Créée par un décret en 2000, la Loterie nationale de Guinée (LONAGUI) serait-elle sur le point de rompre avec la routine qui la caractérise depuis ? On pourrait bien le croire, avec cette volonté de la nouvelle direction d’aller au-delà du simple rôle de régulation (police des jeux, paiement des licences et des redevances, etc.) pour se lancer dans l’exploitation d’au moins un type de jeu.

Une option d’ores et déjà entérinée par l’assemblée générale du tout aussi nouveau conseil d’administration.

En tout cas ce serait une étape de franchie pour la réalisation de l’une des principales tâches assignées à la société par sa tutelle : rapporter plus de recettes à l’Etat. Juste en mettant un terme à ce qui est jusque-là (quasiment) l’exception guinéenne dans la sous-région, et même ailleurs. Entre autres exemples, la LONASE au Sénégal et la LONACI en Côte d’Ivoire font dans l’exploitation du PMU depuis des lustres, et engrangent ainsi des recettes sans commune mesure avec celles que la LONAGUI tire des activités de l’opérateur privé WINIYA.

Ce qui explique en grande partie ce choix porté sur les courses hippiques, à la suite d’un travail de prospection mené sur le terrain. Une décision, il faut le dire, qui tombe à pic : par un hasard de calendrier elle coïncide opportunément avec la fin de la concession de dix ans accordée à la société WINIYA de Jean-Jacques Grenier (par ailleurs patron de GETMA-Guinée), à l’époque de la transition militaire dirigée par le CNDD.

Ce qui évite aux deux parties la gestion d’une situation de rupture abusive (ou de résiliation) d’un contrat qui arrive à son terme le 4 août prochain. Et comme la LONAGUI semble bien décidée à se lancer dans la course, en exploitant le PMU à l’instar de la plupart de ses homologues de la sous-région, elle n’aura pas en l’occurrence de contrat de concession à signer avec une autre société privée. Cependant, il va sans dire qu’elle devra travailler avec des partenaires sur les volets techniques, stratégiques et autres, surtout qu’il s’agit de courses qui se déroulent sur des hippodromes français (Paris-Vincennes, Auteuil, Enghien, Chantilly, etc.).

Quel sort pour les employés actuels ?

« Qu’allons-nous devenir » ? Une question lancinante qui hante certainement les nuits de nombreux employés de WINIYA. Le sort des travailleurs actuels du PMU est d’une grande importance, puisque ce sont, au bas mot, des centaines d’emplois directs et indirects qui sont concernés.

Mais, s’il faut se fier à certaines indiscrétions, aux yeux des autorités de la LONAGUI cette situation est plutôt perçue comme une aubaine. Tout en évitant aux employés et à leurs familles les affres du chômage, leur maintien (ou leur reprise, si on veut), va permettre au nouvel exploitant d’être rapidement opérationnel grâce à une main d’œuvre qualifiée et disponible.

Et dire qu’il y a longtemps que la LONAGUI aurait pu franchir ce pas sans qu’on ne parle de véritable réforme, encore moins d’abus d’autorité.

En effet, selon le décret qui l’a portée sur des fonts baptismaux et les statuts qui la régissent, la société dispose du droit de patrimoine et de monopole sur l’organisation, l’exploitation et la régulation des jeux de hasard, de loterie et assimilés sur toute l’étendue du territoire national.

Le plus grand pari à gagner, en choisissant cette option, reste bien entendu celui de la rigueur. Pour démentir un vieux cliché dans le pays : celui qui fait des structures publiques en général des « tocards » sur lesquels il serait imprudent de miser.

Diariou Baldé

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