Mamoudou Nagnalen Barry, consultant international basé à Washington, membre du FNDC

Dans un entretien qu’il a accordé à Guineematin.com, Mamoudou Nagnalen Barry, consultant international basé à Washington (Etats-Unis) et membre du FNDC, s’est prononcé sur le débat en cours autour du controversé projet de nouvelle constitution, dont l’objectif est de permettre au président Alpha Condé de briguer un troisième mandat. Cet ancien partisan du chef de l’Etat guinéen a expliqué pourquoi il est impératif que le président Condé quitte le pouvoir en 2020, et évoqué le combat que le Front National pour la Défense de la Constitution est en train de faire dans ce sens.

Décryptage !

Guineeamtin.com : samedi dernier, les députés du RPG Arc-en-ciel ont exprimé leur adhésion au projet de nouvelle constitution, dont l’objectif est de permettre au président Alpha Condé de briguer un troisième mandat ; le lendemain dimanche, la jeunesse du parti en a fait de même. Avant eux, le président Alpha Condé avait déjà dit qu’il a pris acte de la proposition du gouvernement de proposer une nouvelle constitution au peuple. Tout semble donc bien parti d’organiser un référendum constitutionnel. En tant que membre du FNDC, comment percevez-vous toute cette situation ?

Mamoudou Nagnalen Barry : je pense que tout semble mal parti pour organiser un référendum. Rien ne semble bien parti. Parce que tous les trois groupes que vous avez cités n’ont ni la légitimité, ni les capacités d’engager la Guinée sur un projet égoïste, sur un projet qui ne va pas aboutir. Vous parlez de la jeunesse du RPG Arc-en-ciel, je vais aller un à un. La jeunesse du RPG, de quelle jeunesse il s’agit ? Est-ce que c’est d’abord la vraie jeunesse du RPG ? Est-ce que ce ne sont pas les petits manipulés par les ministres avec l’argent public pour venir parler ? Parce que ces ministres veulent garder leurs privilèges, leurs petits intérêts.

Pour moi, c’est incompréhensible que des jeunes de 30 à 40 ans viennent demander qu’un vieillard de 82 ans continue à gérer un pays à plus de 60% jeune. Ça n’a pas de sens, ça n’a aucune logique. C’est la première chose. La deuxième chose, c’est des députés dont le mandat est expiré, donc qui n’ont plus aucune légitimité parce qu’on leur a donné un mandat limité dans le temps. Des personnes dont le mandat est expiré, mais qui aussi touchent de l’argent à la fin du mois, veulent garder leurs postes. Est-ce que qu’un employé dont le contrat a expiré va venir demander à son patron de mettre fin à son contrat ? Non ! Les gens veulent rester au pouvoir, ils veulent continuer à manger. Donc, ils n’ont aucune légitimité. Ils ne peuvent pas parler au nom du peuple de Guinée. Ça fait la deuxième chose.

La troisième chose, c’est encore plus marrant quand c’est les ministres qui n’ont eu aucun mandat de personne depuis toujours. Au moins les députés ont eu des mandats par moments. Surtout quand c’est des députés issus des listes uninominales, on peut penser qu’ils ont un certain mandat. Mais les ministres là, personne n’a un minimum de légitimité, n’a jamais eu un minimum de légitimité. Le seul qui avait peu de légitimité a été monsieur Kassory (le premier ministre) parce qu’il a avait eu un score de 0,0 quelque chose pour cent lors des élections de 2010. Mais ça c’était en 2009-2010, cette légitimité est partie. Elle était déjà très faible pour ne pas dire inexistante. Aucune de ces parties, aucun de ces groupes n’a donc le droit d’engager la Guinée dans une situation illégale.

Dans la lettre qui a été déposée par les jeunes du RPG, nulle part on ne parle d’un troisième mandat pour monsieur Alpha Condé. Ils ont mis en avant des arguments incohérents, parlant d’incohérences dans la constitution, de multiplicité des institutions ainsi de suite. Ils n’ont jamais parlé de troisième mandat. D’abord, si c’était une jeunesse responsable, elle doit dire clairement ce qu’elle veut parce que nous savons tous ce qu’ils veulent. Ils veulent qu’Alpha Condé reste au pouvoir au-delà de 2020 pour qu’ils continuent à utiliser nos ressources à des fins personnelles. La première chose que je demande à ces jeunes, c’est d’être responsables, d’assumer leur choix, de dire clairement qu’au-delà de 2020 ils veulent garder monsieur Alpha Condé au pouvoir.

Guineematin.com : sauf que pour l’instant, on n’a pas vu quelque chose qui pourrait dissuader le pouvoir à aller dans le sens de l’organisation d’un référendum constitutionnel. Au niveau du FNDC, à part les déclarations, la publication de listes des promoteurs d’un troisième mandat, on ne voit aucune action d’envergure qui barrer la route à ce projet.

Mamoudou Nagnalen Barry : je pense que les gens doivent avoir les yeux plus ouverts sur ce que le FNDC fait. Il faut savoir que si jusqu’à présent monsieur Alpha Condé a peur de se prononcer, c’est à cause des premiers actes posés par le FNDC. Il ne faut pas oublier ce qui s’est passé à N’zérékoré, il ne faut pas oublier la marche organisée en Belgique, il ne faut pas oublier ce qui s’est passé à Kindia qui a même conduit à l’arrestation de plusieurs personnes. Le FNDC est sur le terrain, il est en train de mettre en place des antennes partout en Guinée et à l’étranger. Le FNDC est là il est déjà très actif. Moi aujourd’hui, le temps que je suis en train de faire sur cette antenne, c’est une activité du FNDC pour appeler des gens à plus de mobilisation. Donc, nous sommes déjà là. Le F NDC est déjà très actif. C’est ce qui fait peur à monsieur Alpha Condé.

Pour le moment, on est phase de dissuasion. On est en train de dire à monsieur Alpha Condé de ne pas engager ça. Quand il va aller au-delà de nos mises en garde, on va lui montrer encore des choses plus solides par des actions plus fortes. Mais pour le moment, il faut le reconnaitre, on est très actif. On écrit, on contacte les amis de la Guinée, on contacte les institutions internationales pour leur dire de parler à monsieur Alpha Condé pour lui dire que ce qu’il veut commencer, un, ça ne réussira pas, ça ne marchera pas. Parce que le peuple ne lui laissera pas faire ça. Et deux, ce n’est pas bon pour lui Alpha Condé. Ce dont il a besoin aujourd’hui, c’est d’aller très paisiblement à la retraite. Il a 82 ans. Il restera en Guinée en tant qu’ancien président. Il aura tous les honneurs d’un ancien président, il va avoir tous les avantages d’un ancien président, et participer ainsi à la construction de la démocratie en Guinée.

Guineematin.com : vous avez parlé notamment des amis de la Guinée et des institutions internationales à qui vous parlez, mais jusque-là, tous ces gens sont quasiment muets sur le sujet. Pensez-vous qu’ils sont réticents, qu’ils ne veulent pas se prononcer là-dessus ?

Mamoudou Nagnalen Barry : bon, je pense que beaucoup de gens se sont déjà prononcés. Vous avez vu le débat jusqu’à l’Assemblée nationale française sur la Guinée, le ministre de la défense et des affaires étrangères françaises a été clair, qu’il suit l’esprit de la CEDEAO. Le président en exercice de la CEDEAO a été clair, il est contre tout changement de constitution. Donc les gens se prononcent. Quand le FNDC a écrit à la Cour Pénale Internationale, il y a eu un courrier réponse. Donc, les gens répondent au FNDC et à l’interne et à l’externe. Le grand imam de Conakry a été vu, l’archevêque a été vu, les gens répondent. C’est pour tout cela que monsieur Alpha Condé est encore dans le doute.

Il faut savoir que ce n’est pas dans le camp du FNDC que se trouve la panique. La panique se situe au niveau de monsieur Alpha Condé parce qu’il sait que le peuple ne soutient pas ce qu’il veut faire. Ils ont sorti de l’argent, ils ont intimidé, ils font tout ce qu’ils peuvent faire. Mais sincèrement, quand on est du bon côté de l’histoire. Quand on soutient la vérité, quand on soutient le bas peuple, on n’a pas besoin d’avoir peur. La panique, c’est au niveau de monsieur Alpha Condé. Vous sentez que ce que je dis, c’est avec assurance, parce que je sais que je suis du côté de la vérité. Donc on n’a pas peur, nous sommes sereins.

Il faut savoir que la grande coordination du FNDC : monsieur Sanoh, monsieur Koundouno, monsieur Ibrahima, etc. dans nos différentes antennes, on est sereins et nous agissons. Ils ont fait des arrestations de façon arbitraire, la justice a tranché en faveur de la vérité. Nous savons que notre pays est en train d’épouser de nouvelles mentalités à tous les niveaux du peuple. Au niveau des politiques, au niveau de l’armée, au niveau des hommes d’affaires, au niveau des académiciens. La Guinée veut aller dans un nouvel élan. La jeunesse est consciente, la jeunesse s’engage de plus et d’ailleurs, on invite plus de jeunes à s’engager. Parce que ce qui se passera en 2020, va déterminer ce qui sera l’avenir de la Guinée en 2030 en 2050.

Guineematin.com : est-ce que vous craignez pour la Guinée en 2020 ?

Mamoudou Nagnalen Barry : j’ai plutôt de l’espoir. Si monsieur Alpha Condé a attendu jusqu’à présent sans rien dire, je pense qu’il va revenir à de meilleurs sentiments. Je pense qu’il va privilégier les valeurs qui ont animé son combat pour 40 ans. Je pense qu’il va penser à l’avenir de la Guinée, il ne va pas penser à ces petites personnes qui ne regardent que leurs intérêts, qui le poussent à aller vers un chemin obscur, sur un chemin hyper risqué pour lui-même et pour la Guinée. Je pense qu’en 2020, on va encore élire un guinéen différent de monsieur Alpha Condé à la tête de la Guinée. Ce nouveau guinéen peut être d’un parti de l’opposition, d’un autre parti qu’on ne connait pas encore, il peut être de la mouvance, peu importe. Ce que nous voulons, c’est qu’en 2020, monsieur Alpha Condé ne soit pas le président de la Guinée.

Guineematin.com : pour vous, ce de projet de nouvelle constitution ou de troisième mandat, c’est une initiative d’Alpha Condé ou ce sont ses proches qui le poussent à aller dans ce sens ?

Mamoudou Nagnalen Barry, consultant international basé à Washington (Etats-Unis) et membre du FNDC
Mamoudou Nagnalen Barry

Mamoudou Nagnalen Barry : à ce stade, je ne dirai plus que ce sont ses proches. Au début, j’aurais dit que c’est eux. Mais à ce stade, si monsieur Alpha Condé reste encore dans son mutisme habituel, il ne dit rein, je pense que c’est son projet. Mais je pense qu’il est sage, il a beaucoup d’expérience. L’âge quand même, ça vient avec l’expérience. Lorsqu’il va comprendre que cette idée, elle n’est pas bonne, je pense qu’il va l’arrêter et je pense qu’il doit l’arrêter. Parce que ce n’est pas bon pour lui. Il a besoin d’entrer dans l’histoire. On entend certains dire que monsieur Alpha Condé a besoin d’un peu de temps pour finir ses projets.

Si monsieur Alpha Condé fait le plus grand barrage de la Guinée, qu’il soit sûr qu’après lui, on fera des barrages encore plus grands. S’il fait les plus grandes routes pour la Guinée, qu’il soit rassuré qu’après lui, on fera encore des routes plus grandes. La seule chose que monsieur Alpha Condé peut laisser comme héritage pour la Guinée que personne ne peut affecter, qu’il le sache, c’est l’alternance démocratique. S’il part librement du pouvoir, personne ne pourra faire mieux que lui après, et ça sera le plus grand héritage qu’il laissera à la Guinée.

Guineematin.com : dans la déclaration lue par M’Bany Sangaré, le secrétaire général de la jeunesse du RPG Arc-en-ciel, on accuse le FNDC d’être une section de l’UFDG. Que répondez-vous ?

Mamoudou Nagnalen Barry : monsieur M’Bany Sangaré ne me dira pas que je suis une section de l’UFDG. Il y a beaucoup de ministres dans le gouvernement qui me connaissent très bien, ils savent que je ne suis pas une section de l’UFDG. Tous les membres du FNDC sont connus : ceux qui sont de l’UFDG, ils le disent de façon officielle. Mais, il ne faut pas que leur panique devant l’UFDG les fasse voir l’UFDG dans tout ce qui se passe en Guinée. Le FNDC, c’est la société civile, les partis politiques d’opposition, des syndicats, des artistes, des personnes anonymes…

Moi, je suis de la société civile, je ne suis d’aucun parti politique, même si j’ai milité pour le RPG dans le passé. J’ai voté pour monsieur Alpha Condé en 2010 et même en 2015. J’ai estimé qu’il était sur une bonne lancée et que lancée a été un peu entamée par Ebola ainsi de suite. Il y avait une seconde chance qu’il fallait lui donner. Donc, qu’ils arrêtent ça. S’ils ont peur de l’UFDG, qu’ils le disent, mais ça (le FNDC), ce n’est pas l’UFDG. Ce sont les forces vives de la nation guinéenne. Quand même tu ne peux pas confondre aussi l’UFR à l’UFDG. Tous les grands partis politiques de l’opposition guinéenne ont signé la convention de création du FNDC. Ils ne peuvent pas dire que ces gens sont de l’UFDG. Ça n’a aucun sens. C’est simplement une tentative de diversion, mais on ne cèdera pas à ça. Nous restons concentrés d’ici 2020. Il faut que monsieur Alpha Condé quitte le pouvoir en 2020.

Guineematin.com : vous venez de révéler que vous avez voté pour le président Alpha Condé en 2010 et en 2015. Mais aujourd’hui, vous êtes engagés dans un combat contre un troisième mandat pour lui. Est-ce qu’il n’a finalement pas répondu à vos attentes en termes de bilan ?

Mamoudou Nagnalen Barry : je n’ai pas envie d’entrer dans le procès de son bilan. La seule chose qui importe aujourd’hui en Guinée, est que monsieur Alpha Condé quitte le pouvoir.

Guineematin.com : qu’est-ce qui vous pousse à vous engager dans ce combat contre un troisième mandat ?

Mamoudou Nagnalen Barry : c’est parce que si monsieur Alpha condé reste au pouvoir au-delà de 2020, c’est la mort assurée de la démocratie en Guinée. Il va rester pouvoir à vie, celui qui viendra après lui va vouloir rester au pouvoir à vie, celui qui viendra après cette personne aussi va vouloir rester au pouvoir à vie. La Guinée va s’engager dans un système démocratique sans concurrence ou une personne vient s’accrocher au pouvoir. S’il change la constitution pour des raisons, je n’ai pas d’autres mots, farfelues, qu’il met en avant, une autre personne qui viendra après monsieur Alpha Condé pour dire qu’il y a une virgule qui n’a pas été bien mise, il faut changer la constitution pour bien mettre la virgule. La personne qui viendra après va dire que y a un point là-bas, on va le remplacer par un point d’exclamation.

On va rentrer dans un désordre permanant, on va créer un antécédent, un précédent qui va être là sur la tête comme une épée de Damoclès, prête à tomber sur nous. On n’attendra pas ça pour monsieur Alpha Condé, il n’y a aucun argument qui vaut un référendum en Guinée si ce n’est pas la volonté de maintenir monsieur Alpha Condé au pouvoir au-delà de 2020. Et je le dis à très haute voix, si le RPG estime qu’il n’y a personne au sein du RPG qui peut remplacer monsieur Alpha Condé comme candidat en 2020, nous leur disons qu’on a des milliers de guinéens capables de remplacer un vieillard de 82 ans en 2020.

Guineematin.com : il y a certainement des gens qui ont voté, comme vous, pour Alpha Condé en 2010 et en 2015 qui vous suivent actuellement en direct sur notre paye Facebook, mais aussi d’autres qui ont voté contre lui. Qu’avez-vous à leur dire aujourd’hui ?

Mamoudou Nagnalen Barry : ceux qui ont voté pour monsieur Alpha Condé, je leur dis qu’ils n’ont pas à le regretter parce que monsieur Alpha Condé était le bon choix sur papier. En 2010, c’était quelqu’un qui ne s’était pas associé à la mauvaise gestion de Lansana Conté, c’est quelqu’un qui avait été constant. Il y avait des bonnes raisons de voter pour lui en 2010. Ils n’ont pas à le regretter donc. Mais, il faut dire à ces mêmes personnes qu’aujourd’hui, il est temps de dire à monsieur Alpha Condé que ce n’est pas bon pour lui, ce n’est pas un honneur pour nous qui avons voté pour lui. Donc, qu’il arrête ça. On n’a rien de personnel contre lui, il a fait ce qu’il pouvait, c’est simplement le temps de partir dans l’honneur, dans la dignité. Il faut qu’il parte !

Ceux qui n’ont pas voté pour lui, qui avaient leurs raisons de ne pas le faire, c’est le jeu démocratique, je leur dis de ne pas s’engager dans une radicalisation totale contre monsieur Alpha Condé. La seule chose qu’on veut, c’est son départ du pouvoir en 2020. Que les sbires autour de lui arrêtent de donner l’impression que si on n’a pas monsieur Alpha Condé, on va se retrouver dans une situation infernale. Non ! La Guinée va continuer à vivre comme toujours. Avant que monsieur Alpha Condé ne soit né, la Guinée vivait ; quand il était enfant, la Guinée vivait ; avant qu’il ne soit président, la Guinée vivait ; après lui bien sûr que oui, la Guinée va continuer à vivre. Et d’ailleurs, la Guinée va mieux vivre, je l’espère, après monsieur Alpha Condé.

Interview réalisée par Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com

Tél. : 628124362

Facebook Comments

Commentaires

Guineematin