Polémique sur la réalisation du pont de Gbéssia : Kalémodou à Guineematin (interview)

Depuis l’avènement des grandes pluies, la circulation est difficile sous le pont de Gbessia, sur l’autoroute Fidèle Castro. L’endroit est souvent inondé et est complètement impraticable. Face à cette situation, certains pointent la mauvaise réalisation de cet ouvrage, construit sous la direction de Cellou Dalein Diallo, alors ministre des Transport et actuel chef de file de l’opposition guinéenne. Mais, cette version a été aussitôt démentie par Kalémodou Yansané, l’un des concepteurs du projet. Au cours d’un entretien qu’il a accordé à Guineematin.com, le vice-président et député de l’UFDG a rejeté les accusations visant les constructeurs du pont et explique les raisons qui causent ces inondations.

Décryptage !

Guineematin.com : des inondations sont constatées ces derniers temps sur certains axes routiers de Conakry, notamment sous le pont de Gbessia, sur l’autoroute Fidèle Castro. Dès qu’il pleut abondamment, une marre d’eau se forme à ce niveau et empêche la circulation. Pour beaucoup, cette situation est due à la mauvaise réalisation de cette infrastructure, construite pendant que vous étiez aux affaires. Votre président, Cellou Dalein Diallo, était ministre des Transports et vous, vous étiez le directeur national des investissements routiers. Quelle explication pouvez-vous donner à cette situation ?

Kalémodou Yansané : j’ai eu le privilège d’être nommé directeur national des investissements routiers de 2000 à 2006, donc 6 ans au moins. Je dois vous dire que le projet routier, le pont de Gbessia, a été réalisé entre 2003 et 2004. Il y a de cela presque 15 ans aujourd’hui. Le pont n’a pas été construit pour les fous. C’est comme les bâtiments, on ne les construit pas pour les fous. Sinon, on n’aurait jamais aménagé des balcons au niveau des bâtiments. Les routes également, on les fait pour des personnes civilisées. Je crois que les Guinéens sont suffisamment civilisés ; mais malheureusement, il y a d’autres qui ont des comportements inciviques.

Tous les ponts qui ont été construits au temps du ministre Cellou Dalein Diallo : les ponts, les passerelles, les avaloirs, les exutoires, la chaussée, ont été réalisés dans les conditions de l’art, conformément aux prescriptions techniques. Ce n’est pas des financements sur le budget national, c’est le financement des bailleurs de fonds internationaux qui ont leurs bureaux d’études ici, qui contrôlent, et qui approuvent les plans. Donc, si vous voulez parler du pont de l’aéroport, même vous, vous pouvez prendre un centimètre tout de suite, aller mesurer l’ouverture de l’avaloir du trou qui reçoit de l’eau. Vous-mêmes vous allez vous rassurer que c’est suffisant au-moins pour absorber l’eau en tenant compte du bassin versant qui amène l’eau là-bas.

Mais, cet ouvrage n’a pas été construit pour recevoir les vieux pneus, les boites vides, les saletés de toutes sortes de la ville. De Dabondy aujourd’hui, jusqu’à Lansanayah, sur près de 15 kilomètres, tout le bassin est à gauche, avec toutes les eaux qui viennent vers la gauche, déferlent sur la route. Et, chaque fois qu’il y a la moindre pluie, vous avez des saletés de toutes sortes qui déferlent sur la route. Alors, si ces saletés-là continuent leur train-train jusque dans un réceptacle, il va s’en dire que ça va être bouché.

Donc, il faut perpétuellement faire les entretiens à l’approche de la saison des pluies : un mois après, deux mois après. Regardez, même le couvercle a été volé. C’est comme le couvercle des égouts à Kaloum. Comme c’est en fer massif, les gens les volent pour les vendre à la ferraille. Moi-même j’ai vu un jour, un camion vidangeur, les camions qui vident les fosses septiques de Conakry, brancher son vidangeur sur le trou-là. Vous vous rendez compte ? Un trou qui est fait pour recevoir l’eau de pluie. C’est ça le problème.

Guineematin.com : pourquoi à votre temps, vous n’aviez pas pris des dispositions pour prévenir ce genre de situations ?

Kalémodou Yansané : je ne peux pas construire un pont pour recevoir les déchets de la ville. Le pont n’est pas fait pour ça, la route n’est pas faite pour ça. C’est comme si vous dites aujourd’hui quelqu’un qui va casser les pylônes, des gens qui démontent les éléments des hautes tensions sur la route de Kindia, qui démontent les corbières pour aller faire des lits, c’est comme si vous dites pourquoi vous n’avez pas prévu des dispositions contre les voleurs. Ce n’est pas possible. On fait les routes en Guinée comme on les fait ailleurs. Si les Guinéens ne veulent pas se comporter comme les hommes doivent se comporter, ce n’est pas la faute à l’entreprise. C’est ce que je peux vous dire.

C’est comme si vous me dites aujourd’hui, pourquoi on a fait les routes à Conakry ici, on n’a pas tenu compte de toutes les saletés que les gens déposent sur les routes et qui vont déferler après cela sur la chaussée. La route, c’est comme le corps humain : vous avez besoin de vous laver, vous avez besoin de vous brosser les dents, vous avez besoin de laver vos habits. C’est très simple. Tant que vous vous lavez, vous vous brossez les dents, vous vous sentirez bien. Mais, si vous laissez une route recevoir les fumées, les mégots de cigarette, vous videz les cannettes d’eau, vous videz les cannettes de fruits, vous les jetez sur la route ; la moindre pluie suffit pour transporter tout ça dans les fossés. Qui peut tenir compte de ça pour vous ?

J’ai été sur le pont de Fatala, l’ouvrage le plus prestigieux de la Guinée. Des herbes poussent sur le goudron. Pourtant, il y a des petits trous qu’on appelle barbacanes, qui permettent de drainer l’eau qui tombe sur le pont pour le fleuve. Simplement, il faut 10 à 15 minutes pour un ouvrier pour déboucher ça, enlever les petits sables, enlever les petites herbes là-dessus, ce n’est pas fait. C’est ça malheureusement la Guinée. Une route n’est pas faite pour recevoir les ordures ménagères ; un avaloir n’est pas fait pour recevoir les vieux pneus ; un avaloir n’est pas fait pour recevoir les vieux matelas ; un avaloir n’est pas fait pour recevoir tous les ordures ménagères d’une ville. Aucune entreprise ne peut dire que je fais cette route-là, mais elle est destinée à recevoir les ordures de la ville.

Guineematin.com : vous voulez dire que ces inondations sont dues au fait que le pouvoir actuel n’entretient pas les infrastructures qui ont été construites par vous ?

Kalémodou Yansané : je ne parle pas du pouvoir actuel, je parle du comportement, en général, du guinéen. Depuis longtemps, le comportement du guinéen est un comportement incivique. Même le pont de Fatala, là où je vous rejoins un peu, les garde-corps étaient prévus en aluminium, parce que l’aluminium est résistant et très léger. Mais, j’ai demandé moi-même de remplacer l’aluminium par de l’acier, les gens m’ont dit pourquoi alors l’acier un peu plus lourd. J’ai dit si vous mettez l’aluminium ici en brousse, les gens viendront sectionner carrément ces morceaux d’aluminium là pour en faire des marmites. C’est pourquoi, au-moins le pont de Fatala, on l’a fait de l’acier et on l’a protégé. Mais pour un avaloir, nous ne pouvons pas prévoir les saletés de la ville. Il suffit simplement d’envoyer un ouvrier à ce niveau-là pour 10 minutes, pour 15 minutes, il va nettoyer. Ça ne cause aucun problème.

Vous savez, dans le temps, la zone aéroportuaire, deux ans durant, il y avait des inondations là-bas : l’eau allait jusqu’au salon d’honneur. C’est le même projet qui a fait l’assainissement de la zone aéroportuaire. Les eaux qui quittent depuis le camp Alpha Yaya, elles passent sous la piste, pour sortir de l’autre côté de Gbessia, vous n’avez jamais plus entendu parler d’inondation là-bas. Là-bas au-moins, le nettoyage se fait au niveau de l’aéroport. Mais l’endroit sous le pont de Gbessia, c’est un travail très simple, dès que vous enlevez les saletés, 20 minutes, 30 minutes après, l’eau est partie. Mais si on ne nettoie pas, on vole le couvercle, les camions vidangeurs de la ville viennent la nuit vidanger les déchets solides de la ville dans ce trou-là, c’est très compliqué. Le constructeur ne peut pas prévoir ça.

Guineematin.com : c’est la fin de cet entretien. Avez-vous un dernier mot ?

Kalémodou Yansané : je dois vous dire que grâce à Dieu, j’ai été en partie artisan de beaucoup d’ouvrages en Guinée. Nous avons construit beaucoup de ponts, beaucoup de routes en Guinée : le pont Fatala, le pont sur le Niger, le pont sur le Tinkisso, la route entre Kouroussa et la frontière avec le Mali… Le premier tronçon de cette route a été inauguré en 2000, ça fait 19 ans aujourd’hui, et la route est encore impeccable, tous ces ouvrages sont encore impeccables. Je crois que le minimum que les Guinéens nous doivent, c’est la reconnaissance pour ce qu’on a fait au-moins pour ce pays-là. C’est ce que je voulais dire comme dernier mot.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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