Thierno Souleymane Bah, démarcheur au marché de Madina, est poursuivi pour abus de confiance portant sur plus de 56 millions de francs guinéens au préjudice du commerçant, Mamadou Sadio Barry. Le procès s’est ouvert hier, mercredi 10 juillet 2019, au tribunal de première instance de Dixinn délocalisé à la mairie de Ratoma. Le démarcheur n’a pas nié les faits, mais parle plutôt de défaut de payement, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Selon nos informations, les faits pour lesquels Thierno Souleymane Bah est poursuivi remontent au mois de décembre 2018. Le plaignant et le prévenu exercent leurs professions au grand marché de Madina, à Conakry. Monsieur Bah a reçu une importante quantité de riz des mains de Mamadou Sadio Barry à l’effet de l’écouler sur le marché et rendre le capital au propriétaire. Mais, les choses ont mal tourné, d’autant plus que sur les 86 millions 480 mille FG attendus, seulement 30 millions ont été versés chez le propriétaire du riz.

A la barre, Thierno Souleymane Bah a reconnu les faits mais, parle de retard dans le payement du montant, et non d’abus de confiance. « Moi, je suis démarcheur à Madina. C’est Mamadou Sadio Barry qui m’a dit qu’il a du riz à vendre. Le riz se trouve dans son magasin. Il m’a demandé de l’aider à trouver des clients. C’est ainsi que j’ai contacté un commerçant, vendeur de riz à Mamou, du nom d’Elhadj Nouhou. Pour un premier temps, on a pris 200 sacs. Après ça, on a pris encore 118 sacs, en raison de 235 mille FG par sac. Mais, je lui avais dit que le riz blanc ne marche pas à tout moment. C’est quelque fois que ça marche. Maintenant, pour ce qui est du paiement de son argent, on a payé 30 millions en deux tranches. La première fois, c’était 20 millions de FG, et la deuxième fois, c’était 10 millions de FG ».

La juge, madame Aissatou Khalissa, va revenir à la charge pour demander s’il y a un reçu qui prouve que ces montants ont été versés à l’ayant droit. « Non, on n’a pas écrit. Mais, j’ai des témoins pour ça », a répondu Thierno Souleymane Bah.

Appelé à son tour à la barre, Mamadou Sadio Barry a tenu à recadrer son contradicteur en laissant entendre qu’il s’agit de 368 sacs de riz et non 318. « Je connais Thierno Souleymane Bah. Il venait souvent chez moi, au magasin. Une fois, il est venu chez mon voisin. Je l’ai appelé ce jour-là pour lui dire que j’ai envie de changer de marchandises, de m’aider à avoir des clients pour vite faire écouler ma marchandise. Il a demandé le nombre de sacs. Je lui ai dit qu’il y en avait 400. Aussitôt, il a envoyé quelqu’un qui a pris 200 sacs de riz. Quelques temps après, il est venu prendre 168 sacs. Après ça, je lui ai demandé mon argent. Il m’a dit de lui donner mon numéro de compte bancaire, qu’il va déposer l’argent là-bas. Depuis qu’il a payé les 30 millions de FG, j’ai tout fait, il ne me donne pas le reste. J’ai mené plusieurs démarches, mais impossible. On a négocié entre nous. Je suis passé par la police, mais tout ça n’a pas porté. C’est ainsi que j’ai décidé de saisir la justice ».

A la question de savoir s’il y a un écrit qui prouve qu’il est en relation d’affaires avec le prévenu, Mamadou Sadio Barry répondra par la négative. « Non, pas entre nous, puisque j’avais confiance en lui, j’ai écrit dans mon cahier et je lui ai donné mon numéro de compte bancaire ».

Au terme des débats, il va s’en suivre les réquisitions et plaidoiries des parties au procès.

Pour maitre Saliou Danfagha, avocat de la partie civile, il y a bien eu abus de confiance dans cette affaire. « Dans le cadre du commerce, les affaires entre les commerçants, c’est une question de confiance, de sécurité et de rapidité. Monsieur Sadio a eu confiance à monsieur Thierno Souleymane Bah en lui donnant 368 sacs de riz. Ce dernier a refusé de lui payer l’intégralité du montant qu’il lui doit. Il n’a payé que 30 millions de FG sur les 86 millions 480 mille francs. Pendant plusieurs mois, monsieur Sadio Diallo court derrière Thierno Souleymane Bah. Il est passé par plusieurs démarches, notamment le règlement à l’amiable, la police… Ce dernier refuse toujours de payer son argent. Madame la Présidente, je vous demande de condamner Thierno Souleymane Bah au payement de 86 millions 480 mille qu’il doit à monsieur Mamadou Sadio Barry, qui est victime dans cette affaire ; 50 millions de FG au titre de dommages et intérêts et une peine de 5 ans de prison », a-t-il plaidé.

Pour sa part, le procureur Boubacar 1 Bah, après avoir rappelé les faits, va requérir que le prévenu soit retenu dans les liens de la culpabilité d’abus de confiance. « Au courant du mois de décembre 2018, monsieur Sadio Barry et monsieur Thierno Souleymane Bah ont établi un marché entre eux. Durant tous les débats, l’accusé n’a pas nié les faits. Les deux évoluent tous à Madina. L’un est commerçant, l’autre est démarcheur. Ils ont établi un marché entre eux. Monsieur Thierno Souleymane Bah a pris de la marchandise avec Monsieur Mamadou Sadio Barry pour l’aider à la faire écouler. Il est arrivé que monsieur Bah ne paye pas tout le montant qu’il doit. Et cela, pendant plus de 5 mois. Madame la Présidente, je vous demande de condamner monsieur Thierno Souleymane Bah à un an de prison, assorti de sursis, avec un payement d’une amende de 200 mille francs guinéens, le payement du reste du montant qu’il doit, qui équivaut 56 millions 480 mille francs guinéens, plus 50 millions de francs guinéens au titre de dommages et intérêts », a dit le procureur.

Par contre, l’avocat de la défense va solliciter la libération de Thierno Souleymane Bah afin qu’il puisse payer le reliquat du montant dû à la partie civile. Selon maitre Joseph Sovogui, « l’infraction qu’on reproche à mon client, c’est l’abus de confiance. Mon client n’a pas nié les faits qu’on lui reproche. A la lumière de tout ce qui a été dit, est-ce qu’il y a eu détournement ? Est-ce qu’il y a eu dissipation ? Mon client est quelqu’un qui est connu, il aide monsieur Mamadou Sadio Barry à faire écouler sa marchandise à travers un commerçant qui est à Mamou. Maintenant, s’il y a impossibilité de payement, que monsieur Barry sache que parfois, il arrive que la marchandise ne marche pas vite. Je vous demande de libérer mon client pour qu’il aille chercher l’argent de monsieur Barry pour le lui remettre », a-t-il plaidé.

Le dossier a été renvoyé au 24 juillet 2019 pour la délibération.

Mamadou Bhoye Laafa Sow pour Guineematin.com

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