La plage de la Minière est aujourd’hui dans un très mauvais état. Cette bordure de mer a été transformée en dépotoir d’ordures. Non seulement des citoyens mais aussi certaines entreprises chargées de faire le curage des caniveaux de la ville de Conakry y déversent des déchets. Cette situation révolte Baïlo Barry, fondateur et directeur exécutif de l’ONG Destin en mains. Au cours d’un entretien avec un journaliste de Guineematin.com, ce mardi, 11 juin 2019, l’activiste de la société civile qui est également l’initiateur du concept samedi d’assainissement, a poussé un cri de cœur sur cette situation.

Pour lui, « c’est une indignation de voir cette situation, parce que ça fait plus d’une année que nous sommes en train de nettoyer, par exemple pour le cas de cette plage de la minière. Mais fort malheureusement, tous nos efforts sont aussi contrés par les actes inciviques des populations, accompagnés de l’impunité. Parce que pour moi, si les populations continuent à déverser les déchets dans la rue, dans les caniveaux, ou dans les bras de mer, c’est tout simplement parce que ces populations ne sont pas interpellées ou sanctionnées.

Je peux comprendre, dans les années antérieures ou les mois antérieurs, qu’on n’avait pas où mettre les déchets, et donc on ne savait pas où les poser clairement. Mais aujourd’hui, il y a des petits efforts que le gouvernement est en train de faire à mettre des bacs à ordures dans les quartiers, et également il y a des PME quand même qui sont dans les quartiers, qui pourraient inciter les populations à s’abonner pour que ces PME puissent débarrasser ramasser les déchets dans les foyers », a-t-il dit.

Mais, en plus du manque de civisme de la part de certains citoyens, Baïlo Barry regrette surtout le comportement de certaines sociétés en charge du curage des caniveaux de Conakry, qui vont déverser les ordures au niveau de cette plage. « Le constat est surtout très alarmant ici, parce que depuis que le ministère des Travaux Publics a lancé ce programme de curage des caniveaux les entreprises qui ont bénéficié de ces contrats-là, quand elles curent les caniveaux, au lieu de transporter les déchets au niveau de la décharge qui est bien aménagée et indiquée pour recevoir ces déchets-là, elles ont la paresse ou elles font l’économie parce qu’il y a l’impunité, elles cherchent des espaces vides dans les quartiers comme ce bras de mer pour les déverser là.

Donc, c’est ce qui fait que ce canal de la jetée de la minière qui se déverse dans l’océan Atlantique est devenu un dépotoir sauvage. Nous avons même remarqué hier lundi matin, en bas de ce pont-là, qu’il a y eu quatre chargements de déchets venant de curages de caniveaux qui ont été déversés là tard la nuit », déplore l’activiste de la société civile.

Face à cette situation, le directeur exécutif de l’ONG Destin en mains propose quelques pistes de solutions. « Aujourd’hui, il y a lieu d’interpeller un peu l’esprit civique des citoyens et également la responsabilité des autorités à suivre les actions des acteurs surtout de ceux à qui ils ont confié ce travail. C’est extrêmement important parce que pour moi, pour lutter contre ces déchets, il va falloir penser à une synergie d’actions de tous les acteurs et également professionnaliser le secteur. C’est extrêmement important parce qu’aujourd’hui, les déchets sont énormes et les défis dans le cadre de la gestion des déchets aussi sont énormes. Donc c’est ce qui fait qu’aujourd’hui je me dis, dans le cadre de la gestion durable de ces déchets, que ce sont les collectivités qui ont la compétence de la gestion durable de ces déchets-là.

Et de l’autre côté, vu qu’on n’a pas assez d’espaces pour emmagasiner tous ces déchets-là, il est temps que nous pensions à une chaîne de valeur. Il faut penser à valoriser ces déchets-là, à les transformer. Tous les déchets qu’on peut transformer en engrais, qu’on le fasse ; les déchets plastiques qu’on peut aussi transformer en d’autres objets de valeur, qu’on le fasse également. Parce qu’on a remarqué aujourd’hui au niveau de la capitale, qu’on ne retrouve plus du fer parce qu’il est transformable. Et, l’aluminium aussi est transformé aussi en marmites et d’autres objets.

Et, il faut mettre à contribution surtout les chefs de famille, les conseiller à s’abonner au niveau des PME. Ces PME aussi vont créer des emplois pour les jeunes. Après cela, il y a les chefs de quartiers aussi qui doivent s’impliquer dans le cadre de la sensibilisation et de la mobilisation, les chefs de secteurs également et les maires. Parce que pour moi, ce sont ces collectivités-là qui ont la compétence de la gestion durable de ces déchets. Donc, que chaque maire s’organise avec ces chefs de quartiers, chefs de secteurs pour aller sensibiliser les chefs de familles dans les foyers, pour leur demander réellement de s’abonner auprès des PME. C’est là où on peut créer aussi de la richesse et créer des emplois pour les jeunes », préconise Baïlo Destin.

Fatoumata Djouldé Diallo pour Guineematin.com

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