Alpha Condé veut changer la Constitution guinéenne pour rester au pouvoir après son 2ème et dernier mandat

Alors que promoteurs et opposants au 3ème mandat pour Alpha Condé sont dans des positions irréductibles, le débat prend forme dans les institutions d’enseignement supérieur de la Guinée. C’est dans ce cadre qu’une mission d’enseignants, venue de Conakry, a été reçue hier mardi, 25 juin 2019, à l’Institut Supérieur Agronomique et Vétérinaire (ISAV) de Faranah. Les débats ont porté sur la question de savoir si on peut toucher à une Constitution ou pas, rapporte le correspondant de Guineematin.com basé dans la préfecture.

C’est un des amphithéâtres de l’ISAV de Faranah qui a servi de cadre à cette rencontre, en présence des cadres régionaux et préfectoraux. De nombreux étudiants ont pris part à cette conférence-débat.

Le gouverneur de la région de Faranah, Sadou Kéita, s’est réjoui de la tenue d’un tel débat à l’ISAV. « Je me réjouis à plus d’un titre de constater cette forte mobilisation à l’appel des autorités. Je remercie sincèrement les étudiants qui ont voulu que ce cadre réponde réellement à la vocation d’une université. Parce qu’en réalité, l’université est un cadre de débat, un cadre d’échanges et c’est cela que nous ressentons ce matin. Cette mission, comme elle n’est pas venue pour simplement lire des textes, elle a souhaité que ce cadre soit une tribune d’échange d’expérience, d’échange d’idées pour que plus jamais qu’on ne se trompe sur ce qui nous est commun. Il s’agit donc de savoir pourquoi une nouvelle Constitution pour la Guinée. C’est à la réponse à cette question que cette mission a été déployée. Ce n’est pas d’enseigner, mais dire la réalité scientifique et écouter les questions, les amendements, parce que ça va être un débat contradictoire entre vous et nous. Nous allons jusqu’à comprendre que c’est nécessaire et chacun va véhiculer le message », a dit le gouverneur.

Sory Sidibé

Pour sa part, Sory Sidibé, enseignant-chercheur, politologue de formation, chef de mission, est revenu sur la nécessité de ce débat porté par les intellectuels. « Nous avons décidé d’échanger avec les intellectuels, d’échanger avec les étudiants, le monde universitaire sur la question, est-ce qu’une Constitution est à changer ? Est-ce qu’on peut toucher à une Constitution ? C’est d’abord l’explication. Ce n’est pas pour dire il faut soutenir la révision constitutionnelle ou il ne faut pas soutenir. C’est de savoir est-ce qu’une Constitution est touchable ? Donc, on démontre qu’il y a eu l’existence des recherches plus scientifiques avant notre naissance, qui démontrent qu’une Constitution est bel et bien changeable. Comme l’a dit un penseur : « une Constitution est à faire, à défaire et à refaire ». Donc, c’est une œuvre humaine qu’on peut changer, on peut l’adapter à la réalité du pays. Pourquoi nous les enseignants ? Parce que c’est un travail pédagogique, c’est un travail scientifique. Soyons clairs, le débat de la Constitution, il faut les juristes, il faut les politologues, il faut les sociologues qui doivent s’exprimer sur la problématique de la Constitution. Nous avons retenu que le débat est posé dans les milieux universitaires, c’est ce qui est plus important. Le débat n’est pas tabou. Il faut que tout le monde s’approprie du débat », a laissé entendre Sory Sidibé.

Aboubacar Soumah, étudiant en Licence 3 du département Vulgarisation Agricole, a suivi le débat. Selon lui, il y a de l’incohérence dans les propos du conférencier. « Personnellement, j’ai vu pas mal d’incohérences, surtout dans les propos du conférencier. Parce que d’une partie, en répondant à une question, il a dit que la modification de la Constitution ne fait pas allusion au changement des conditions de vie de la population. Mais, moi je me pose la question, pourquoi maintenant nous changeons la Constitution ? Pendant que c’est le peuple qui décide, et tout ce que le gouvernement fait, il le fait pour le peuple. Et si les conditions de vie de la population ne se sont pas améliorées, pourquoi modifier la Constitution ? Aujourd’hui on l’appelle bâtisseur de la Guinée (le président Alpha Condé, ndlr). Tous les progrès réalisés, c’est en se référant sur cette Constitution. Aujourd’hui, ils sont fiers en disant qu’il a boosté tous les secteurs. Avec ça, est-ce que nous pouvons espérer à une modification de la Constitution ? Moi, je pense que c’est n’est pas normal, ce n’est pas évident. En toute sincérité, je ne suis pas pour… ».

De Faranah, Bangoura Mamadouba pour Guineematin.com

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