Les 16 journalistes renvoyés par le patron du groupe de médias Evasion Guinée ne décolèrent pas contre leur employeur. Leur porte-parole, Ben Oumar Sylla, s’est confié à Guineematin.com hier, vendredi 12 juillet 2019. Dans cet entretien, le journaliste est revenu sur la genèse de cette affaire, dénonçant les agissements du PDG du groupe.

Décryptage !

Guineematin.com : la direction générale du Groupe Evasion Guinée vient de licencier 16 journalistes y compris vous. Expliquez-nous comment en est-on arrivé là.

Ben Oumar Sylla, porte parole des 16 journalistes renvoyés par le groupe Evasion Guinée

Ben Oumar Sylla : C’est une habitude du patron du groupe Evasion, en la personne de Moussa Traoré, qui gère la maison au gré de ses humeurs. Chaque jour, chaque semaine, chaque mois, il y a des renvois, des licenciements injustes et sans fondement, qui n’ont rien à avoir avec la loi. Et, cet autre licenciement qui me concerne avec 15 autres de mes collègues, est tombé comme ça sur nos têtes, on ne sait pas d’où ça vient, qu’est-ce qui l’a motivé. Il parle d’une restructuration de la maison, que c’est un congé technique. Le congé technique d’une entreprise est toujours prononcé par l’inspection générale du travail.

L’employeur doit aller expliquer à l’inspection générale du travail, et l’inspection générale du travail vérifie si les raisons invoquées par l’employeur sont fondées. Mais, tel n’est pas le cas à Evasion. C’est vraiment de la récidive à Evasion en ce qui concerne les licenciements, des renvois injustes, non fondés. Parce que ta tête ne lui plait pas, il prend une décision, il te renvoie.

Guineematin.com : ça veut dire que vous n’avez pas été préalablement informés de cette décision avant la publication de la note de service ?

Ben Oumar Sylla : aucune procédure administrative n’a été respectée dans ce licenciement. Et, d’ailleurs, ça a été toujours le cas. Il n’y a pas d’avertissement à Evasion, ni rien. C’est-à-dire que les procédures qui peuvent aller jusqu’à la radiation, il n’y a rien de tout ça à Evasion. Je l’ai toujours dit et je continuerai à le dire, Evasion Guinée est une maison d’enfer. Si je vous explique le calvaire que nous avons traversé, personnellement, je suis à ma 9ème année et quelques là-bas, parce que je suis là-bas depuis la création de la maison. Tous les amis avec lesquels j’ai commencé à Evasion ont quitté, je suis le seul ancien qui était là-bas encore. Et, j’ai fait là-bas un an et trois mois sans salaire.

Récemment, j’ai eu une mission de formation dans la sous-région, j’ai dûment écrit, j’ai eu l’autorisation de la direction générale. A mon retour, monsieur Traoré vient me dire que j’ai voyagé sans avertissement, les gens lui ont dit : mais non, Ben Oumar a fait un écrit. Au mois d’avril 2018, il m’a dit qu’il ne me paie pas. On a continué dans ça, chaque fois, je le rencontrais, mais il refusait de me payer. Mais comme vous savez, tu travailles avec quelqu’un pendant plusieurs années, ce n’est pas facile que vous vous sépariez. Les amis de la rédaction, notamment Sékou Keïta, N’Fanly Guilavogui, Hadja Kadè Barry, etc., beaucoup de personnes ont fait la médiation, mais il refuse de me comprendre et de me rétablir dans mes droits. Même sa directrice, Souadou, s’est impliquée mais il n’a pas accepté. Je suis resté quand même. Et puis, un matin, il affiche cette décision me renvoyant avec d’autres journalistes.

Guineematin.com : en pareil cas, la loi prévoit un règlement, des mesures d’accompagnement. Est-ce que c’est le cas chez vous ?

Ben Oumar Sylla : rien du tout ! Aucune procédure administrative légale n’a été respectée dans ce licenciement : pas d’indemnisation, pas de règlement pour dire que je vous mets en congé technique, donc je vous règle. D’ailleurs, les arriérés de salaires qui sont là-bas, parce que tous ceux qui sont renvoyés y compris moi, ont des arriérés de salaires : 3 mois, 4 mois, 6 mois. A Evasion, il n’y a même pas de fin du mois, il n’y a pas de salaire mensuel assuré. Il peut attendre 3 mois pour te payer.

Guineematin.com : on a appris qu’avant de vous renvoyer, le patron du groupe Evasion avait dit aux journalistes de ne couvrir désormais que des publireportages, c’est-à-dire ne faire uniquement que de la communication. Est-ce vrai ?

Ben Oumar Sylla : je confirme cette information qui nous a été rapportée par le directeur général adjoint, qui se trouve être le jeune frère de la directrice générale. Il nous a fait comprendre que désormais, chaque journaliste doit faire un publireportage tous les jours pour apporter quelque chose à la maison. D’autres journalistes et moi, nous avons dit que cela n’est pas possible parce qu’on n’a pas été recrutés en tant qu’agents commerciaux, mais plutôt en tant que journalistes-reporters. Nous avons dit qu’il ne peut pas nous envoyer sur un terrain qu’on ne maîtrise pas.

Guineematin.com : pensez-vous que cette affaire a un lien avec votre licenciement ?

Ben Oumar Sylla, porte parole des 16 journalistes renvoyés par le groupe Evasion Guinée

Ben Oumar Sylla : il y a peut-être un lien entre les deux. Mais, je pense surtout qu’il ne veut pas payer les gens. Il ne commence ces ajustements que lorsque c’est la fin du mois ou lorsque quelqu’un réclame son salaire. Dès que cela intervient, il commence directement à mélanger la maison, à utiliser les uns contre les autres, à faire du n’importe quoi. Parce que, laissez-moi vous dire, aujourd’hui, c’est Moussa Traoré qui est le directeur commercial, c’est lui qui est le Rédacteur en chef, c’est lui qui est le PDG, c’est lui qui est le vigile. Parce que, avant la publication de cette note de licenciement, c’est lui qui venait le matin, il s’arrête à la rentrée principale pour dire : toi tu rentres, toi tu ne rentres pas, ou bien toi tu es venu en retard, cela avec une liste en main. Et quand c’est le journal, quand le conseil de rédaction finit, c’est lui qui valide les sujets. Quand ta tête ne lui plait pas, il ne valide pas ton sujet, ou bien là où tu vas, s’il y a quelqu’un avec qui il a des antécédents, tu n’iras pas. A 20 heures, l’heure du journal, il peut venir recaler un élément qui est déjà titré. Donc à Evasion il n’y a pas d’information, c’est devenu une maison de communication.

Guineematin.com : que comptez-vous faire maintenant suite à votre licenciement ?

Ben Oumar Sylla : nous nous organisons pour saisir les juridictions compétentes en la matière. Il y a aussi d’autres structures que nous comptons saisir : il y a les structures de médias, les structures de régulation, l’inspection générale du travail. Nous allons saisir toutes les structures concernées pour demander que nous soyons rétablis dans nos droits parce que le salaire est un droit. Il se glorifie aujourd’hui en disant :  »il n’y a pas de contrat entre nous, je fais ce que je veux ». C’est vrai, il n’y a pas de contrat écrit entre nous ; mais, il faut savoir aussi qu’il y a plusieurs formes de contrats. Donc, nous allons aller vers les hommes de droit pour qu’ils nous assistent afin que nous soyons rétablis dans nos droits.

Interview réalisée par Ibrahima Sory Diallo pour Guineematin.com

Tél. : (00224) 621 09 08 18

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