous êtes un des témoins des faits qui ont eu lieu à Labé, en tout cas de ce qui s’est passé à l’hôpital. Dites nous ce que vous en savez.

Kadiatou Diallo : c’est ma sœur qui vit à Conakry qui m’a appelé ce jour-là pour m’informer qu’Amadou a eu des problèmes. Aussitôt, j’ai appelé son numéro mais c’est un étudiant qui a répondu. Il m’a dit qu’Amadou est aux urgences de l’hôpital régional de Labé. Je suis allée là-bas directement. Quand je suis arrivée, on m’a fait savoir qu’Amadou était à la réanimation.

Guineematin.com : aviez-vous pu le voir ? Est-ce qu’il était conscient ?

Kadiatou Diallo : oui j’avais pu le voir. Il y avait les étudiants qui m’ont dit qu’on ne leur a pas permis de voir Amadou depuis qu’il est entré dans la salle de réanimation. Je suis allée taper à la porte. Quand ils ont ouvert, je leur ai dit que j’étais le seul parent qu’Amadou avait à Labé. Je suis rentrée, je l’ai vue là où il était couché. Mais, ils l’ont battu à mort. Quand je suis entré, il n’était pas conscient. Il arrivait difficilement à respirer. Ensuite, les médecins m’ont dit de payer le traitement qu’ils venaient de faire. Je leur ai répondu de me donner l’ordonnance d’abord pour que j’aille acheter les produits qu’ils avaient prescrits. Ça, c’est les médecins de la réanimation. Il y a eu tiraillement entre eux et moi. J’ai insisté, j’ai pris l’ordonnance pour aller acheter les produits à la pharmacie derrière l’hôpital. Par après, quand je leur ai remis les produits, ils ont continué à réclamer les frais du traitement qu’il a eu avec eux. C’était un antibiotique et une perfusion qui ont coûté 165 mille francs guinéens.

Guineematin.com : dans vos échanges avec les étudiants, est-ce qu’ils vous ont dit qui est à l’origine de la mort d’Amadou Boukariou Baldé ?

Kadiatou Diallo : les étudiants m’ont dit qu’Amadou avait fini de faire la prière du vendredi. Il était avec un de ses amis là-bas. Selon son ami, c’est les gendarmes qui l’ont sérieusement battu. Après, ils l’ont envoyé dans un centre là-bas, à Hafia pour les premiers soins. D’après les étudiants, ces sont les gendarmes qui ont fait ça.

Guineematin.com : on a appris aussi que pour transporter Amadou des urgences pour Conakry, il y a eu des soucis avec l’ambulance. Qu’en savez-vous, puisque vous étiez là ?

Kadiatou Diallo : quand je suis arrivée à l’hôpital, j’ai vu son état, je leur ai dit de l’évacuer immédiatement. Ils m’ont dit d’attende jusqu’au lendemain, le samedi. J’ai insisté en disant qu’il faut l’évacuer, surtout que ses parents avaient bougé de Conakry pour Labé, ils étaient au niveau de Coyah. Je leur ai dit qu’avec son état, je préférais qu’on l’évacue. Cela pouvait aussi permettre aux parents de se limiter à Coyah. Les médecins ont persisté en disant qu’il va passer la nuit à Labé.

Guineematin.com : à quelle heure ont-ils décidé de partir pour Conakry ?

Kadiatou Diallo : c’est aux environs de 21 heures. Mais, le petit était déjà mort. Les ambulanciers n’ont pas été sincères avec nous. Je leur avais dit de me laisser partir avec eux. Ils m’ont dit que comme ses parents sont en route, de leur donner leurs numéros de téléphone. J’ai pris le numéro du papa d’Amadou pour leur donner. A cet instant, quand j’ai appelé le papa, il m’a dit qu’ils étaient à la sortie de Mamou. Je leur ai dit de descendre à Dalaba pour attendre l’ambulance qui s’apprêtait à quitter Labé. Quand je suis rentrée à la maison, j’ai rappelé l’ambulancier pour lui dire de prendre les parents du jeune homme à Dalaba. Mais, ils sont venus pour passer sans chercher quoi que ce soit. Ils ont continué leur chemin, sans même appeler la famille pour leur dire qu’ils ne vont pas s’arrêter. Les parents ont passé la nuit là-bas. Ils ont restés jusqu’à une heure du matin aux abords de la route. C’est à cette heure qu’un étudiant les a hébergés à Dalaba.

Guineematin.com : que retenez-vous du jeune Amadou ?

Kadiatou Diallo : c’était comme un frère pour moi. Je l’ai vu grandir ici à Cosa. Il n’avait pas de problèmes. C’était un enfant qui avait de l’avenir.

Propos recueillis par Alpha Mamadou Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 628 17 99 17

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