Me Pépé Koulémou, avocat à la cour et président de l’Alliance  pour le Renouveau National (ARN)
Maïtre Pépé Koulémou

Le projet de nouvelle Constitution, défendu bec et ongles par les partisans du pouvoir en Guinée, est contesté par de nombreux juristes et autres spécialistes du Droit. C’est pour exprimer son aversion face à cette idée que maitre Pépé Koulémou, avocat à la cour et président de l’Alliance pour le Renouveau National (ARN), s’est prononcé sur le projet de nouvelle Constitution, les violences récemment enregistrées à N’zérékoré et le positionnement politique de son parti. C’était à l’occasion d’une conférence de presse animée ce samedi 15 juin 2019, a appris sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Parlant du projet de nouvelle Constitution, maitre Pépé Koulémou a exprimé son regret sur cette actualité qui défraie la chronique dans la cité. « En réalité, il s’agit d’un faux débat, initié par certains membres du gouvernement guinéen et certains cadres guinéens qui pensent qu’il faut tripatouiller notre Constitution ou tout au moins passer à une nouvelle Constitution, alors qu’il n’y a aucune raison pouvant motiver une telle entreprise. Donc notre avis, au niveau de notre parti politique, nous disons non à toute tentative de confiscation du pouvoir du peuple de Guinée parce qu’il faut le dire, le pouvoir qu’exerce le président Alpha Condé appartient au peuple. Il doit donc l’exercer conformément à la loi. Nous disons donc à ce jour, force doit rester à la loi en République de Guinée ».

A la question de savoir si le président a le droit de proposer une nouvelle Constitution au peuple de Guinée, le leader de l’ARN reste catégorique. Maitre Pépé Koulémou estime que les promoteurs du 3ème mandat se focalisent sur un faux débat. « Comme ils ont compris qu’il n’y a aucune possibilité de procéder à une éventuelle révision de notre Constitution parce que c’est bloqué au niveau de l’article 154 de la Constitution qui dit que la laïcité de l’Etat, le principe de séparation du pouvoir, le nombre et la durée du mandat en République de Guinée ne peuvent pas faire l’objet d’une quelconque révision ou modification. C’est pourquoi, les initiateurs, au demeurant, pensaient qu’on peut parler de révision pour un 3ème mandat. Mais, comme ils se sont rendu compte que la Constitution a barré la route complètement au troisième mandat et de révision concernant le nombre et la durée du mandat, ils sont en train d’initier en vain la possibilité de doter une nouvelle Constitution. Nous, nous disons non », a-t-il martelé.

L’avocat et leader politique invite le peuple de Guinée à se mobiliser massivement pour exiger l’alternance politique. « Le peuple de Guinée doit se lever comme un seul homme pour barrer la route aux promoteurs de 3ème mandat. En tout cas, au niveau de notre parti, nous disons non, parce qu’il n’y a aucune urgence, la Guinée n’a aucune difficulté qui justifie un tel projet. Le président a été élu en 2010 et réélu en 2015 pour son second et dernier mandat en vertu de la Constitution actuelle pour faire valoir les vertus de la démocratie et non pour enfreindre la démocratie. Donc, nous disons que le peuple n’est pas dupe et il est prêt », a lancé le leader politique.

Par ailleurs, les violences enregistrées ces derniers temps à Nzérékoré n’ont pas été occultées par maitre Pépé Koulémou. Il accuse les autorités locales d’être derrière ces mouvements qui ont conduits à des violences. « Le cas de Nzérékoré est provoqué par l’administration publique. La Constitution a admis le droit de manifester. Lorsque le RPG Arc-en-ciel ou les cadres se déplacent pour aller battre campagne, faire la promotion d’une nouvelle Constitution en vue d’accorder la possibilité d’un 3ème mandat au président Alpha Condé, on leur accorde le privilège de le faire. Mais, lorsque des citoyens guinéens, qui ont le dernier mot, se prononcent en disant non, on les interpelle, on utilise la police et la gendarmerie pour aller les combattre. Je dis non, la loi s’applique à tout le monde. Donc nous disons que le cas de N’zérékoré est regrettable », a laissé entendre le président de l’ARN.

Pépé Koulémou, avocat à la cour et président de l’Alliance  pour le Renouveau National (ARN)

Réagissant au propos tenus par Amadou Damaro Camara, chef de la majorité présidentielle qui dit que les opposants au 3ème mandat seront chassés jusqu’à leur dernier retranchement, maitre Pépé Koulémou prévient. « J’ai vu où Damaro dit que tous ceux qui sont membres du FNDC doivent être traqués. Il pense que la Guinée est leur propriété. La Guinée n’appartient pas à seul à un individu. Il n’y a aucune urgence ni nécessité pouvant conduire le peuple de Guinée à aller à un référendum pour une nouvelle Constitution, surtout que le peuple a besoin de la démocratie comme le corps humain a besoin de l’oxygène pour vivre », a martelé maitre Pépé.

En ce qui concerne le positionnement de son parti sur l’échiquier politique Guinéen, maitre Pépé Koulémou souligne qu’il est désormais de l’opposition qui, selon lui, défend des causes nobles. « Nous étions de la mouvance présidentielle d’abord, au niveau de la COPAM… puis, nous nous sommes désolidarisé au moment ou les gens ont pensé à soutenir un 3ème mandat pour le président Alpha Condé. Nous avons dit que ce n’était pas possible, ni opportun. Le peuple a besoin de l’alternance démocratique. Nous avons dit que nous nous désolidarisons de toutes les décisions prises par la mouvance présidentielle qui estime qu’il faut soutenir l’illégalité alors que nous, nous soutenons la légalité. Oui à l’alternance démocratique et nous sommes désormais de l’opposition qui défend la cause noble ».

Touré Amadou Oury pour Guineematin.com

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