Mohamed Cissé, un proche de Hadja Fatoumata Soumah, une des victimes

Dans la nuit du mercredi au jeudi 04 Juillet 2019, plusieurs maisons en construction ont été cassées au secteur ‘’Stade’’, relevant du quartier ‘’Ansoumaniyah village’’, dans la commune urbaine de Dubréka. Cette casse qui ne relèverait d’aucune décision de justice ou administrative aurait été perpétrée aux environs de 04 heures du matin par des hommes (dont certains armés) qui seraient à la solde d’un officier de police en service à la brigade antidrogue à Conakry. Cet officier de police réclame depuis quelques années la paternité des parcelles sur lesquelles ces bâtiments ont été construits, a appris un journaliste de Guineematin.com qui s’est rendu à Ansoumaniyah village.

Selon des témoins rencontrés sur place, c’est le commissaire Sadou Diallo qui aurait organisé cette casse de maisons. En compagnie d’hommes armés et avec le soutien de certains jeunes de Ansoumaniyah village qu’il aurait soudoyé avec de l’argent, cet officier de police se serait rendu à ‘’Stade’’ pour casser des bâtiments en construction.

« Ils sont arrivés aux environs de 04 heures du matin. Certains d’entre eux détenaient des fusils. Ils se sont mis à casser les maisons. J’ai entendu le bruit et les coups de marteau. Je suis même sorti de ma maison pour voir ce qui se passait dehors. Dès qu’ils m’ont aperçu, ils ont braqué leurs armes sur moi. Je me suis hâté de rentrer et fermer ma porte », a confié un témoin rencontré sur les lieux.

Au total, ce sont quatre bâtiments qui ont subi la fureur des casseurs qui seraient aux ordres du commissaire Sadou Diallo. Et, les traces laissées sur les maisons ciblées en disent long sur la détermination des auteurs de la casse. Les gros trous creusés de part et d’autres sur les murs forcent le regard et indignent les victimes qui pleurent une casse de trop, orchestrée par cet officier de police qui « se croit au-dessus de la loi ».

Mohamed Cissé, un proche de Hadja Fatoumata Soumah, une des victimes
Mohamed Cissé

« La première fois, c’est à 05 heures du matin que le commissaire Sadou Diallo et ses agents sont venus casser notre maison. Ils étaient tous armés de fusils. Comme il travaille à l’antidrogue de Conakry, il croit être au-dessus de la loi… Sinon, en tant qu’officier assermenté, s’il sait que ce domaine lui appartient et que quelqu’un d’autre est venu y construire, il allait saisir la justice pour régler son problème… », a expliqué Mohamed Cissé, un proche de Hadja Fatoumata Soumah, une des victimes.

Cette vieille femme qui ne compte plus que sur ses enfants (qui n’ont pas assez de moyens) est sans mot. Elle est comme figée par la cruauté des hommes qui ont troué les murs de sa maison. Une maison qui est composée de deux chambres, un salon et un petit magasin.

Mamadou Malal Barry, une des victimes

De son côté, Mamadou Malal Barry- une autre victime- ne comprend pas l’entêtement du commissaire Sadou Diallo, alors que la justice a déjà tranché dans cette affaire. « C’est la quatrième fois que Sadou Diallo vient casser ma maison. La première fois, c’était en 2016. Il était venu détruire le portail de la cour et il avait enlevé les tôles et le plafond de la chambre que je venais de construire… On est allé en justice à Dubréka, puis à la Cour Suprême. Il a perdu tous les deux procès. C’est après cela que je suis revenu construire encore. Et, avant-hier (jeudi), il est venu vers 04 heures du matin pour détruire encore. C’est sur les pick-up de la brigade antidrogue qu’il vient (Sadou Diallo) avec des gendarmes pour casser nos maisons. Voyez ici, la porte, les fenêtres, les granites, le sable et les trois mille briques qui étaient là ont été emportés par Sadou et sa bande », a expliqué Mamadou Malal Barry, visiblement très affligé par les préjudices qu’il a subis.

De quoi est-il question dans cette affaire ?

Selon nos informations, les victimes de ces casses de maison sont prises en tenaille dans un litige entre un homme d’affaires, Mamadou Bhoye Sow (qui leur a vendu des parcelles) et le commissaire de police, Sadou Diallo. Ces deux hommes se disputent un domaine dont chacun se réclame propriétaire. Un domaine qui appartenait à l’Etat qui, à travers la direction préfectorale de l’urbanisme et de l’habitat de Dubréka, a cédé à un particulier.

« C’est l’habitat de Dubréka qui m’a vendu ici, en 2007. C’était six parcelles (de la parcelle N°32 à celle numéro 37) contenues dans le lot 55 », se défend Mamadou Bhoye Sow qui, en 2008, a vendu ces parcelles à des tiers (trois parcelles à Mamadou Malal Barry, une parcelle à Zakariaou et une autre parcelle à Hadja Fatoumata Soumah qui ont commencé à y construire des maisons.

Pour cet homme d’affaires, Sadou Diallo n’avait jamais réclamé ces parcelles au paravent. « C’est quand j’ai vendu les parcelles à d’autres personnes et que ces gens-là ont commencé à construire, que Sadou s’est levé pour dire que ces terrains lui appartiennent », a indiqué Mamadou Bhoye Sow au micro de Guineematin.

Me Thierno Ibrahima Barry, avocat du commissaire Sadou Diallo,
Me Thierno Ibrahima Barry

A défaut d’avoir le commissaire Sadou Diallo, le reporter de Guineematin.com a interrogé l’avocat de ce dernier. Selon Me Thierno Ibrahima Barry, avocat du commissaire Sadou Diallo, il n’y a aucun litige entre son client et Mamadou Bhoye Sow. « Je pense que c’est une mauvaise lecture de la décision de justice qui a été rendue et qui reconnait à mon client les parcelles 11, 12, 13 et 14 du lot 55 bis qui fait dire à monsieur Sow que ce domaine lui appartient. Sinon, il n’y a aucun litige sur le plan administratif, dans la mesure où ce ne sont pas les mêmes lots. Et, le certificat d’usage foncier de mon client prouve à suffisance que Sadou Diallo est propriétaire de ce domaine depuis 2005… C’est monsieur Sow qui pense que les parcelles qu’il a correspondent à celles qu’occupe le commissaire Sadou Diallo. Ces documents de propriété des parcelles 32 à 37 du lot 55 datent de 2007, soit 2 ans après que mon client ait acquis les parcelles 11 à 14 du lot 55 bis. Et, je pense qu’il n’y a pas eu un nouveau lotissement ; et, les parcelles ne bougent pas aussi », a indiqué Me Thierno Ibrahima Barry.

A en croire plusieurs autres sources, les lots 55 et 55 bis existent bien sur le plan cadastral du quartier Ansoumaniyah village. Mais, visiblement, l’homme d’affaires Mamadou Bhoye Sow et le commissaire Sadou Diallo campent tous sur le domaine. Pourtant, ils détiennent des titres fonciers différents.

Selon nos informations, le bras de fer entre les deux hommes (qui ont un lien d’alliance) a conduit le commissaire Sadou Diallo, en 2014 et 2016, à détruire les constructions en cours dans ce domaine litigieux. Et, suite à cette destruction d’édifice, le commissaire Sadou Diallo aurait été assigné en justice par Mamadou Bhoye Sow qui a vendu les parcelles aux victimes.

L’affaire a été portée devant le tribunal de première instance de Dubréka (justice de paix à l’époque) pour être jugée avec l’objet suivant : reconnaissance de propriété, cessation de troubles et paiement de dommages et intérêts. Et, à l’issue du procès qui a connu un transport judiciaire à Ansoumaniyah, Mamadou Bhoye Sow a été déclaré propriétaire légal des parcelles 32 à 37 du lot 55 de Ansoumaniyah village.

« Statuant publiquement, contradictoirement, en matière civile et en premier ressort, après en avoir délibéré, rejette la fin de non-recevoir tirée de l’autorité de la chose jugée soulevée par les défendeurs (Sadou Diallo et autres)… Déclare le demandeur Mamadou Bhoye Sow propriétaire des parcelles N°32, 33, 34, 35, 36, 37 du lot 55 de Ansoumaniyah village et le renvoie dans la jouissance paisible de cette propriété. Ordonne les défendeurs (Sadou Diallo et autres) à la cessation de tous les troubles de jouissance sur les lieux ; les condamne au paiement solidaire d’un million de francs guinéens au demandeur Mamadou Bhoye Sow », lit-on dans le jugement N°165 en date du 23 août 2016, rendu par la justice de paix de Dubréka.

Il sera reconnu à Sadou Diallo la paternité des parcelles 11 à 15 du lot 55 bis. Mais, ce dernier va s’insurger contre cette décision et interjeter appel. L’affaire sera alors transférée à la Cour d’Appel de Conakry. Et, devant cette juridiction, Mamadou Bhoye Sow sera aussi déclaré propriétaire des parcelles 32 à 37 du lot 55 de Ansoumaniyah village.

« Statuant publiquement, contradictoirement, en matière de référé en dernier ressort et sur requête, (…) rejetons la demande (relevé de forclusion formulée par Sadou Diallo et Cie contre Mamadou Bhoye Sow et autres) en application des dispositions de l’article 603 du code de procédure civile, économique et administratif ; (…) disons que cette ordonnance est exécutoire sur minute et avant enregistrement », lit-on dans l’ordonnance N°019 du 20 février 2019, rendue par la Cour d’Appel de Conakry.

Malgré ces décisions de justice qui ont été même grossifiées, le commissaire Sadou Diallo serait en train d’user de son poste à la brigade antidrogue de Conakry pour intimider et menacer Mamadou Bhoye Sow et les personnes auxquelles ce dernier a vendu ces parcelles.

« Je suis allé dans son bureau pour lui dire qu’on peut régler cette situation à l’amiable au lieu de s’affronter alors que nous avons des liens d’alliance. Sadou a répondu qu’il va faire plus que casser des maisons. Il m’a menacé. Moi aussi, je suis venu avertir ma famille et mes proches. Parce que Sadou Diallo est capable de mettre un jour de la drogue dans ma voiture pour m’arrêter. Aujourd’hui, je crains pour ma vie. Mais, je me battrais jusqu’au bout dans cette affaire. Parce que c’est moi qui ai vendu ces parcelles aux personnes qu’il fait souffrir aujourd’hui », confie Mamadou Bhoye Sow.

Pour cette dernière casse perpétrée dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, les victimes entendent saisir l’inspection générale de la police. Et, une plainte pour destruction d’édifice privée pourrait même être déposée contre le commissaire Sadou Diallo.

A suivre !

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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