Général Ibrahima Baldé, Haut Commandant de la Gendarmerie nationale, accusé d’avoir fait interpeller Elhadj Boubacar Diallo, patron de la société SOKAMI

Elhadj Boubacar Diallo est interpellé et détenu à la maison centrale de Coronthie à cause d’un contrat mal exécuté entre lui et ses partenaires vénézuéliens. Le contrat entre les sociétés ‘’SOKAMI’’ (du guinéen) et ‘’Inversonnes DD CSA’’ (de Denis Rafael Perez Perozo, Carlos Andres Perez Leal et Carlos Vegas) porte sur près de 17 millions de dollars. Les deux sociétés ont signé un contrat de vente et d’exportation de 530 kilogrammes d’or.

Mais, l’exécution dudit contrat a souffert de manquements de la part des contractants qui ne se sont pas acquittés de leurs obligations contractuelles. Les vénézuéliens accusent notre compatriote de ne leur avoir pas livré l’or comme prévu et Elhadj Boubacar Diallo reproche à ses partenaires de n’avoir pas viré l’argent comme promis dans le contrat… Et, c’est lui qui a été arrêté, détenus à la maison centrale et qui fait face actuellement au tribunal.

Le procès de Elhadj Boubacar Diallo et ses huit coaccusés se poursuit devant le tribunal correctionnel de Dixinn. Ces prévenus sont poursuivis pour Association de malfaiteurs et escroquerie en bande portant sur la somme d’un million huit cent mille dollars (1 800 000 USD) au préjudice de la société ‘’Inversonnes DD CSA’’, représentée par Denis Rafael Perez Perozo, Carlos Andres Perez Leal et Carlos Vegas. Et, pour l’audience de mercredi dernier, 12 Juin 2019, c’est Elhadj Boubacar Diallo (présenté comme le cerveau de cette affaire) qui était à la barre. Le prévenu a plaidé non coupable des faits qui lui sont reprochés, tout en dénonçant une cabale orchestrée contre lui par des guinéens pour le mettre en mauvaise posture face à ses ‘’partenaires’’ vénézuéliens avec lesquels il a signé un contrat d’achat et d’exportation de 530 kilogrammes d’or, rapporte un journaliste de Guineematin.com qui a suivi cette audience.

Selon Elhadj Boubacar Diallo qui a été entendu par le tribunal correctionnel de Dixinn, son partenaire (la société Inversonnes DD CSA) devait virer le prix des 530 kilogrammes d’or (16 millions 960 mille dollars) à un compte qui lui a été indiqué en Guinée par les fournisseurs (la société SOKAMI). Ceci, dans un délai de 12 à 15 jours après la signature du contrat. Seulement, au bout de 5 mois de contrat, Inversonnes DD CSA n’a pas envoyé plus d’un million huit cent mille (1 800 000) dollars. « C’est par tranche qu’ils ont envoyé ça aussi. Et, comme mes fournisseurs d’or (des orpailleurs qui sont un peu partout à l’intérieur du pays) me harcelaient pour entrer en possession de leur argent, j’ai décaissé le montant que la société (Inversonnes DD CSA) avait viré à un compte domicilié à la banque centrale. Un compte qui appartient à Mohamed Lamine, avec qui je collaborais », a expliqué Elhadj Boubacar Diallo, tout en précisant qu’il n’a jamais fourni la quantité d’or qui équivaut au montant qui a été viré et qu’il a décaissé.

Pour sa défense, le prévenu explique que le montant qui a été viré par son partenaire était un début de payement. « J’attendais le virement total des 16 millions 960 mille dollars pour livrer les 530 kilogrammes d’or. Parce que, dans le contrat, c’est ce qui était prévu. Si mon partenaire avait rencontré des difficultés de payement, il pouvait me le dire. Et, peut-être solliciter qu’on fasse les choses progressivement. Mais, il n’a rien dit. Et, dans le contrat que nous avons signé, il est dit que c’est après le virement de l’argent que je dois livrer la commande. Donc, un million huit mille dollars était un début de payement. J’attendais la suite ; et, c’est dans ça qu’on m’a arrêté », a indiqué Elhadj Boubacar Diallo.

Revenant sur les conditions de son arrestation, Elhadj Boubacar Diallo a dénoncé une procédure extraordinaire et pleine d’intimidations. « Des gendarmes sont venus chez moi avec un mandat d’amener. J’ai demandé comment ils peuvent m’envoyer un mandat sans pour autant m’avoir adressé une convocation au préalable… Ils m’ont embaqué et conduit à leur base. C’est à la brigade de recherche de Kipé qu’on m’a dit que le mandat est venu du haut commandement de la gendarmerie et non de la justice. « Ils ont dit que c’est le Général Baldé qui leur a donné l’ordre de m’arrêter », a confié le prévenu.

« Pourquoi avez-vous dit à votre partenaire de virer l’argent dans le compte de Mohamed Lamine, alors que vous possédez un compte ? » a alors demandé le juge Aboubacar Mafering Camara.

Et, Elhadj Boubacar Diallo de répondre : « c’est parce que je n’avais pas de licence. Et, si vous ne possédez pas de licence, il vous est impossible d’avoir un compte à la banque centrale. Mon compte était logé à First Bank. J’avais des partenaires qui voulaient acheter 530 kilogrammes d’or. Donc, je suis allé collaborer avec Mohamed Lamine qui a une société et qui a un compte à la banque centrale. Ça pouvait être Paul ou Pierre ; mais, le destin a voulu que je collabore avec Mohamed Lamine ».

« Vous saviez que vous n’aviez pas de licence d’exportation et pourtant vous avez signé un contrat avec cette société (Inversonnes DD CSA). Pourquoi ? », interroge pour sa part le ministère public.

« Il n’est pas interdit d’acheter ou de vendre de l’or en république de Guinée. La licence, c’est pour l’exportation. Et, c’est pour cette opération que j’ai collaboré avec Mohamed Lamine », a répondu Elhadj Boubacar Diallo.

Très à l’aise de parler de cette affaire « qui ne constitue en rien une infraction à la loi », le prévenu de 56 ans affirme que c’est lui qui a fait venir ces vénézuéliens en Guinée. « On a échangé pendant trois mois avant qu’ils ne viennent ici. Au début, ils ont dit qu’ils voulaient une tonne d’or. Mais, quand ils sont venus, j’ai demandé qu’ils fassent une intention. C’est après qu’ils m’ont adressé une lettre d’intention pour l’achat de 500 kilogrammes. Ils ont ensuite demandé un échantillon de 10 kilogrammes. J’ai fourni les 10 kilos et ils sont partis avec cet or dans une raffinerie aux Etats Unis. Après, ils m’ont appelé pour me dire que c’est une très bonne qualité d’or et ils ont demandé 30 kilos de plus. C’est ce qui fait les 530 kilogrammes de commande. Ils ont promis de virer l’argent ; mais, c’est seulement un million huit cent mille dollars qu’ils ont envoyés… Mais, dans cette affaire, j’ai compris que ce sont certains de mes compatriotes guinéens qui veulent me mettre en mal avec mes partenaires, dans l’intention de récupérer ma place. Je sais qu’il y a quelque chose derrière tout ça. Parce que quand j’ai été arrêté et emprisonné à la maison centrale, le juge d’instruction est allé me présenter une assignation de 250 millions de dollars. Dès qu’il a dit le montant, j’ai eu des maux de tête. Je suis tombé malade immédiatement », a dit Elhadj Boubacar Diallo.

Par ailleurs, le patron de SOKAMI a déclaré qu’à un moment donné, ses partenaires lui avait dit de ne pas envoyer l’or par l’aéroport ou le port. « Ils ont dit que le colis ne doit pas transiter par les voies légales ; sinon, la douane américaine allait le saisir… J’ai alors dit quand vous enverrez l’argent, je vais vous livrer l’or à la banque centrale. Et, à partir de là, c’est vous qui savez comment vous allez l’exporter », a indiqué Elhadj Boubacar Diallo.

Citant l’article 12 du contrat qui lie SOKAMI et Inversonnes DD CSA, le collectif des avocats de la défense (conduit par Me Dinah Sampil) a estimé que le tribunal correctionnel n’est pas compétent pour juger cette affaire. Car, soutiennent les avocats, « les deux sociétés ont déjà choisi le moyen de régler les problèmes qui naitraient dans l’exécution de leur contrat. Et, ce moyen est l’arbitrage. Donc, c’est le tribunal arbitral ou celui du commerce qui devrait s’occuper de cette affaire ».

De son côté, le conseil de la partie civile a expliqué que le montant qui a été escroqué à ses clients est estimé à plus de deux millions de dollars, contrairement à un million huit cent mille dollars qui a été annoncé par le prévenu. Mais, soutient-il, « parmi les prévenus qui comparaissent devant les tribunaux correctionnels, ceux qui semblent être intelligents sont des escrocs ».

« Qu’il retire ce mot, monsieur le président », ont réagi les avocats de la défense dans une cacophonie indescriptible.

A la fin de l’audience, les avocats de la défense ont demandé au tribunal de libérer le prévenu de la maison centrale et de le placer sous contrôle judiciaire, arguant que leur client comparait par citation directe. Une demande à laquelle le ministère public et l’avocat de la partie civile se sont catégoriquement opposés. « Elhadj Boubacar est en prison pour une autre procédure dans laquelle il est placé sous mandat de dépôt », a précisé le procureur audiencier, Daouda Diomandé.

Finalement, le tribunal a rejeté la demande de la défense, tout en renvoyant l’affaire au mercredi prochain pour la suite des débats.

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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