« Ce sont des choses qu’on ne dit pas ici. Mais, les agents de sécurité ont soustrait les téléphones et l’argent de nos clients. Et, monsieur le président, je signale que c’est une pratique courante de nos hommes en tenue », a dénoncé un des conseils des 28 jeunes.

Le procès de près d’une trentaine de jeunes dont deux filles et deux mineurs s’est tenu hier, jeudi 25 juillet 2019, au tribunal de première instance de Dixinn. Ils sont tous poursuivis pour « actes de nature à compromettre la sécurité public, détention et consommation de chanvre indien ». Des faits pour lesquels les prévenus ont plaidé non coupable, rapporte un journaliste de Guineematin.com qui a suivi ce procès.

Ils sont 28 jeunes (mécaniciens, coiffeurs, chauffeurs, apprentis-chauffeurs, etc.) à avoir été arrêtés le même jour (le samedi dernier, 20 juillet 2019) à Kiroty, un quartier de la commune de Ratoma. C’était à l’occasion d’une patrouille mixte de la gendarmerie, qui a fait une descente musclée dans ce quartier de la haute banlieue de Conakry pour « dénicher des bandits ».

Après leur interpellation, les jeunes suspects ont été conduits à la brigade de recherche de Kipé, avant d’être finalement déférés au parquet de Dixinn. C’est là qu’une procédure de flagrant délit a été engagée à leur encontre pour « actes de nature à compromettre la sécurité public, détention et consommation de chanvre indien ». Ils seront ensuite placés sous mandat de dépôt (le mercredi) et conduit en détention à la maison centrale de Conakry.

A l’ouverture de leur procès hier, jeudi 25 juillet, les 28 suspects ont tous plaidé non coupable. « C’est dans ma chambre qu’on m’a arrêté. Je ne détenais rien. Je partais prendre un taxi lorsque les agents m’ont arrêté. Je ne sais pas pourquoi on m’a arrêté. Je sortais des toilettes quand les gendarmes m’ont arrêté. Je ne détenais que mon téléphone et mon argent lorsque les agents m’ont arrêté », entendait-on des prévenus qui se sont succédé à la barre pour expliquer les circonstances de leurs arrestations.
Compte tenu de leurs âges, Abdourahmane Barry (14 ans) et Mamadou Oury Diallo (17 ans) n’ont pas été entendus par le tribunal.

Dans ses réquisitions, le ministère public a demandé la relaxe des prévenus pour « délit non constitué ». Car, explique le procureur Boubacar I Bah, « les prévenus n’ont pas reconnu les faits. Aucune preuve n’a été apportée ici pour prouver ou établir un lien entre le comportement de ces jeunes et les faits poursuivis. Donc, le ministère public n’a aucune charge pour retenir ces prévenus. C’est pourquoi, nous demandons qu’il vous (le tribunal) plaise de relaxer et renvoyer les prévenus des fins de la poursuite pour délit non constitué », a requis le procureur Boubacar I Bah, tout en demandant au tribunal de se déclarer incompétent à juger Abdourahamane Barry et Mamadou Oury Diallo à cause de leur statut de mineurs.

Abordant dans le même sens que le parquet, les avocats de la défense ont dénoncé « la soustraction des biens et numéraires » de leurs clients, par les gendarmes qui ont procédé à leur interpellation « dans différents endroits » à Kiroty (Lambandji).

« Ce sont des choses qu’on ne dit pas ici. Mais, les agents de sécurité ont soustrait les téléphones et l’argent de nos clients. Et, monsieur le président, je signale que c’est une pratique courante de nos hommes en tenue », a dénoncé un des conseils des vingt-huit prévenus.

Dans sa décision, le tribunal s’est déclaré incompétent à juger Abdourahamane Barry et Mamadou Oury Diallo à cause de leur statut de mineurs. Il a ensuite renvoyé 25 prévenus des fins de la poursuite pour délit non constitué.

En outre, il a déclaré Boubacar Bah coupable de détention et de consommation de chanvre indien, tout en le condamnant à un an de prison, assorti de sursis.

En effet, depuis le début de cette affaire, seul Boubacar Bah a reconnu (à l’enquête préliminaire) les faits qui lui sont reprochés. Mais, pour sa défense à la barre, le prévenu a laissé entendre que « la tenue de militaire et le chanvre indien » qu’on lui attribue, appartiennent à un militaire pour qui il venait de laver les habits.

« La tenue et la drogue ont été saisies dans la chambre d’un militaire. Moi, je suis un simple coiffeur. C’est vrai que, avant, lorsque j’étais à Cosa, je fumais du chanvre indien. Mais, depuis que je suis à Kiroty, j’ai tout arrêté. Je ne fume plus rien », a-t-il déclaré devant le tribunal qui, visiblement, n’a pas été convaincu par ces propos.

A rappeler que très souvent les Guinéens se plaignent des pratiques de ce genre : des agents des forces de l’ordre en patrouille qui volent argent et biens trouvés sur eux, surtout la nuit. C’est comme si nos agents visent autre chose que la lutte contre la vente et la consommation de la drogue puisque ça se fait au vu et au su de tout le monde dans presque tous les quartiers de Conakry, même en pleine journée… en toute impunité !

Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com

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